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Nicaragua : des lois qui musèlent un peu plus l'opposition

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Des pierres et du verre brisé sont vus à côté d'une bible au véhicule où le militant de l'opposition nicaraguayenne et membre de la Coalition nationale, Felix Maradiaga, a été attaqué par des sympathisants du gouvernement, le 11 octobre 2020.
Des pierres et du verre brisé sont vus à côté d'une bible au véhicule où le militant de l'opposition nicaraguayenne et membre de la Coalition nationale, Felix Maradiaga, a été attaqué par des sympathisants du gouvernement, le 11 octobre 2020.
© AFP - Maynor Valenzuela

La face cachée du globe. Le comité des droits de l'homme de l'ONU s'inquiète de l'adoption récente au Nicaragua de plusieurs lois contraires aux droits à la liberté d'association, et d'expression. Des restrictions qui visent une opposition déjà fragilisée par la répression du soulèvement d'avril 2018.

L'état de droit se détériore un peu plus au Nicaragua. 117 cas de harcèlement, intimidation et menaces contre des étudiants des paysans et des militants ont été documentés et recensés par le dernier rapport du comité des droits de l'homme de l'ONU.

Alors que le pays se prépare à des élections présidentielle et générales le 7 novembre prochain, au cours desquelles l'ancien chef sandiniste Daniel Ortega s’apprête à briguer un 4e mandat, l'opposition, fragilisée depuis la répression de 2018, connaît de nouvelles restrictions et est visée par de nouvelles lois destinées à la réduire au silence.

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Interview de Kevin Parthenay, professeur de sciences politiques à l'université de Tours et chercheur à l'Opalc, l'observatoire politique de l'Amérique Latine et des Caraïbes.

Nicaragua. Une opposition extrêmement fragilisée. puisque la sécurité des personnes est directement mise en cause.

9 min

Le Nicaragua vient d'être épinglé une nouvelle fois par l'ONU qui s'inquiète d'"une détérioration de l'état de droit". Depuis que le pays a connu un soulèvement réprimé dans le sang en 2018, les dernières lois prises ces derniers mois par le président Ortega sont considérées par les opposants comme spécifiquement dirigées contre eux et destinées à les harceler, à les museler et à les menacer. Les craintes de l'opposition sont-elles justifiées en cette année d'élections présidentielles et législatives ?

Elles sont pleinement justifiées. L'opposition fait les frais depuis en réalité plusieurs années, au delà même de 2018, d'un verrouillage des institutions de l'état nicaraguayen par le président Ortega, par son parti. Et depuis 2018, ce sont des personnes de plus en plus touchées. C'est un niveau supérieur qui a été franchi et qui a engendré les violations de droits de l'homme notées dans le dernier rapport de l'ONU. De fait, l'opposition peut craindre encore une fois un dévoiement de la démocratie électorale sur le prochain scrutin de 2021.

Après la répression du soulèvement de 2018 qui a fait 328 morts, de nombreux prisonniers et qui a contraint plus de 80 000 Nicaraguayens à l'exil, où en est ce mouvement de contestation lancé par des étudiants, des paysans et soutenu par l'église qui a joué à l'époque un rôle d'intermédiaire avec le pouvoir ?

Ce mouvement est extrêmement fragilisé puisque la sécurité des personnes est directement mise en question. Des personnes ont été privées de liberté, ont été arrêtées. 

Il y a une sorte de chasse aux sorcières actuellement. Tous les leaders de l'opposition et leurs proches sont mis sous silence. 

Ce mouvement a des difficultés à exister en raison des menaces et des actes entrepris par le régime qui déstabilisent très profondément cette capacité à se faire entendre. Par ailleurs, beaucoup de leaders ont dû depuis 2018 s'exiler pour, tout simplement, se mettre en sécurité. Les Ortega, puisqu'il faut autant citer le président que son épouse Rosario Murillo, ont littéralement verrouillé toutes les institutions et quand bien même le message de l'opposition parviendrait à avoir une solidité et se faire entendre, l'instrumentalisation, l'usage et le mésusage des institutions de la République par le couple Ortega fait que, dans les faits, il est extrêmement difficile aujourd'hui de parvenir à une compétition libre, juste, équitable pour les prochaines échéances électorales et la vie institutionnelle.

Le président nicaraguayen Daniel Ortega écoutant sa femme et le vice-président Rosario Murillo prononçant un discours, lors du 41e anniversaire de l'armée nicaraguayenne, à la Plaza de la Revolucion, à Managua, le 2 septembre , 2020.
Le président nicaraguayen Daniel Ortega écoutant sa femme et le vice-président Rosario Murillo prononçant un discours, lors du 41e anniversaire de l'armée nicaraguayenne, à la Plaza de la Revolucion, à Managua, le 2 septembre , 2020.
© AFP - Cesar PEREZ / Présidence nicaraguayenne /
10 min

Vous parliez des nombreuses lois prises depuis 2018 qui visent particulièrement l'opposition. L'une d'entre elles, votée en décembre 2020, a contraint plusieurs ONG à arrêter leurs activités car elles doivent se signaler comme agent étranger et justifier leurs financements et leurs dépenses. Il y a par exemple la fondation de l'ex présidente Violeta Chamorro qui refuse de se soumettre à cette loi car ce serait comme renoncer à la nationalité nicaraguayenne.

