Noël : les recommandations livres des producteurs de France Culture

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Noël : les recommandations livres des producteurs de France Culture

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la liste du Père Noël
la liste du Père Noël
© Getty - H. Armstrong Roberts / ClassicStock

Sélection. Les producteurs de nos émissions se changent le temps de quelques lignes en Pères et Mères Noël : ils vous offrent des idées de livres à dévorer au coin du feu cet hiver, pour des cadeaux ou pour vous-mêmes !

Nous sommes à seulement quelques jours de Noël et vous ne savez toujours pas ce que vous allez bien pouvoir glisser sous le sapin ? Pas de panique, vos producteurs favoris vous soufflent des idées de livres à offrir à vos proches. Et rien de tel qu'un bon roman pour passer l'hiver !

Le conseil de François Angelier de "Mauvais genres"

François Angelier vous recommande Corruption, de Don Winslow.

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  • De quoi ça parle ?

Denny Malone, leader de l’unité d’élite "La Force" qui fait régner l’ordre dans les rues de New York, est admiré de tous. Mais tout bascule lorsqu’il planque pour des millions de dollars de drogue. Il se retrouve alors assailli à la fois par le FBI et la mafia.

  • Pourquoi ce choix ?

Auteur de classiques du roman noir et du thriller comme les monumentaux "Griffe du chien" et "Cartel", Don Winslow donne, avec "Corruption", le grand thriller urbain sur la lutte anti-drogue et la décadence de certains de ses chevaliers blancs, moins comme neige que comme poudre. Avec l'histoire de la grandeur et de la dégénérescence du sergent Denny Malone, on assiste, porté par un style en haute tension permanente, aux combats et à la corruption de la task force anti-drogue de Manhattan nord. Une épopée noire hors du commun.

Mauvais genres
1h 00

Le conseil de Matthieu Garrigou-Lagrange de "La Compagnie des auteurs"

Matthieu Garrigou-Lagrange vous recommande Robinson Crusoé, de Daniel Defoe.

  • De quoi ça parle ?

Seul survivant d’un naufrage, le marin Robinson Crusoé échoue sur une île déserte au large de l’Orénoque. Il y demeure vingt-huit ans, d’abord seul, puis en compagnie d’un indigène qu’il sauve de la mort et nomme Vendredi. Paru en 1719, cet ouvrage connaît un succès qui traverse les siècles et fait de lui le "père du roman anglais", aux yeux notamment de James Joyce.

  • Pourquoi ce choix ?

C’est un bel objet et c’est un grand mythe ! Les éditions Gallimard profitent du tricentenaire de la parution du "Robinson Crusoé" de Daniel Defoe pour rééditer ce livre dans la collection de la Pléiade, accompagné des 150 gravures d’époque par l’artiste suisse F.A.L. Dumoulin (1753-1834). La traduction de Petrus Borel date du XIXe siècle, et le volume est accompagné d’une petite carte dépliable. Tout cela fait du livre un document, très proche de la parution originale en français, et ce sentiment de nous rapprocher de Daniel Defoe lui-même, donc de Robinson, nous replonge avec délice dans l’imaginaire de l’enfance. Quoi de mieux pour Noël ?

La Compagnie des auteurs
58 min

Le conseil d'Olivia Gesbert de "La Grande table"

Olivia Gesbert vous recommande La Douce indifférence du monde, de Peter Stamm.

  • De quoi ça parle ?

Le narrateur rencontre Lena, qui lui rappelle fortement Magdalena, une jeune femme dont il a été éperdument amoureux une vingtaine d’années plus tôt. Il décide de lui raconter son histoire, et se perd dans ses souvenirs : un récit sur les confusions de la vie et de l’identité.

  • Pourquoi ce choix ?

