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Noël : les recommandations livres de France Culture

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La liste du Père Noël
La liste du Père Noël
© Getty - H. Armstrong Roberts / ClassicStock

Le fil culture. Les productrices et les producteurs de nos émissions se changent le temps de quelques lignes en Pères et Mères Noël : ils vous offrent des idées de livres à dévorer au chaud cet hiver, pour des cadeaux ou pour vous-mêmes !

Nous sommes à seulement quelques jours de Noël et vous ne savez toujours pas ce que vous allez bien pouvoir glisser sous le sapin ? Pas de panique, vos producteurs favoris vous soufflent des idées de livres à offrir à vos proches. Et rien de tel qu'un bon roman pour passer l'hiver !

Le conseil de Nicolas Martin de "La Méthode scientifique"

Nicolas Martin vous recommande La maison des feuilles, de Mark Z. Danielewski.

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  • De quoi ça parle ?

Un jeune tatoueur de Los Angeles découvre dans la maison d’un vieil homme aveugle une thèse sur un film, « Le Navidson Record ». Ce film raconte comment un photographe célèbre, Will Navidson, filme sa réinstallation avec sa famille dans une nouvelle maison. Problème : cette maison se révèle être plus grande à l’intérieur qu’à l’extérieur. Au début un simple cabinet sombre entre deux chambres. Puis très vite s’ouvrent des portes sur un immense et insondable labyrinthe obscur, dans lequel résonnent les cris d’une bête.

  • Pourquoi ce choix ?

La Maison des Feuilles est peut-être l’expérience littéraire la plus saisissante de ce début de XXIe siècle, et la plus terrifiante également. Un labyrinthe formel qui entremêle les deux récits – celui de Johnny et la thèse sur le film – dans un entrelacs de rappels de notes et d’incrustations de textes, allant parfois jusqu’à n’avoir qu’un mot par page, sans que jamais cela ne nuise à la lecture et à l’immersion dans le récit. Une immersion puissante qui finit par provoquer des sensations de vertige physique… une claque monumentale !

Le conseil de Géraldine Mosna-Savoye du "Le Journal de la philo"

Géraldine Mosna-Savoye vous recommande Middlemarch, de George Eliot.

  • De quoi ça parle ? 

Dans une petite ville de province, à l'époque victorienne, se croisent et s'entrecroisent les destinées de l'idéaliste Dorothea Brooke, de l'ambitieux docteur Lydgate, du banquier pas très net Bulstrode, ou du désinvolte mais néanmoins sensible Fred Vincy. Tous réunis dans Middlemarch, bourgade tout droit sortie de l'imaginaire de la géniale George Eliot, ils auront à faire face à leur passé, leurs voisins, les coups du sort, leurs amours et surtout à eux-mêmes, sur fond d'élections politiques et de construction de chemins de fer !

  • Pourquoi ce choix ? 

Trop peu connue en France, George Eliot a pourtant tout de Proust : beauté du style, précision des descriptions des mouvements de l'âme, cette idée que personne n'a un destin tout tracé et n'est pas capable de changer, et surtout, elle se lit comme on regarde une série avec moult rebondissements (qui aime qui ? comment ça va se finir ?) et épaisseurs des caractères. Quoi de mieux comme roman ?

51 min

Le conseil de Matthieu Garrigou-Lagrange de "La Compagnie des œuvres"

Matthieu Garrigou-Lagrange vous recommande Le sport des rois, de C.E. Morgan.

  • De quoi ça parle ?

C’est l’histoire familiale de trois générations de sudistes blancs, racistes et névrosés, qui se transmettent, de père à enfant, leur mal de vivre et leur difficulté à aimer. Incapables d’empathie, ils sont dans une quête démesurée de perfection. Ainsi pratiquent-ils le sport des rois, c’est-à-dire l’équitation, en élevant les meilleurs pur-sangs qui soient. Mais y a-t-il seulement une « pureté » du sang ?

  • Pourquoi ce choix ?

Le sport des rois est une œuvre particulièrement ambitieuse, qui ressemble à une psychanalyse de l’Amérique. On sort transformé de cette lecture.

Le conseil de Perrine Kervran de "LSD, La série documentaire"

Perrine Kervran vous recommande Querelle, de Kevin Lambert.

  • De quoi ça parle ?

C'est la grève à la scierie de Robeval au Québec, le chef d'entreprise malmène et méprise ses salariés et parmi les grévistes se trouve le beau Querelle ,que rêvent de rejoindre chaque nuit tous les jeunes gens de la région. Mais la grève se durcit et ça va mal tourner.

  • Pourquoi ce choix ?

Parce que c'est à la fois, cruel, réjouissant, drôle et désespérant. Parce que c'est à la fois politique et pornographique et parce qu'on ne lit pas souvent de la littérature qui parle avec autant de pertinence de grève, de syndicalisme et de la virilité trouble qui va avec. Et en plus, il y a des petits morceaux scintillants de Rimbaud et de Genet dedans.

