Publicité

Notre-Dame de Paris : les grands événements qu'avaient sonnés ses cloches

Par
L’arrivée des nouvelles cloches de Notre-Dame à Paris, le 31 janvier 2013, pour célébrer les 850 ans de la cathédrale
L’arrivée des nouvelles cloches de Notre-Dame à Paris, le 31 janvier 2013, pour célébrer les 850 ans de la cathédrale
- Hélène Combis

Notre belle Dame de Paris a brûlé sous les yeux du monde entier... Il y a six ans, nous nous étions rendus sur son parvis pour célébrer l'arrivée de ses nouvelles cloches dans une ambiance festive, et étions revenu sur les événements historiques des deux derniers siècles sonnés par son clocher.

Elle a été la proie des flammes toute la soirée du 15 avril, ainsi qu'une partie de la nuit, et les ravages sont considérables. Une heure après le début de l'incendie qui a touché Notre-Dame de Paris, la flèche de 93 mètres de haut, que Viollet-le-Duc avait achevé de bâtir en 1859, s'est effondrée. Surnommée "la forêt", la charpente en bois du XIIe siècle, qui était l'une des plus anciennes de France, est partie en fumée. Mais la structure de l'édifice a pu être sauvée "dans sa globalité", a affirmé le chef des pompiers en toute fin de soirée, tout comme la grande rosace sud dont les vitraux ont tenu. 

Il y a six ans, nous avions consacré un article bien plus festif à ce joyau d'architecture, à l'occasion de ses 850 ans, alors que ses nouvelles cloches arrivaient en grande pompe sur le parvis, destinées à rester dans le clocher durant deux ou trois siècles...

Publicité

Vous pouvez ici redécouvrir ce reportage, ainsi qu'une interview que nous avait consacrée Jean-Pierre Cartier, agrégé d'Histoire, qui revenait sur les événements historiques qu'avaient célébrés les dernières cloches de cette somptueuse cathédrale, édifiée à dos d'homme il y a plus de huit siècles. Nous vous proposons donc un voyage dans le temps : retour au 31 janvier 2013.

Notre gracieuse vieille Dame de Paris compte bien des années aux cadrans de ses rosaces ! Voilà 850 ans que la première pierre de la cathédrale était posée dans l'Île de la Cité. Paris se devait de célébrer fièrement ce jubilé : ce jeudi 31 janvier 2013, huit cloches sorties des moules de la fonderie Cornille-Havard à Villedieu-les-Poêles (Basse-Normandie), ainsi qu'un nouveau bourdon (cloche sonnant très grave) de six tonnes fabriqué à la fonderie Royal Eijbouts, aux Pays-Bas, sont arrivés à dos de camion sur le parvis de Notre-Dame. Les huit cloches du carillon remplaceront les quatre cloches datant de Napoléon III, tandis que le nouveau bourdon sera installé dans la tour sud pour enfin suppléer le bourdon Marie, détruit pendant la Révolution. Il viendra ainsi donner la réplique au grand bourdon Emmanuel, qui "répand maestoso son fa dièse sur toute la capitale depuis 1685". Ces très beaux vases sonores ont été bénis ce 2 février, et connaîtront leur première volée lors des prochains Rameaux. Rencontre avec la foule venue fêter cet événement.

Arrivée des nouvelles cloches à Notre-Dame : les carillons
Arrivée des nouvelles cloches à Notre-Dame : les carillons

16 heures, jeudi 31 janvier 2013, sur le parvis de Notre-Dame, à Paris. Les gradins installés devant la façade occidentale de l'édifice à l'occasion de son jubilé, sont déjà très largement occupés par un public constitué de Parisiens, comme de touristes : beaucoup ont en main un appareil photo, voire un caméscope. Tous attendent, tranquilles mais impatients, l'arrivée des cloches. Sur le parvis, du monde, aussi : "On pourra dire : 'o_n était là !'"_, se réjouit un monsieur, à l'attention de deux femmes qui l'accompagnent. "Ça n'arrive que tous les quatre-cents ans", glisse une dame à sa fille.

