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Noël Mamère : pourquoi je quitte "Le Média"

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Séquence FAQ de la chaîne Youtube de Jean-Luc Mélenchon / capture d'écran
Séquence FAQ de la chaîne Youtube de Jean-Luc Mélenchon / capture d'écran
© Radio France

Le Média revendique le concept de "subjectivité honnête" en garantissant son indépendance via le financement participatif. Pour ce qui est de l'indépendance éditoriale, vis-à-vis de LFI, ses fondateurs souhaitaient être "jugés sur pièces". Un mois après, l'état des lieux est critique. Retour.

La première diffusion du journal de 20h de Le Média a eu lieu le 15 janvier dernier. L'édition était présentée alors par Aude Rossigneux, qui a été écartée après sa période d'essai. 

Un mois seulement après le lancement de Le Média, ce lundi 26 février, Noël Mamère annonce sur France Culture qu'il souhaite quitter la web télé. L'ancien député Europe Ecologie les Verts,  évoque deux raisons : d'une part "l'atmosphère" autour du départ d'Aude Rossigneux, présentatrice et ancienne rédactrice en chef qui avait constitué l'équipe de journalistes, serait devenue trop lourde à supporter pour lui, d'autre part, il fait valoir son désaccord avec le traitement journalistique du conflit syrien lors du journal du vendredi 23 février. Noël Mamère répond à Sophie Delpont :

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Noël Mamère explique son départ de Le Média

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La tournure qu'est en train de prendre cette confrontation entre des patrons de presse et une de leurs employées ne me plaît pas. Donc moi je suis venu librement au Média pour procéder à des interviews, que j'ai pu d'ailleurs exercer de manière très libre. Mais je n'y suis pas venu pour me retrouver dans cette atmosphère que je déplore et qui me contrarie beaucoup. C'est la raison pour laquelle j'ai décidé d'interrompre ma collaboration.

A l'origine : un regard critique sur les médias

Des paroles aux actes. La conférence intitulée "Faut-il dégager les médias ?" lors des amphis d'été de Marseille fin août avait ouvert la voie au lancement du Média, prévu le 15 janvier 2018. Les deux piliers de cette web télé sont le financement participatif directement par les internautes invités à "prendre des parts" dans Le Média et une ligne éditoriale engagée de gauche, humaniste, écologiste et féministe. La souscription a été lancée le mercredi 11 octobre.

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Sophia Chikirou, son rôle auprès de Jean-Luc Mélenchon et de Le Média

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"Face à la concentration des médias entre les mains de 9 milliardaires", ses fondateurs mettent en avant l'indépendance de leur financement. Pour ce qui est de l'indépendance éditoriale, il est difficile de ne pas apparaître comme "la télévision de la France insoumise" quand, notamment, la directrice de la communication de Jean-Luc Mélenchon pendant la campagne présidentielle fait partie des créateurs du Média. Reportage de Sophie Delpont :

Le Média et la France insoumise

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Aude Rossigneux, rédactrice en chef du Média
Aude Rossigneux, rédactrice en chef du Média
© Radio France - Sophie Delpont

Aude Rossigneux a été l'éphémère rédactrice en chef de Le Média, avant de devenir simple présentatrice du journal : ancienne rédactrice en chef à Reporters Sans Frontières, formée au CFJ, grande école de journalisme parisienne, elle a collaboré pour la presse écrite, notamment au Point, à L'Express et au Parisien, puis à la télévision, pour l'émission Mots croisés et Ripostes avec Serge Moati, avant de devenir rédactrice en chef à I-Télé. Aude Rossigneux revendique "l'indépendance" de ce futur site internet et assure qu'elle a obtenu des garanties de pouvoir critiquer Jean-Luc Mélenchon. Mais "si vous cherchez du Mélenchon-bashing, vous le trouverez ailleurs", précise-t-elle. Le Média prévoit de diffuser un journal tous les soirs à 20h. Elle ajoute :

"La ligne éditoriale du Média est assumée : de gauche, écologiste, féministe, notamment. Et nous ne sommes pas soutenus que par des Insoumis", Aude Rossigneux

7 min

"On n'est pas soutenu que par des insoumis. On a fait signer un manifeste dont les signataires vont de Philippe Poutou à Eva Joly en passant par Arnaud Montebourg et Aurélie Filippetti."