Un père sans enfant de Denis Rossano

58 min

Le conseil d'Antoine Guillot de "Plan large"

Antoine Guillot vous recommande Un père sans enfant, de Denis Rossano.

  • De quoi ça parle ?

Le père est Detlef Sierck, metteur en scène de théâtre dans les années 1920 et réalisateur apprécié de Goebbels dans les années 1930. Marié à une Juive, il doit fuir l’Allemagne pour les États-Unis où, grâce à ses mélodrames, il conquiert Hollywood sous le nom de Douglas Sirk. L’enfant est Klaus Detlef Sierck, le fils que Douglas a eu avec sa première femme, une actrice ratée devenue une nazie fanatique, dont elle fera un enfant star du cinéma sous le IIIe Reich. Le père ne reverra jamais son fils, sauf à l’écran. Toute la vie, toute l’œuvre de cet homme furent la quête désespérée de son fils adoré.

  • Pourquoi ce choix ?

En imaginant, sous la forme d’un roman, sa rencontre avec le grand cinéaste retraité et presque aveugle sur les rives du lac de Lugano, et en retraçant parallèlement le parcours qui va faire d’un cinéaste phare du cinéma nazi le prince du mélodrame flamboyant hollywoodien, Denis Rossano éclaire d’un jour nouveau une œuvre essentielle, qui a donné ses lettres de noblesse au mélodrame en sublimant ses intrigues sentimentales et improbables de roman-photo en de foudroyantes tragédies grecques, d’autant plus d’actualité aujourd’hui qu’elles brossent le portrait déchirant de femmes victimes du conformisme, de la bêtise et de l’insensibilité patriarcale. 

59 min

Le conseil de Sonia Kronlund de "Les Pieds sur terre"

Sonia Kronlund vous recommande Vernon Subutex 1, 2, 3 par Virginie Despentes.

De quoi ça parle ?

Vernon Subutex, ancien disquaire à la dérive, compte sur Alex Bleach pour l'aider à payer ses factures. Quand celui-ci meurt d'overdose, Vernon est expulsé et se fait héberger à droite et à gauche, sans se douter qu'on le recherche pour la vidéo que lui a laissée la pop star avant de mourir.

Pourquoi ce choix ?

Je sais je débarque, mais je viens de découvrir ce livre unique, ce projet global qui raconte si bien une époque, ses habitant.e.s, sa folie, ses contradictions. Je connais personnellement tous ces personnages, leur langue, leur vie, leur misère. J’y découvre aussi une grande styliste.

Le conseil d'Etienne Klein de "La Conversation scientifique"

Etienne Klein vous recommande L'usage du vide, de Romain Graziani.

  • De quoi ça parle ?

Il s'agit d'une réflexion sur l'intelligence de l'action à travers les préceptes de la pensée taoïste. L'auteur les confronte ainsi à ceux de la philosophie occidentale.

  • Pourquoi ce choix ?

Qu’est-ce que le vide ? Un équivalent du néant ou du rien, répondra-t-on par réflexe ; le lieu de l’absolue vacuité, de la béance intégrale, dira-t-on en se croyant un peu plus inspiré. Mais le vide existe-t-il seulement ? Cette question a été l’enjeu d’intenses controverses depuis des millénaires. Elle est d’autant plus compliquée qu’au mot “vide” sont attribuées des significations fort différentes : le vide qu’on fait autour de soi en allumant un cigare n’a guère à voir avec la vacuité bouddhiste ou le néant hindouiste, ni avec celui qu’on réalise dans un tube prétendument “à vide”, ni avec le vide psychologique dont on fait l’expérience lorsqu’on s’ennuie, ni avec celui, à la fois rempli d’air et vertigineux, qui excite l’alpiniste. Quant au vide que les physiciens appellent “quantique”, c’est une tout autre chose : un milieu très spécial, où se côtoient toutes les virtualités concevables, truffé d’étranges particules à la fois présentes mais pas tout à fait réelles…  Et si, pour mieux comprendre l’usage que nous pouvons faire du vide, nous faisions un pas de côté en nous intéressant à ce qu’en dit la philosophie chinoise ? C'est précisément ce que propose Romain Graziani, en se situant à la croisée de la pratique et de la théorie. Son livre est à déguster tranquillement, en ces temps d'injonction à la performance.

59 min

Le conseil de Julie Gacon de "Les Enjeux internationaux"

Julie Gacon vous recommande Le sang noir, de Louis Guilloux.

  • De quoi ça parle ?

Une journée de 1917, dans une petite ville française de l’arrière-front. Cripure, vieux professeur de philosophie qui fut un révolté mais ne l’est plus, original, brillant, pathétique, observe ses contemporains. En cette « année terrible » de la Grande guerre, il voit le ballet des faux-culs, des bourgeois qui ont envoyé leurs enfants au charnier, des décorés de la guerre qui seraient capables, quand bien même ils se seraient contentés de ramasser une dent sur le champ de bataille, de la monter en épingle de cravate. Cripure veut bien aimer la patrie mais pas les militaires, et encore moins le conformisme. Dans un dernier sursaut, il voudra se battre en duel pour sauver son honneur…

  • Pourquoi ce choix ?