Soudain, un heureux frémissement parcourt les rangs : le bourdon Emmanuel adresse son grave, profond salut à la foule. Fausse alerte pourtant, aucun convoi à l'horizon. C'est seulement au bout d'une quinzaine de minutes qu'une tension se fait perceptible : beaucoup de nuques pivotent vers la rue d'Arcole, qui débouche sur le parvis par la gauche.

On pensait les cloches ailées, mais celles-ci économisent sans doute leurs plumes pour leur prochain voyage pascal, à Rome : parties à neuf heures du matin, c'est à dos de camions-grues qu'elles arrivent, toutes enrubannées d'orange, sous les applaudissements, et les objectifs qui s'élèvent, frénétiques. Sur les flancs cuivrés des instruments, pour peu que l'on s'approche suffisamment, on déchiffre les prénoms qui leur ont été attribués dans une calligraphie moderne : Maurice, Etienne, Gabriel, Denis…

L'arrivée des nouvelles cloches de Notre-Dame à Paris, le 31 janvier 2013
L'arrivée des nouvelles cloches de Notre-Dame à Paris, le 31 janvier 2013
- Hélène Combis

Ce nouvel ensemble campanaire, conçu pour durer deux à trois siècles, ira remplir à nouveau le clocher de la tour Nord de Notre-Dame, qui s'était vu nettement dégarnir au moment de la Révolution. Alors qu'il connaîtra son baptême du son le 23 mars, pour les Rameaux, ne soyons pas ingrats… et souvenons-nous des grands événements sonnés par les anciennes cloches, au cours de ces derniers siècles.

Les anciennes cloches de Notre-Dame, au diapason de l'Histoire

Les quatre anciennes cloches, qui avaient été offertes à Napoléon III en 1856, ont été déposées à Villedieu-les-Poêles où elles attendent d'être fixées sur leur sort, à défaut de l'être ailleurs. En un siècle et demi, elles ont célébré nombre d’événements historiques importants, dont la Libération de Paris en août 1944. Mais entre mariages princiers, victoires militaires, baptêmes et autres obsèques… leurs devancières n'ont pas été en reste.

XVIe siècle : de grands mariages royaux

Jean-Pierre Cartier est agrégé d'Histoire , membre de l'association CASA (Communautés d'accueil dans les sites artistiques), et co-auteur de Notre Dame de Paris , ouvrage paru à la Nuée bleue pour le jubilé. À l'en croire, le XVIe siècle a été une période faste pour les bourdons, même s'il explique qu'il n'est pas évident de savoir précisément quels grands moments de l'Histoire ont été salués par les cloches de Notre-Dame :

Écouter

1 min

Les sonneries sont réglementées par des sortes de protocoles établis par le chapitre de Notre-Dame. Néanmoins, on peut penser que lors des très grands événements, le bourdon sonnait évidemment ! Il y a notamment eu le mariage très connu, très célèbre, de la reine d'Écosse Marie Stuart, qui a épousé le dauphin François, qui allait devenir brièvement le roi François II. Cette reine d'Écosse a été pendant un certain temps reine de France, et son mariage a donné lieu à une très grande célébration à Notre-Dame. Il y a eu un autre mariage, celui-ci plus délicat : celui de Marguerite de Valois, celle qu'on appelle "le Reine Margot", avec Henri de Navarre, qui n'est pas encore roi de France mais roi de Navarre, au moment de la Saint-Barthélémy. Seulement comme lui était protestant, le mariage n'a pas eu lieu dans le chœur.

L'époque de Louis XIV : Emmanuel, un nouveau bourdon pour sonner des "actions de grâce"

Pompes funèbres de Marie-Thérèse d'Espagne, dauphine de France, en 1746
Pompes funèbres de Marie-Thérèse d'Espagne, dauphine de France, en 1746

Florentin Le Gay, fondeur parisien, dota le clocher de la cathédrale de la deuxième plus grosse cloche de France (la première étant la Savoyarde, coulée par la fonderie Paccard et installée au Sacré-Cœur de Montmartre).

