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Notre-Dame toujours menacée d'effondrement, la santé des ouvriers et riverains plus que jamais en question

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Début mardi dernier des travaux de décontamination des sols pollués au plomb autour de la cathédrale Notre-Dame. L'opération devrait durer dix jours, près de quatre mois après le grave incendie.
Début mardi dernier des travaux de décontamination des sols pollués au plomb autour de la cathédrale Notre-Dame. L'opération devrait durer dix jours, près de quatre mois après le grave incendie.
© Maxppp - EPA / Christophe Petit Tesson

Notre-Dame de Paris ne serait pas encore totalement hors de danger. La cathédrale court un risque d'effondrement, des pierres sont ainsi tombées après la canicule. Le ministère de la Culture appelle à une reprise rapide du chantier suspendu à cause des risques de contamination au plomb.

Le gigantesque chantier de consolidation de Notre-Dame de Paris a été interrompu le 25 juillet dernier en raison des risques de contamination au plomb. Mais face à un risque qui subsiste d'effondrement, le ministère de la Culture a appelé ce mercredi à une reprise rapide des travaux. La santé des ouvriers et des riverains est en question, alors que des travaux de décontamination du site ont débuté mardi pour dix jours.

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"Reprendre les travaux de consolidation relève d'une urgence impérieuse"

Ces mots sont ceux du ministère de la Culture, propriétaire de l'édifice en partie détruit les 15 et 16 avril derniers. Ce qu'il reste du monument historique menace toujours de s’effondrer : entre des chutes de pierres et l’instabilité de la voûte, le risque est réel. Ce mercredi, la rue de Valois, qui n'a pas souhaité donner suite à nos sollicitations, a précisé : "Aujourd'hui, l'édifice fait toujours l'objet d'un arrêté de péril du Préfet de Police, en date du 17 avril, et de nouvelles chutes de pierre des voûtes de la nef se sont très récemment produites suite à l'épisode de canicule". 

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Le ministère a aussi répondu aux accusations de Mediapart (Enquête du 12 août sur les alertes enterrées par le ministère de la Culture) et d'associations notamment sur les risques de plombémie : "L'ensemble des services de l'État impliqués dans le chantier ont fait de la santé des travailleurs une priorité absolue, primant sur toute autre considération".  

"Les préconisations de l'inspection du travail ont déjà été largement prises en compte par la maîtrise d'ouvrage et le seront également pendant toute la durée de l'opération de conservation et de restauration", a assuré le ministère, en réponse aux inquiétudes persistantes exprimées par les associations.

Différentes mesures ont été prises, assure-t-il, "pour préserver l'état de santé des travailleurs" dès les 18 et 22 avril par la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC). Des dispositions "qui seront renforcées dans les jours et semaines à venir avec la mise en place d'un dispositif pérenne et justement dimensionné au regard du nombre d'intervenants", a-t-il promis. La rue de Valois rappelle que, dès le 26 avril, un coordonnateur sécurité et protection de la santé (CSPS) a été chargé de rédiger un plan associant l'ensemble des opérateurs. Des prélèvements sur les surfaces et l'air ambiant ont été mis en oeuvre régulièrement. "Une assistance à maîtrise d'ouvrage plomb a été missionnée pour la gestion spécifique du risque plomb à compter du 16 mai", avec pour objectifs de "garantir l'étanchéité du chantier", d'"informer et former les intervenants", d'"organiser l'utilisation d'unités mobiles de décontamination pour les sorties des zones de travaux", de "gérer les déchets du chantier", dont "les équipements de protection individuelle".  

Enfin, le ministère affirme pour le suivi médical que "l'ensemble des opérateurs est quotidiennement informé de l'évolution des mesures préventives". Des formations obligatoires sur les mesures à prendre vis-à-vis du risque plomb sont dispensés et "tout nouvel opérateur doit suivre impérativement la formation".  

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"Sur tous les chantiers de site pollué, on ne fait jamais intervenir des ouvriers s'il existe un risque d'effondrement de la toiture"

L'association de défense de l'environnement Robin des Bois avait déposé plainte fin juillet à ce sujet pour "mise en danger de la personne d'autrui et non-assistance à personne en danger". Elle dit comprendre l'urgence mais son directeur, Jacky Bonnemains, dénonce une précipitation qui met en danger les ouvriers :

La situation est complexe, j'en conviens. Mais là, à notre avis, la priorité est de mettre en observation cette épave et de mieux connaître l'évolution de la situation. Sur tous les chantiers qu'on connaît de site pollué, on ne fait jamais intervenir des ouvriers s'il y a un risque d'effondrement de la toiture. Et encore, ce sont des effondrements de toiture en tôle, fibro amiante ou en matériaux plus légers. Là, c'est en pierre ! En pierre de plusieurs centaines de kilos, de tonnes !            
Il serait absolument raisonnable d'ausculter cette voûte, de savoir si les conditions météo sont propices à un effondrement.

"Il y a une urgence, mais laquelle exactement ?" s'interroge vivement Jacky Bonnemains

7 min

Un effondrement dégagerait, selon cette association, un nuage incontrôlable de poussières contaminées, de nouvelles dégradations de l'édifice et "un effet panique" dans la rue avoisinante du Cloître-Notre-Dame. Elle demande que l'arrêté de péril pris en avril dernier par le préfet de police y soit étendu :

Jusqu'à ce mardi, des centaines de touristes défilent à la queue leu leu dans cette rue étroite. A trois mètres du chantier, à cinq de la cathédrale. Il y a des marchands de pizzas, des SDF qui font la manche. Toute activité commerciale rue du Cloître-Notre-Dame devrait être interdite. C'est intolérable !

Le méga chantier de consolidation de l'un des emblèmes de Paris pourrait reprendre lundi prochain, dès lors que la garantie sera apportée que "le dispositif répond intégralement" aux prescriptions de l'inspection du Travail, avait précisé la semaine dernière la préfecture d'Ile-de-France. Un rapport de l'inspection du travail, rendu le 22 juillet, avait par exemple relevé que "les installations de décontamination sont sous-dimensionnées" autour de Notre-Dame.

A l'issue de la phase complexe et longue de consolidation, les premiers travaux de restauration "ne débuteront pas, au plus tôt, avant le premier semestre 2020", estime le ministère de la Culture.

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