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Nos députés élus avec les modes de scrutin allemand, britannique ou danois, ça donnerait quoi ?

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Nombre de députés La République en Marche ! selon 4 modes de scrutins
Nombre de députés La République en Marche ! selon 4 modes de scrutins
© Radio France - Abdelhak El Idrissi et Camille Renard

A VOIR. A VOIR | Au Danemark, 202 députés "La République En Marche !" auraient été élus, contre 451 au Royaume-Uni : selon les modes de scrutin, un même vote permet d'obtenir un nombre de sièges qui pourrait aller du simple au double. Simulations avec les modèles britannique, allemand et danois.

En Europe, 26 pays sur 28 ont recours à un scrutin législatif intégrant une part de proportionnelle. En France, la seule expérience fut celle de 1986, qui avait d'ailleurs vu l'abstention baisser substantiellement. Pour leurs élections législatives, la plupart des pays ont recours à un système à un tour. Qu'il s'agisse du mode de scrutin uninominal majoritaire, comme au Royaume-Uni, ou du modèle proportionnel danois. En Allemagne, le scrutin mélange deux systèmes.

A LIRE "Si on votait autrement" : vote par note, par approbation... analyse de différentes expérimentations de vote alternatif.

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Chaque mode de scrutin présente avantages et inconvénients, et sont spécifiques à la culture politique de chaque pays. En projetant les résultats du 1er tour des législatives selon les modes de scrutin à l'étranger, au Royaume-Uni et en Allemagne, 11 partis ou coalitions de partis en alliance pré-électorale (MoDem et La République en Marche ! par exemple) sont représentés. Au Danemark, seulement sept le sont, malgré une représentation proportionnelle, mais un seuil à 2% qui empêchent les plus petits partis d'entrer à l'Assemblée. C'est en revanche dans le même pays que La République en marche ! aurait son plus faible nombre de députés, sans majorité absolue (202 députés), alors qu'elle serait écrasante au Royaume-Uni (451 députés représentés).

Toute simulation ou comparaison présente des limites méthodologiques, et la configuration des Assemblées selon les modes de scrutin est anticipée par les partis et les comportements électoraux différemment dans chaque pays (vote utile, bipartisme...) Mais ces projections permettent de montrer les bénéfices et les contraintes de modes de scrutin différents chez nos voisins européens.

Au Royaume-Uni, un scrutin uninominal majoritaire à un tour

Simulation de l'Assemblée législative française selon le mode de scrutin britannique
Simulation de l'Assemblée législative française selon le mode de scrutin britannique
© Radio France - Camille Renard

Lors des élections générales au Royaume-Uni, les électeurs ne votent qu'une fois. Le système britannique étant celui du "first-past-the-post" : le candidat arrivé en tête dans une circonscription emporte le siège. Peu importe le nombre de voix recueilli au niveau national. Ce qui compte c'est le nombre de fois où un parti réussit à placer un candidat en tête. Ce système assure une certaine stabilité politique et favorise le bipartisme.

En France, si les législatives devaient s'arrêter au soir du premier tour, "La République en Marche !" arriverait très largement en tête avec 451 sièges sur 577. Soit la fourchette très haute des projections réalisées par Ipsos / Sopra Steria qui prévoit de 415 à 455 sièges au second tour pour le mouvement d'Emmanuel Macron. Un scrutin majoritaire à un tour profiterait également au Parti communiste (5 sièges) face à la France insoumise (3 sièges). Alors qu'en termes de voix, le mouvement de Jean-Luc Mélenchon récolte au niveau national quatre fois plus de voix que le PC.

A ECOUTER "Les élections au Royaume-Uni", L'Esprit public

Au Danemark, un scrutin proportionnel qui avantage les petits partis

Simulation de l'Assemblée nationale selon le mode de scrutin danois
Simulation de l'Assemblée nationale selon le mode de scrutin danois
© Radio France - Abdelhak el Idrissi et Camille Renard

Les 175 députés du Folketing, le parlement unicaméral danois, sont élus tous les quatre ans au système proportionnel selon la méthode dite d’Hondt, du nom d'un juriste belge. Celui-ci a œuvré à l'application de ce scrutin dans son pays, où est pratiqué pour la première fois ce type de scrutin : proportionnel plurinominal, en 1899. Parmi les députés danois, 135 sont élus dans dix circonscriptions électorales. Les 40 derniers sièges sont répartis pour assurer une proportionnalité optimale au niveau national. Le Groenland et les Iles Féroé élisent chacun deux députés dans leurs circonscriptions. Le quorum, c'est-à-dire le seuil de représentativité à dépasser pour figurer dans l'Assemblée, est parmi les plus bas en Europe : il est fixé à 2%. Ce seuil est plus généralement fixé à 5% dans ce genre de mode de scrutin. Il est à 10% en Turquie, ce qui favorise les grands partis, dans le cadre même d'un scrutin proportionnel.

Le principe de proportionnalité n'est pas en soi garant d'une plus grande représentativité des partis. De multiples options de contrôle peuvent être utilisées pour garantir une majorité stable : seuils, méthode de répartition des sièges (plus forte moyenne, coefficients, quotients, apparentements...). C'est aujourd'hui l'un des modes de scrutin les plus pratiqués : en Finlande, Hongrie, Pologne, Portugal, Espagne, Luxembourg par exemple. Il permet de représenter une grande diversité d'opinions et incite à la création de gouvernements de coalition.

En Allemagne, un mélange entre majorité simple et proportionnelle intégrale

Simulation de l'Assemblée nationale allemande selon le mode de scrutin allemand
Simulation de l'Assemblée nationale allemande selon le mode de scrutin allemand
© Radio France - Abdelhak El Idrissi et Camille Renard

Le mode de scrutin allemand est assez compliqué : 598 sièges au moins sont en jeu au Bundestag. La moitié des sièges (299) est attribuée dans les circonscriptions sur le mode du scrutin britannique majoritaire à un tour. L'autre moitié se base sur le nombre de voix obtenues par chaque parti au niveau national. Le calcul se fait de manière proportionnelle entre les partis ayant récolté au moins 5% des voix.

Lors des élections, l'électeur allemand rend deux votes : le premier pour le candidat qu'il souhaite voir remporter la circonscription, le second pour le parti de son choix au niveau national.

Afin de projeter les résultats du premier tour des législatives en France sur le modèle allemand, nous avons distribué 577 selon le mode majoritaire simple. Puis nous avons réparti proportionnellement 577 sièges en fonctions des voix remportées par chaque parti. Avec une barrière à 5%. Il a fallu diviser le nombre de sièges par deux puis arrondir. Avec ce modèle, la France insoumise (39 sièges), le FN (55 sièges) et la droite (106 sièges) seraient favorisés. Mais le Rassemblement en Marche conserverait la majorité absolue avec 334 sièges.

A ECOUTER "Législatives : où en est la décomposition ?", Du Grain à moudre