C'est sans doute son oeuvre qui marqua l'âge d'or de la sonnerie de Notre-Dame :

Écouter

1 min

Le grand moment où la cathédrale a bourdonné, c'est l'époque de Louis XIV ! Tout simplement parce que c'est l'époque où on a refondé Jacqueline, l'ancien bourdon, et qu'elle est devenue Emmanuel. Emmanuel Louise Thérèse plus précisément, en raison de ses parrain et marraine, puisque cette cloche a eu pour parrain le roi Louis XIV et pour marraine la reine Marie-Thérèse d'Espagne. (...) La première fois où le bourdon a sonné, ce fut justement pour le service funèbre de la reine Marie-Thérèse morte très peu de temps après la bénédiction de la cloche. Ces sonneries ont accompagné pendant le règne de Louis XIV tous les "Te Deum" (chant d'"action de grâce"), puisque c'est l'époque où on a pris l'habitude de célébrer les "Te Deum" à l'occasion des victoires militaires, des signatures de paix, de traités... qui ont accompagné ce XVIIe siècle très sonnant.

Représentations du bourdon Emmanuel
Représentations du bourdon Emmanuel

La Révolution, la constitution d'une nouvelle "église constitutionnelle", et la destruction des cloches

10 nov. 1793. La Fête de la Raison dans la cathédrale reconvertie en temple de la Raison
10 nov. 1793. La Fête de la Raison dans la cathédrale reconvertie en temple de la Raison

1792. Après l'âge d'or, l'âge de fer : la Révolution, qui oblige l'Église à se constituer autrement, dépouille du même coup le clocher de la cathédrale :

Écouter

2 min

Il y a eu la constitution civile du clergé en 1790, point de départ des difficultés religieuses que la Révolution a connues : il a été créé une Église dite "constitutionnelle" qui, à partir du moment où le Saint-Siège a condamné cette constitution civile du clergé, est devenue schismatique, dans le sens où elle s'est séparée de Rome. l'archevêque de Paris, Monseigneur Leclerc de Juigné, qui avait d'ailleurs quitté la France dès les années 1790-1791 mais était toujours en lien avec son diocèse, s'est trouvé confronté à l'élection d'un nouvel évêque métropolitain, comme on disait dans cette église de Paris, Gobel, qui a été intronisé, via là aussi une grande célébration. Bien entendu, la Révolution a ordonné de fondre les cloches dans les églises de France, et en particulier dans la région parisienne en 1791. Les cloches ont été démontées, descendues, cassées, et envoyées à la fonte. Pour Notre-Dame, cela a été le cas de toutes les cloches de la flèche, des fameuses huit cloches de la tour Nord, du bourdon Marie qui était dans la tour Sud, et le bourdon Emmanuel a lui été descendu sur le plancher de la tour Sud, mais du fait de son épaisseur, n'a pas été cassé... voilà pourquoi il a survécu à la période révolutionnaire.

De Napoléon III au XXe siècle, des cloches qui sonnent pour les événements dynastiques, et célèbrent la fin des guerres mondiales

Enfin, en 1856, Angélique-Françoise, Antoinette-Charlotte, Hyacinte-Jeanne et Denise-David**,**  viennent redonner de la voix à Notre-Dame. Il s'agit d'instruments au son médiocre, qui proviennent d'une fonderie d'Angers et dont on dit qu'ils auraient été coulés à partir de métal de cloches venant de Sébastopol.

Avant l'arrivée de ces quatre cloches, l'horloge de la tour Nord ne comptait plus que trois timbres installés en 1812 et réalisés par Michel-Philippe Desprez, "fondeur et pompier des bâtiments du roy et du chapitre".

Écouter

1 min

Il y a eu les quatre cloches que l'on a récemment descendues, qui avaient été mises en place à l'époque de Napoléon III. Ce sont elles qui ont sonné le "Te Deum" pour la fin de la Première Guerre mondiale, en 1918. Plus près de nous, elles ont accompagné le son du bourdon Emmanuel au moment de la Libération de Paris, et ont accompagné tous les événements célébrés à Notre-Dame, que ce soit le service funèbre du Général de Gaulle, de Georges Pompidou, ou de François Mitterrand.

A LIRE. Un deuxième temps de ce reportage vous invite à découvrir le son des cloches, dans toutes ses harmoniques