Ces lois sont évidemment liberticides et ont une finalité unique : tuer dans l’œuf toute émergence de discours d'opposition. Cette loi vise les personnes qui, soit ont un lien direct avec des acteurs extérieurs au Nicaragua, soit touchent de l'argent provenant de l'étranger. Le président et l'assemblée à majorité sandiniste ont validé cette loi qu'ils interprètent de manière très extensive dans le but de catégoriser de facto une personne comme étant opposante, voire traître à la nation, et, en ayant ce statut là, lui retirer toute capacité de se présenter à des élections, lui interdire d'assumer des hautes fonctions publiques. En somme la priver de toute possibilité d'acquérir une position de pouvoir. C'est ce qui est visée par ce type de loi.

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Il est important de souligner que les lois existent, la constitution existe, mais ce que l'on observe en réalité depuis le premier retour au pouvoir du président Ortega en 2007, après un premier mandat dans les années 80, c'est véritablement une interprétation spécifique des normes, des règles. Tout va être sujet à verrouiller la capacité de l'opposition à exister. On pourra ainsi se remémorer le retrait en 2011 de la personnalité juridique du principal parti d'opposition le parti libéral constitutionnel. Ce qui avait ainsi empêché d'avoir une véritable opposition contre Daniel Ortega lors de l'élection nationale. Donc, en réalité, ce n'est pas nouveau. Cela existe depuis plus d'une décennie maintenant.

Mais s'y ajoutent  de nouvelles lois comme la loi contre les propos haineux sur les réseaux sociaux. L'opposition craint que toute critique qu'elle pourrait faire soit considérée comme un discours haineux.

C'est la loi sur les cyberdélits qui a été votée en octobre dernier. Ce texte, par des interprétations juridiques extrêmement larges avec des termes flous et ambigus, permet de cibler à peu près tout le monde et c'est ce qui est véritablement un problème dans la protection des droits de l'homme aujourd'hui au Nicaragua. C'est d'ailleurs ce que vient de mettre en avant le rapport du haut commissariat de l'ONU pour les droits de l'homme mais aussi celui d'autres ONG comme Amnesty International. 

Il s'agit de mettre sous silence tous les acteurs, toutes les voix qui auraient envie de s'opposer au régime. Il faut préciser que lorsque l'on parle de régime, en réalité, on parle de ceux qui s'opposent  aux Ortega, c'est-à-dire au couple présidentiel et à sa famille puisque le népotisme est aussi une caractéristique du régime nicaraguayen. Il a également placé à des positions influentes ses enfants, en créant une sorte de dynastie, un peu comme l'ex dictature des Somoza.

Pour l'ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet, qui est aujourd'hui à la tête du comité des droits de l'homme de l'ONU, la garantie d'élections présidentielles et législatives transparentes et justes le 7 novembre prochain ne peut être assurée que dans le cadre d'un dialogue avec l'opposition. Dans le contexte que l'on vient de décrire, comment imaginer un tel dialogue ?

Au regard de ce qui s'est passé depuis 2018, le dialogue paraît bien difficile. Plusieurs tables, ce que l'on appelle les tables de dialogue national, avec, comme vous l'avez mentionné une intermédiation de l'église, avaient joué un rôle important à cette époque et l'on voyait déjà que le dialogue était très compliqué. Par exemple, les positions des étudiants qui menaient la contestation étaient inaudibles pour le gouvernement et réciproquement. Depuis, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts mais surtout beaucoup de violations des droits de l'homme, d'où une crispation de l'opposition. En face, le régime, un peu comme au Venezuela, campe de manière plus dure et plus rigide sur ses positions. Ce qui, de mon point de vue, rend le dialogue difficilement imaginable avant les prochaines échéances électorales de novembre.

Vu par ses partisans comme un héros de la révolution sandiniste, le président Daniel Ortega et son épouse qui a beaucoup d'influence à Managua, a perdu de sa popularité en raison, vous le disiez, d'accusations de népotisme et de corruption. De quels soutiens dispose-t-il aujourd'hui au Nicaragua et à l'étranger ?

A l'étranger, il y a cette fameuse coalition d'États qui se singularisent par leur faible attachement aux droits de l'homme et à la démocratie. Si la validité du rapport de l'Onu sur le Nicaragua a été rejetée brutalement par les autorités du pays, le régime de Managua est soutenu par le Venezuela,  l’Érythrée, et l'Iran. Au plan intérieur, les soutiens ont plutôt tendance à s'étioler petit à petit. Mais ce qui fonde, encore et malgré tout, la solidité du régime en place c'est sa capacité à utiliser tous les leviers du clientélisme le plus basique, c'est-à-dire acheter des votes par des rétributions matérielles, des paniers de nourriture, le soutien aux familles. Des allégeances, en réalité, sur des bases entièrement clientélaires, hormis quelques allégeances idéologiques très solides mais plus rares aujourd'hui. Le régime tient malgré tout. 

Autant ces soutiens nationaux s'étiolent, autant sur le plan international, les pressions peinent à être efficaces. Le Canada, l'Union européenne, les États latino américains que l'on range dans le groupe de Lima qui avaient émergé dans le cadre de la crise vénézuélienne avaient pris des sanctions et des positions fortes, mais cela n'a pas contribuer à amener à une transition. C'est tout le paradoxe  de ces régimes autoritaires qui parviennent à se maintenir au pouvoir aujourd'hui. Je parle autant du Nicaragua que du Venezuela.

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