Son rêve était de devenir la première pianiste classique noire. Nina Simone n’aura jamais été exaucée.
Son rêve était de devenir la première pianiste classique noire. Nina Simone n’aura jamais été exaucée.

Nina Simone : diva d'une colère noire

Publicité

Nina Simone : diva d'une colère noire

Par

Son rêve était de devenir la première pianiste classique noire. Le voeu de Nina Simone n’aura jamais été exaucée.

Je veux que les jeunes Noirs se rendent compte que je me bats encore pour leur cause, comme je l’ai fait pendant 20 ans. Je le fais car j’ai souffert encore plus qu’eux.  Nina Simone

En 1964, lors des marches de Selma pour le droit de vote des Noirs, Nina Simone entonne un des hymnes du mouvement, devant une foule de 40 000 personnes. Elle se tient aux côtés de Martin Luther King et de James Baldwin. La “grande prêtresse de la soul” devient alors une des voix de la lutte contre le racisme. 

Publicité

Elle naît en 1933 dans une famille pauvre du fin fond de la Caroline du Nord, un ancien État ségrégationniste. Dès ses trois ans, elle révèle des talents prodigieux pour le piano. Nina se rêve déjà comme la première pianiste classique noire des Etats-Unis. Avant d’être rattrapée par le racisme. Elle se voit refuser l’entrée de la meilleure école de musique du pays. Elle était la seule candidate noire.   

Ils m’ont refusée à cause de ma couleur de peau, car j’étais Noire. Je suis désolée de ne pas être devenue la première pianiste noire, j’aurais été plus heureuse. Je ne suis pas très heureuse en ce moment. 

Une militante des droits civiques 

Nina Simone investit les styles musicaux alors dévolus aux Africains-Américains, comme le jazz ou le soul.  Elle décide de s’engager dans la lutte pour les droits civiques après deux tragédies commises au Mississippi par des membres du Klu Klux Klan : le meurtre d’un militant noir, Medgar Evers, en juin 1963 et l’assassinat de quatre jeunes filles noires dans une église. Nina Simone écrit une chanson pour y exprimer sa rage et son désarroi : "Mississippi Goddam".  

C’est dans l’air                
Tout le monde le sent                
Je ne supporterai pas la pression encore très longtemps                
Mississipi goddamn !

Des passages entiers de ses chansons sont censurés par la télévision nationale et quatre États du Sud interdisent la diffusion de Mississippi Goddam. Dans ses chansons, elle cherche aussi à rendre à la jeunesse noire sa fierté. Elle exalte les corps noirs, les cheveux frisés ou les tenues traditionnelles africaines.   

Être jeune, doué et noir                
Oh quelle chance incroyable !                
Accepte cette idée ! 

Un rejet du pacifisme 

Proche de Martin Luther King, elle dénonce pourtant son pacifisme. Et se rapproche de mouvements violents, comme les Black Panthers ou le militant Malcolm X.

Le vrai problème avec la violence, c'est qu'on a jamais été violent ! On a été beaucoup trop "non-violent" !              
1965

Si je m’étais laissé guider par mes propres sentiments, je serais devenue une tueuse, parce que j’étais folle. Je me serais procuré des fusils et je serais allée dans le Sud et j’aurais été violente. Et j’aurais tiré, tiré si cela n’avait dépendu que de moi. Mais mon mari m’a dit que je ne connaissais rien aux armes et que la seule chose que je pouvais faire, c’était de la musique.              
1992

L'exil

En 1968, son ami Martin Luther King est assassiné. Nina Simone est dévastée. Sa détermination s’effrite face à la répression du mouvement. Nina Simone est isolée et convaincue d’être en danger. Elle quitte les États-Unis pour la Barbade.

Beaucoup de mes amis avaient été tués ou étaient partis, alors j’étais perdue, j’étais amère, très amère. Qu’est ce que je pouvais faire d’autre ? Lorsque le mouvement des droits civiques a été écrasé, il n’y avait plus de raison pour que je reste.

En souffrance, elle erre au Liberia, en Suisse, aux Pays-Bas et en France.
Elle finit ses jours seule dans une petite maison des Bouches-du-Rhône. Elle signe alors son ultime acte militant : selon sa volonté, ses cendres sont dispersées dans plusieurs pays d’Afrique, sa “maison ancestrale”, comme elle l’appelait. 

- Interviewer : Pensez-vous qu'une femme comme vous contribue à ouvrir des portes pour les Noirs aux États-Unis ?              
- Nina Simone : Oui je le pense. Les femmes ont largement contribué à une meilleure compréhension de notre cause à travers le monde, et je suis heureuse d'y participer.