Et puis le 25 février, plusieurs sites d'information publient la lettre écrite par Aude Rossigneux adressée à l'origine notamment à Sophie Chikirou et Gérard Miller, deux fondateurs de Le Média. 

Médiapart notamment relaie cette lettre. La direction de Le Média fustige ces propos et qualifient l'attitude d'Aude Rossigneux de "déloyale", soutenant qu'on lui avait proposé de présenter une émission sur la santé et qu'à aucun moment il n'avait été question de la licencier. Une version sensiblement différente de celle de leur ancienne journaliste qui qualifie cette situation de "torrent de boue" et soutient par ailleurs que sa lettre n'avait pas vocation à être diffusée à l'origine.

Le Média et les "médiacrates"

Les "médiacrates jubilent" avait lancé Jean-Luc Mélenchon le soir du premier tour de l'élection présidentielle. Le chef du groupe France insoumise à l'Assemblée nationale entretient avec les journalistes une relation explosive, s'estimant régulièrement victime du traitement médiatique qui lui est accordé.

Gérard Miller organise la création du Média et donne sa définition du projet :

Gérard Miller, psychanalyste et co-fondateur du Média
Gérard Miller, psychanalyste et co-fondateur du Média
© Radio France - Sophie Delpont

Gérard Miller : "Le Média, c'est d'abord un constat simple : 90% des médias français appartiennent à 9 milliardaires et 80% des recettes publicitaires émanent de 20 annonceurs !"

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C'est le média d'abord de la subjectivité honnête, de la subjectivité assumée [...] Je ne fais pas partie de la France insoumise. Je suis un compagnon de route de la France insoumise. La nuance vous semblera peut-être faible. Je ne le crois pas.

Patrick Eveno, président de l'Observatoire de la déontologie de l'information
Patrick Eveno, président de l'Observatoire de la déontologie de l'information
© Radio France - Sophie Delpont

Ecoutez l'analyse de Patrick Eveno, historien des médias à la Sorbonne et président de l'Observatoire de la déontologie de l'information, au micro de Sophie Delpont :

"C'est une vieille recette avec de nouveaux vecteurs (télé, Youtube, réseaux). Quand on pense à l'Humanité des années 50 qui vantait les mérites de Maurice Thorez ou Maurras et l'Action française.

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"Les partis politiques croient qu'ils peuvent contourner les médias traditionnels. Ce n'est pas forcément une erreur [...] mais c'est une illusion. On s'adresse d'abord à des gens convaincus, de son propre parti, et non pas à l'ensemble des français en leur donnant de quoi réfléchir et de pouvoir voter sereinement en ayant été informé".

Une nouvelle chaîne Youtube "France insoumise"

Surfant sur le développement exponentiel de la chaîne Youtube de Jean-Luc Mélenchon qui regroupe plus de 370 000 abonnés, notamment autour de sa "Revue de la semaine" (chaque épisode est visionné plus de 120 000 fois en moyenne), il existe aussi celle des députés France insoumise sur laquelle leurs interventions dans l'hémicycle sont relayées. Ainsi qu'une troisième plus large relayant l'actualité du mouvement. "L'idée serait d'ici la fin du mois de novembre de construire une chaîne qui regrouperait les trois existantes et qui serait soit diffusée en continu, soit à la demande", précise Antoine Léaument, responsable des réseaux sociaux et de la chaîne Youtube de Jean-Luc Mélenchon.

D'autres voies sont explorées pour maîtriser les canaux de diffusion. Raquel Garrido, porte-parole de la France insoumise, désormais chroniqueuse télé sur une chaîne du groupe Bolloré, a choisi de répondre au Canard Enchaîné sur Snapchat, évitant les médias qui lui posaient la question. C'est donc via ce réseau social ciblant surtout les jeunes internautes et par l'intermédiaire de son collègue chroniqueur Jeremstar (prisé du jeune public) qu'elle a préféré diffuser sa première réaction le 5 octobre dernier.

Mais contourner les médias traditionnels n'est pas nouveau, à lire notre article sur les perles du passé.

À lire aussi : Contourner les médias : retour sur expériences