Publicité

Nos Insomnies

Par

LES INSOUMIS DE LA NUIT

La tombée de la nuit change notre perception des choses, influe sur nos pensées, nos occupations, et transforme nos personnalités. En témoignent certaines de nos expressions courantes, lorsque pour raconter un fait divers, nous nous sentons obligés de préciser « ça s’est passé en plein jour ». Comme si la violence, le bizarre, l’inhabituel, voire le brutal n’appartenaient qu’à la nuit.

Publicité

Le « monde de la nuit » n’est jamais explicitement défini mais nous le voyons en général comme futile, fou, fougueux, inconscient, inconséquent, ivre, désinhibé.

La nuit serait donc le lieu de la névrose et de l’anormal. Celui, en fait, du sommeil impossible, de la tranquillité perdue.

** La nuit pour apprendre ou créer** L'auditeur aura peut-être le sentiment de partager ici un oreiller, là un canapé, car l'interview n'est pas menée sur un mode habituel : deux des intervenants ont accepté de garder avec eux un enregistreur pour tenir heure par heure un journal de bord, jusqu'à ce qu'ils s'endorment, vaincus par l'épuisement.

L’Oreille

Un écoutant de SOS amitié qui prend son poste après minuit, le moment le plus angoissant pour les insomniaques. Au bout du fil, il écoute et rassure. Des chuchotements, des silences, des confidences. Parfois il reconnait des voix qui l’ont déjà appelé. D’ailleurs l’une d’entre elles accepte de nous rencontrer.

C’est à cette personne insomniaque que nous confions le premier Nagra. Car nous comptons en effet laisser certains de nos interlocuteurs dans la solitude de leur domicile, la nuit, pour ne pas la perturber, pour ne surtout pas fausser cet état nocturne si particulier.

Cette première personne fait partie de ceux que la nuit travaille, ceux qui restent chez eux, à fouiller dans un frigo, ou dans leurs pensées, à tourner des pages et à tourner en rond, ceux pour qui la nuit apporte son lot de poésie, d’imaginaire, de fantasme (y compris sexuel), et de mélancolie.

La nuit, ce lieu de solitude et de silence qui tout d’un coup fait ressurgir, des pensées intimes, des angoisses.

Bonne Nuit
Bonne Nuit
© Radio France - Georges Tho

Nous retrouvons un autre insomniaque, un dimanche soir, à l’heure où une émission de fait divers est diffusée à la télévision (ce genre d’émission se termine toujours aux alentours de minuit, laissant les téléspectateurs seuls face à des questions qui ne les concernent pas directement, mais qu’ils s’approprient, des questions auxquelles ils s’identifient. Celles liées à la disparition et à la mort).

Disparaître dans le sommeil, dans cette perte de contrôle qu’il implique. Une peur, en somme, de l’engloutissement, de l’inconscience d’exister.

“* J’ai peur de m’endormir. Au moment d’aller me coucher, j’ai une angoisse qui me prend. Ce basculement entre la vie consciente et cet instant où tu ne maîtrises plus rien. Je peux passer des nuits entières à réfléchir à cet acte d’endormissement. A l’âge de 6 mois, il fallait déjà que mes parents m’emmènent en voiture la nuit pour m’endormir, ça ne m’a jamais quitté.” * a confié récemment une insomniaque anonyme, à l’artiste et vidéaste Judith Amsellem, qui travaille sur le thème de la peur.

  • Emilie Chaudet & Pauline Maucort*

eT AUSSI

DALIDA.DALIDA.DALIDA.DALIDA.DALIDA.

Dalida
Dalida

Par Hélène Frappât. Réalisation : Angélique Tibau.

ET ENFIN

Aux jardins du Ruisseau - Paris 18e / Vendredi 25 septembre 2015- "TUER", installation photo-son de Tony Hayère sur les salariés de l'abattoir de Confolens : à découvrir 18 / 23h et le samedi 26 septembre l'après midi de 14h à 19h.