"La Douce indifférence du monde"… Déjà, qui résisterait à un titre pareil ? L’ouvrir, ensuite, c’est se laisser emporter par le style délicat de l’auteur. Un roman où le narrateur rencontre son double, se confronte à ses souvenirs, revit la rencontre avec son premier amour. Une écriture qui glisse imperceptiblement d’un état à un autre, sur le thème de la variation, et nous emmène dans l’univers de l’auteur, détaché du réel, où la frontière entre le vrai et le faux n'apparaît jamais. "C'est de se perdre qui nous avance souvent. Ma vie, c'est un peu par hasard que je l'ai menée", dit l’écrivain suisse. Et vous, si vous rencontriez votre double, vous fuiriez ou vous l’affronteriez ?

La Grande table culture
27 min

Le conseil d'Etienne Klein de "La Conversation scientifique"

Etienne Klein vous recommande Anagrammes à quatre mains, de Karol Beffa & Jacques Perry-Salkow.

  • De quoi ça parle ?

Vous connaissez l’anagramme, ce petit exercice de style amusant consistant à mélanger les lettres d’un mot pour en former un nouveau. Dans cet ouvrage, les auteurs se concentrent sur les expressions ayant trait à la musique, aux musiciens et à leurs œuvres.

  • Pourquoi ce choix ?

Prenez une particule quantique, par exemple un électron : il a beau ne pas avoir une vitesse et une position bien déterminées, on peut mesurer une vitesse ou une position le concernant, mais l’ordre des opérations n’est pas indifférent : mesurer d’abord sa vitesse (action A), puis sa position (action B), ce n’est pas faire la même chose que mesurer d’abord sa position, puis sa vitesse. En clair, AB ≠ BA. C’est ce qu’on appelle la “non-commutativité” des opérations de mesure. Elle se manifeste en physique quantique et pas du tout en physique classique.                                                        
Est-ce que cela n’évoque rien ? Si ! Les anagrammes ! Les anagrammes surgissent lorsqu’on mélange les lettres d’un mot ou d’une expression, en vue de former un nouveau mot, une nouvelle expression : c’est ainsi que Marie contient les mêmes lettres qu’aimer et que La Conversation scientifique a pour anagramme Ce qu’on sait à côté, vers l’infini. Tout comme la physique quantique, les anagrammes doivent leur existence charmante à la non-commutativité, en l’occurrence à celle de la position des lettres à l’intérieur des mots : si on modifie leur ordre de succession, on change les mots. Cela ne donne-t-il pas aux anagrammes une certaine dignité épistémologique ? Y compris à celles qui concernent la musique et les musiciens, dont on se délecte en lisant ce bijou de livre écrit par Jacques Perry-Salkow, pianiste, poète trouvère et trouveur surdoué d’anagrammes vertigineuses, et Karol Beffa, compositeur et pianiste.

La Conversation scientifique
59 min

Le conseil d'Arnaud Laporte de "La Dispute"

Arnaud Laporte vous recommande La Femme à part, de Vivian Gornick.

  • De quoi ça parle ?

Au cours d’un voyage dans les rues de New York, des bus de Manhattan aux ambiances électriques du West Side ou du Bronx, la narratrice se livre à une réflexion introspective, repassant ses souvenirs en revue et s’interrogeant sur ce qui fait d’elle une “femme à part”. Ce récit autobiographique, abordant des sujets universels comme l’amitié, la solitude, le sexe, la vieillesse, ou la littérature, peut finalement trouver un écho chez chaque lecteur.

  • Pourquoi ce choix ?

Après “Attachement féroce”, “La Femme à part” est le second volet d’un récit autobiographique qui avance par notations, courtes scènes, réflexions, et offre à son lecteur la possibilité de s’interroger comme rarement sur l’essence même de nos existences. Avec la ville de New York comme miroir de sa propre vie, Gornick parle pourtant à chacun de nous. Prodige et mystère d’une très grande !

La Dispute
58 min

Le conseil d'Emmanuel Laurentin de "La Fabrique de l'histoire"

Emmanuel Laurentin vous recommande Je brûle Paris, de Bruno Jasienski.