La verve de Louis Guilloux est magistrale, le monde qu’il décrit empeste la merde, la mesquinerie, les fourbes. C’est désespéré et superbe.

58 min

Le conseil de Tewfik Hakem de l'émission "Le Réveil culturel"

Tewfik Hakem vous conseille Paris-Saint-Denis, de Paul Besson.

  • De quoi ça parle ?

N’en pouvant plus de vivre dans des chambres de bonnes et n’ayant pas suffisamment de ressources pour trouver un appartement digne de ce nom dans Paris Intramuros, un couple de jeunes parisiens s’installe à Saint-Denis. Au cœur de ce qu’on dit être le département le plus pauvre de France.

  • Pourquoi ce choix ?

Pour son premier roman Paul Besson porte un regard calme et bienveillant sur la Seine-Saint-Denis. « Au début, quand je suis arrivé à Saint-Denis j'avais l'impression d'une défaite sociale. Et puis, pas du tout ». Chronique d’une année passée dans un département plus ou moins décrété « territoire perdu de la République ». En compagnie de ses habitants venus de loin et revenus de tout. Des femmes et des hommes« fragiles culturellement, économiquement... Invisibles et magnifiques à la fois ».

Le conseil d'Adèle Van Reeth de l'émission "Les Chemins de la philosophie"

Adèle Van Reeth vous recommande Tout et rien d’autre, de Susan Sontag.

  • De quoi ça parle ?

Dans un entretien initialement paru dans le magazine Rolling Stone (1978), Susan Sontag, écrivaine et activiste américaine, aborde son parcours, les épreuves qu'elle traverse, le monde intellectuel, la littérature, l'art, la philosophie et la politique.

  • Pour ce choix ?

La photographie, la maladie, le fascisme, le féminisme et la pornographie : l’intellectuelle américaine s’exprime sur les sujets qui lui sont chers dans cet entretien qui est une excellente façon de découvrir la pensée atypique qu’elle développe dans le paysage intellectuel de son époque. Avec franchise et pudeur, ses mots justes font entendre une autre voix pour mieux penser aujourd’hui.

1h 34

Le conseil d'Arnaud Laporte de l'émission "La Dispute"

Arnaud Laporte vous conseille Prins, de César Aira.

  • Qui est l’auteur ?

L’écrivain argentin, né en 1949, a déjà publié plus de quarante romans, et il est également traducteur et essayiste, grand connaisseur de Rimbaud, Copi ou Mallarmé. Roberto Bolano le tenait pour l’un des trois ou quatre meilleurs écrivains contemporains de langue espagnole, et je ne peux qu’être d’accord avec lui.

  • De quoi ça parle ?

Dans ce roman, nous allons faire la connaissance d’un célèbre auteur de romans gothiques qui décide d’arrêter d’écrire. Oui, mais pour quoi faire ? Finalement, il décide de consacrer ses journées à fumer de l’opium ! Encore faut-il en trouver...

  • Pourquoi ce choix ?

C’est un livre que j’ai eu envie d’offrir dès que je l’ai refermé, car on ne peut avoir qu’envie de partager un plaisir pareil. On y trouve notamment des réflexions sur l’écriture d’une justesse et d’une clarté incroyables, des descriptions de l’effet de l’opium qui sont elles-mêmes un sacré “trip”, et un tourbillon de pensées et de réflexions qui demande plusieurs lectures tellement le livre est riche de détails

Le conseil de François Angelier, producteur de l'émission "Mauvais genre"

François Angelier vous conseille La Frontière, de Don Winslow.

  • De quoi ça parle ?

Art Keller est recruté par le sénateur O'Brien pour aider le cartel de Sinaloa à se débarrasser d'une organisation rivale sanguinaire. Au cours d'une rencontre arrangée, les deux dirigeants des organisations criminelles sont assassinés, mais Art Keller souhaite poursuivre la lutte contre ces groupes mafieux. Dernier volume d'une grande trilogie.

  • Pourquoi ce choix ?

Avec La Frontière, Don Winslow parachève magistralement sa narco-trilogie américano-mexicaine. Après "la Griffe du chien" qui évoquait les pères-fondateurs du trafic de drogue, "Cartel" qui narrait le déploiement grandiose du commerce tentaculaire sur fond de terreur et de massacre, ce troisième volet met en scène la génération des héritiers, contraints et rétifs, marqués par les modèles paternels ou dépassés par la tâche. Et pour s'affronter à eux, toujours Art Keller, chevalier blanc et despérado de la bonne cause. Un monument d'évocation historique et d'analyse sociale, un immense thriller.

1h 00