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Olivier Duhamel, homme de réseaux et d'influence

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Olivier Duhamel, le 30 mars 2019, à Paris.
Olivier Duhamel, le 30 mars 2019, à Paris.
© Getty - Eric Fougere / Corbis

Portrait. Le politologue et constitutionnaliste français Olivier Duhamel, accusé d'inceste dans le livre "La familia grande" qui paraîtra ce jeudi au Seuil, est une figure de longue date du monde intellectuel, politique et médiatique. Retour sur le parcours d'un familier des cercles du pouvoir.

C'est un grand nom du monde intellectuel, médiatique et politique qui est visé depuis ce mardi par une enquête du parquet de Paris pour "viols et agressions sexuelles par personne ayant autorité sur mineur de 15 ans". Beau-père de Camille Kouchner, Olivier Duhamel est accusé par celle-ci, dans un livre à paraître demain en librairie, d'agressions incestueuses imposées à son beau-fils "Victor", quand ce frère jumeau de Camille était adolescent à la fin des années 1980. Le politologue, aujourd'hui âgé de 70 ans, n'a pas démenti l'accusation et a indiqué sur son compte Twitter qu'en raison "d'attaques personnelles", il "met fin à (s)es fonctions" dans les institutions pour lesquelles il travaillait jusque-là.

"Il a compté et compte encore pour des générations d'étudiants"

Olivier Duhamel s'impose dans les années 80 comme un spécialiste du droit et de la constitution dans la continuité de Georges Vedel et de Maurice Duverger. Aujourd'hui encore, sa thèse sur "La Gauche et la Ve République" (Editions PUF. 1980) est une référence. En 1977, il fonde avec Philippe Ardant la revue "Pouvoirs", une revue toujours publiée aujourd'hui et dont il était encore, ce lundi 4 janvier 2021, le directeur aux côtés notamment de l'ex-Secrétaire général du gouvernement, Marc Guillaume, aujourd'hui préfet de l'Île-de-France. Il fut, aux débuts des années 2000, un important contributeur de la Convention pour l'avenir de l'Europe dont les travaux ont préparé la rédaction du projet de Constitution européenne. Il a d'ailleurs été un ardent défenseur de cette Constitution européenne que les Français ont rejeté lors du référendum organisé en 2005.  

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"Il a compté et compte encore pour des générations d'étudiants", explique un enseignant qui le connait depuis longtemps. Son cours à Sciences Po était "l'un des plus renommés et l'un des plus suivis" et beaucoup parlent de lui, encore aujourd'hui, avec "les yeux humides et des trémolos dans la voix". Depuis quelques années, il n'enseignait plus mais était encore très actif. Il continuait d'organiser à Sciences Po des soirées électorales. Il était aussi "très fier et très attaché au Prix de la photographie politique qu'il avait créé en 2017" au sein de cette institution.  

Il est donc considéré comme une sommité. Ce qui lui a valu de devenir, en 2016, à la suite de Jean-Claude Casanova, président de la Fondation Nationale des Sciences Politiques (FNSP), l'organisme de tutelle qui finance Sciences Po. Olivier Duhamel a annoncé lundi après-midi qu'il quittait son poste à la tête de la FNSP, mais à Sciences Po, les révélations qui accompagnent la parution prochaine du livre de Camille Kouchner (La familia grande, Editions Le Seuil), résonnent comme un coup de tonnerre. Le directeur de Sciences Po Paris et administrateur de la FNSP, Frédéric Mion, a publié un communiqué, ce mardi matin 5 janvier, faisant état de sa "stupeur" et rappelant l'engagement de Sciences Po dans la lutte "contre les violences sexistes et sexuelles".  

Olivier Duhamel au sortir de l'Elysée le 29 octobre 2007. Alors membre du Comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions, appelé plus communément comité Balladur, créé par Nicolas Sarkozy.
Olivier Duhamel au sortir de l'Elysée le 29 octobre 2007. Alors membre du Comité de réflexion et de proposition sur la modernisation et le rééquilibrage des institutions, appelé plus communément comité Balladur, créé par Nicolas Sarkozy.
© Maxppp - Christophe Morin / IP3

Olivier Duhamel, un familier des cercles du pouvoir

Il est d'abord "le fils de son père", Jacques Duhamel, deux fois ministre sous Georges Pompidou. Lui-même, Olivier, a été conseiller du président du Conseil constitutionnel de 1983 à 1995 puis député européen sous les couleurs du Parti socialiste de 1997 à 2004. Il connaît donc bien, et depuis longtemps, les réseaux au sein desquels gravitent les décideurs. Il était d'ailleurs, jusqu'à ce lundi 4 janvier, président de l'un des clubs d'influence parisien les plus importants : "Le Siècle". Il en avait pris la tête le 1er janvier 2020. Parmi les membres et anciens membres de ce club, on trouve de grands noms du monde politico-économique français : Jacques Attali, Pascal Lamy, Thierry Breton, Claude Bébéar, Martine Aubry, François Bayrou, Michel Barnier... etc.  