  • De quoi ça parle ?

Jeune révolutionnaire communiste, Bruno Jasienski fut pourtant fusillé sur ordre de Staline le 17 septembre 1938. Il écrit Je brûle Paris en 1928, d’abord sous la forme de feuilleton dans L’Humanité, pour critiquer à travers cette ville la civilisation occidentale. Dans un Paris haut lieu du capitalisme débridé et du luxe à outrance, on suit les aventures de Pierre, un jeune ouvrier qui, après avoir été abandonné par sa fiancée, se retrouve à la rue suite à la perte de son emploi. Il décide alors de se venger d’un monde duquel il se sent rejeté en distillant la bactérie de la peste dans la capitale.

  • Pourquoi ce choix ?

Au lendemain des discussions et des débats autour des manifestations des “gilets jaunes”, j’ai eu envie de relire, parce que c’est un livre qui m’a beaucoup marqué lorsqu’il est ressorti, “Je brûle Paris” de Bruno Jasienski. C’est une sorte de coup de colère d’un communiste polonais des années 1920. À l’époque, Paul Morand avait décrit dans “Je brûle Moscou” la révolution bolchévique en Russie comme étant une révolution juive, qu’il vomissait. Jasienski décide alors de lui répondre dans ce livre, où il décrit un Paris dévasté par la peste, et qui voit s’affronter des révolutionnaires, situés dans le Nord-Est, du côté de Ménilmontant et de Belleville, et des Anglo-américains, installés dans le XVIe arrondissement, qui les affament. C’est un roman de fiction, ou de science-fiction, d’anticipation, dans lequel on verrait dans une ville comme Paris l’opposition entre d’un côté les capitalistes, et de l’autre les communistes, anarchistes et nihilistes. Il décrit un Paris barricadé, construit de murs multiples, où les communautés s’affrontent. C’est un livre formidable, très anticipateur et très intéressant, qu’il faut absolument lire pour pouvoir s’apercevoir de ce qu’était l’état d’esprit des communistes des années 1920, qu’on a un peu oublié aujourd’hui.

Le conseil de Marie Richeux de "Par les temps qui courent"

Marie Richeux vous recommande Toutes les femmes sauf une, de Maria Pourchet

  • De quoi ça parle ?

Au moment de son accouchement, la narratrice a comme une révélation : elle veut à tout prix éviter à sa fille de reproduire le même chemin douloureux qui semble incomber aux femmes dans sa famille, depuis plusieurs générations, entre haine de soi et ravages de la jalousie inter-féminine.

  • Pourquoi ce choix ?

À sa fille Adèle, la narratrice (l'auteure ?) adresse un texte trop longtemps retenu. Pour dire les paroles d'une lignée de femmes qui assignent et condamnent, pour dire l'enfantement sans rien adoucir, pour tenter de la sauver de la répétition et de ce qui étouffe. C'est un texte de lutte et de colère. C'est aussi un grand - bien que bref - texte d'amour.

Le conseil d'Adèle Van Reeth des "Chemins de la philosophie"

Adèle Van Reeth vous recommande Walden ou la Vie dans les bois, de Henry David Thoreau.

  • De quoi ça parle ?

À l’heure de l’industrialisation massive, Thoreau décide de partir s’installer seul dans les bois du Massachusetts, à l’écart de toute civilisation. Il profite de cette période de vie frugale et autarcique pour méditer sur le sens de l’existence humaine et rédiger cette ode à la nature, hymne épicurien.

  • Pourquoi ce choix ?

Un livre qui a fait l’objet de beaucoup de contresens et qui est aujourd’hui considéré comme la bible des écolos. C’est en réalité un texte magnifique qui fait comprendre au lecteur qu’aucun changement collectif n’est possible sans transformation individuelle.

Les Chemins de la philosophie
50 min