Noémie Goddard, l'architecture intérieure et l'intimité

Portrait de l'architecte intérieur Noémie Goddard par Daniele Molajoli pour la Villa Médicis, juin 2022.
Portrait de l'architecte intérieur Noémie Goddard par Daniele Molajoli pour la Villa Médicis, juin 2022.

Noémie Goddard théorise l'architecture intérieur

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Noémie Goddard, l'architecture intérieure et l'intimité

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Avez-vous déjà réfléchi à la façon dont l'architecture intérieure agit sur vos actions et votre comportement ? On sous-estime trop souvent cette discipline, selon Noémie Goddard.

Noémie Goddard, architecte intérieure depuis 15 ans, s’est installée en résidence à la Villa Médicis à Rome. C’est de là qu’elle mène une enquête à travers l'Italie et développe une théorie autour de sa discipline, qui n’est ni de l’architecture, ni du design. D'ailleurs pour bien marquer la différence, elle ne dit pas architecture d'intérieur mais bien architecture intérieure, sans la préposition, pour se libérer du poids de l'architecture. Entretien.

Savoir s'adapter, base de l'architecture intérieure

L’architecture est une discipline qui tire son prestige de la longévité, ce n’est pas le cas de l’architecture intérieure dont le maître-mot est l’adaptabilité.

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Noémie Goddard : "Il est certain qu’on ne peut plus penser les espaces pour une seule fonctionnalité. Et le propre de l’architecture intérieure doit être la capacité à anticiper différentes fonctionnalités pour un lieu. Peut-être que pour la question du logement, on va pouvoir commencer à penser à des logements qui soient plus adaptables quand on a un enfant, deux enfants, quand on vieillit, à comment on prend en charge la question de l’inclusivité dans l’architecture... Il me semble que c’est une discipline qui a un potentiel - créatif mais aussi de réflexion sur nos enjeux contemporains - qui est très important."

Cette problématique est au cœur des défis environnementaux actuels.

Noémie Goddard : "L’étude de la discipline architecture intérieure est vraiment importante parce qu’elle porte des enjeux contemporains très forts. Elle s’inscrit véritablement dans le fait de pouvoir aménager les espaces. On ne peut plus construire de façon aussi intense qu’aujourd’hui. Le milieu de la construction est un milieu environnementalement très problématique : il est extrêmement énergivore. Par la spécificité de ce métier qui est de réhabiliter, de réaménager les lieux, on pourrait tout à fait envisager de meilleures qualités de réhabilitation de nos bâtiments. Et comment cette prise en charge de l’habiter, au lieu d'être pensée hors de l'individualité de la personne qui va vivre dedans, peut être d’abord considérée à travers ses vrais besoins pour en définir une intériorité adaptable, compatible avec un instant T de vie."

De l'intérieur à l'intimité

Pour redonner du sens théorique à cette discipline, Noémie Goddard a lancé une enquête autour de cette question : Comment un intérieur devient-il une intériorité ?

Noémie Goddard : "L’intérieur comme contenant, qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce que ça veut dire ? Est-ce que c’est quelque chose de fermé ou au contraire, un espace qui donne à voir sur un extérieur déjà potentiel ? L’intériorité est la capacité à habiter les lieux, habiter au sens du demeurer, comme on fait chez soi. Et finalement, cette capacité à demeurer, à faire sien, est peut-être quelque chose de beaucoup plus mobile que ce que l'on croit. Ce n'est pas forcément quelque chose qui appartient à une enveloppe bâtie."

Et c’est justement là qu’intervient l’architecture intérieure. Un rôle important quand on sait que le mot même "intimité" a pour définition : l'intérieur de l’intérieur.

Une dame coud devant le seuil de sa maison, à Salento, Italie, 2015
Une dame coud devant le seuil de sa maison, à Salento, Italie, 2015
© Getty

Pour Noémie Goddard, ce lien se révèle, entre autres, dans l’étude du seuil.

Noémie Goddard : "On peut prendre le temps de traverser un espace quand on a une architecture qui nous offre un seuil. Pour plein de raisons, de normes sécuritaires ou urbanistiques, surtout si on a une vie citadine, on enchaîne de plus en plus les les seuils : de la maison à la rue et au métro. On a des seuils qui deviennent de plus en plus maigres et qui sont des frontières d’un espace à un autre plutôt que des connexions. Et en fait, en introduisant cette notion de connexion, on introduit déjà un pas vers une forme d’intériorité."

Laisser plus de temps à un individu pour passer d’un lieu à l’autre, c’est aussi lui laisser plus de choix.

Noémie Goddard :  "Ce qui est intéressant à comprendre, c'est comment les gestes sont induits par une architecture, mais aussi comment l'inverse est possible. Comment il peut y avoir une reprise de pouvoir de la personne habitante sur l'architecture, par son action."

À voir : 
Exposition à la Villa Médicis Étincelles/Scintille
Jusqu'au 7 août 2022.