Il était aussi membre d'un autre club prestigieux : le "Club des juristes", présidé par l'ancien Premier ministre Bernard Cazeneuve. Ce club est un cercle de réflexion d'une quarantaine d'éminentes personnalités telles que Jean Veil, François Sureau, Augustin de Romanet (PDG du groupe ADP) ou encore Antoine Frérot (PDG du groupe Veolia). Quelques heures après la médiatisation des accusations portées à l'encontre d'Olivier Duhamel, le nom, la photo et la qualité de membre du politologue avait disparu du site internet du club. 

L'Institut Montaigne avait également fait de lui un membre de son comité directeur ainsi qu'un de ses experts-contributeurs pour les questions politiques et constitutionnelles. L'Institut Montaigne est un groupe de réflexion libéral présidé par l'homme d'affaires Henri de Castries, ex-PDG du groupe AXA et président du comité de direction du groupe Bilderberg. Olivier Duhamel y côtoyait des personnalités de renom et en particulier de nombreux grands patrons français tels que Jean-Dominique Senard, Philippe Wahl ou encore Marwan Lahoud.

Olivier Duhamel avec Dominique Strauss-Kahn le 17 avril 2004 lors d'une réunion du Conseil national du Parti socialiste à l'Assemblée nationale en vue de l'élection européenne suivante. Olivier Duhamel qui en 2012 soutiendra DSK dans Libération.
Olivier Duhamel avec Dominique Strauss-Kahn le 17 avril 2004 lors d'une réunion du Conseil national du Parti socialiste à l'Assemblée nationale en vue de l'élection européenne suivante. Olivier Duhamel qui en 2012 soutiendra DSK dans Libération.
© Getty - Jean-Luc Luyssen / Gamma-Rapho

Il est aussi avocat. Il a prêté serment en 2010 et avait rejoint l'année suivante le cabinet Veil-Jourde, cabinet des fils de Simone Veil, pour y traiter des QPC, les Questions Prioritaires de Constitutionnalité. Il avait, à ce titre, co-écrit avec celui qui disait alors être son "ami", Jean Veil, l'ouvrage La parole est à l'avocat (Editions Dalloz. 2014).  

Autre signe qu'Olivier Duhamel était un homme influent et important, il était l'un des invités de la soirée organisée par Emmanuel Macron à la brasserie parisienne "la Rotonde", le 23 avril 2017, pour y célébrer sa qualification pour le second tour de l'élection présidentielle. 

Une personnalité médiatique

Son entregent et sa qualité de politologue lui ont valu d'intervenir régulièrement dans les médias depuis de nombreuses années. Il a entre autres été chroniqueur à France Culture jusqu'en 2010. 

En avril 2012, il avait usé de cet accès aux médias pour publier une tribune dans le journal Libération dans laquelle il dénonçait "les chiens" de la "machine médiatique" qui révélaient "le détail des comportements sexuels" de Dominique Strauss-Kahn et il s'en prenait à "la police des comportements" qui s'indignait de la vie sexuelle du directeur de Sciences Po, Richard Descoings, retrouvé mort quelques jours plus tôt dans sa chambre d'hôtel à New York.

Encore récemment, il continuait à commenter l'actualité politique sur Europe 1 et sur la chaîne LCI.  Ces deux médias ont annoncé mettre un terme à leur collaboration avec le politologue quelques heures après qu'il eût lui-même indiqué, sur Twitter, qu'en raison "d'attaques personnelles", il mettait un terme à ses fonctions au sein des institutions pour lesquelles il travaillait.

Tweet d'Olivier Duhamel lundi 4 janvier 2021
Tweet d'Olivier Duhamel lundi 4 janvier 2021
- Twitter

Le compte Twitter d'Olivier Duhamel a, depuis cette publication, été supprimé.

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