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Oman : les réformes économiques, nouvelles priorités du sultan Haitham

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Un bateau traditionnel amarré à côté d'un navire moderne dans le port de Mutrah, dans la capitale omanaise Mascate, le 18 septembre 2020.
Un bateau traditionnel amarré à côté d'un navire moderne dans le port de Mutrah, dans la capitale omanaise Mascate, le 18 septembre 2020.
© AFP - Haitham Al-Shukairi

La face cachée du globe. Un an après la mort du sultan Qabous d’Oman, son successeur, le sultan Haitham maintient la ligne de neutralité empruntée par le pays dans ses relations internationales. Mais il axe son action sur les réformes économiques face à la crise liée à la chute des prix du brut et à la pandémie de Covid-19.

Le sultan Haitham, 65 ans, dirige le pays depuis la mort de son cousin le sultan Qabous en janvier 2020. Il vient de nommer son fils Dhi Yazan, à peine trentenaire, prince héritier. Ce qui représente une première dans le sultanat d'Oman et le rapproche du mode de fonctionnement des monarchies voisines.

Entretien avec Camille Lons chercheuse à l 'IISS, International Institute for Strategic Studies.

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Camille Lons : "Même si la population, d'une manière générale soutient le sultan, le chômage des jeunes reste préoccupant"

4 min

En arrivant sur le trône il y a un an, le sultan Haitham s'est engagé à maintenir la politique internationale de son prédécesseur qui a souvent valu à ce petit État du Golfe un rôle de médiateur recherché et respecté. Une ligne que l'actuel souverain s'est engagé à poursuivre. Qu'en est-il aujourd'hui ?

Le sultan Haitham a annoncé depuis le début de son règne qu'il s'inscrirait dans la continuité de l'héritage du sultan Qabous en terme de politique étrangère, qu'Oman soit en quelque sorte la Suisse de la région comme médiateur des crises régionales, comme pays neutre. Oman a des relations assez équilibrées entre à la fois l'Iran et l'Arabie saoudite. Au moment de la crise du Qatar, Oman n'avait pas rejoint les autres pays dans le boycott de Doha. C'est une politique de neutralité qui a longtemps été la force d'Oman sur la scène régionale et cela lui a évité de tomber dans le jeu des puissances. Mais même si la ligne générale est la même aujourd'hui, les priorités du sultan Haitham ne sont plus les mêmes. Il a fait de l'économie sa priorité absolue pour les années qui viennent. Oman fait face à des difficultés économiques particulièrement préoccupantes et il est possible en effet que les questions diplomatiques, régionales ou autres passent au second plan pour un certain temps.

D'autant que ce pays du conseil de coopération du Golfe n'a pas de ressources pétrolières aussi importantes que celles des autres monarchies de la région qui, pourtant, connaissent, elles aussi, des difficultés en raison de la chute des prix du brut et de la pandémie de coronavirus ? Quelle est la situation du pays aujourd'hui ?

Avant la crise du Covid, c'était une économie déjà très fragile. C'est le pays le moins riche au sein du conseil de coopération du Golfe. Oman avait commencé, bien avant la crise, à mettre en place des réformes économiques importantes afin de réduire sa dépendance au pétrole et de diversifier son économie vers d'autres secteurs, notamment le tourisme, la logistique, les industries, et afin de renforcer le secteur privé. Des décisions ont également été prises pour réduire le recours à la main d'oeuvre étrangère. C'est désormais une politique qui touche aussi d'autres pays de la région. Quasiment, la moitié de la population à Oman est d'origine étrangère. Une main d'oeuvre à bas coût qui vient d'Asie du Sud. Une partie de la politique économique de Mascate est donc aujourd'hui de tenter de favoriser l'emploi des nationaux, d'"Omaniser" le marché du travail.

Le pays a tenté aussi d'introduire la TVA et il est même question d'introduire des taxes sur les hauts salaires, ce qui serait assez révolutionnaire dans la région. Mais ces mesures n'ont pas été suffisantes. L'économie omanaise a été heurtée de plein fouet par la crise et ses difficultés économiques pourraient avoir des répercussions en terme de stabilité du régime. Même si la population, d'une manière générale, soutient le sultan, le chômage des jeunes reste préoccupant. Il pourrait également y avoir des répercussions au plan international car la politique étrangère d'Oman, qui était de maintenir un équilibre entre Téhéran et Riyad pourrait être menacée si le sultanat devient plus fragile économiquement et donc plus dépendant des pays voisins du Golfe notamment de l'Arabie saoudite et des Émirats arabes unis. Le pays pourrait avoir plus de difficulté à maintenir une politique étrangère équilibrée et neutre.

Un an et demi avant sa mort, le sultan Qabous d'Oman a été le premier dirigeant arabe du Golfe à avoir reçu le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à Mascate. Son successeur Haitham Ben Tariq ne semble pas pressé de normaliser ses relations avec Israël dans le sillage de Bahreïn et des Émirats arabes unis ou du Maroc. Comment l'expliquer ?

C'est vrai que beaucoup d'observateurs pensaient qu'Oman ferait partie des premiers pays prêts à normaliser leurs relations avec Israël. Oman avait en effet accueilli Benjamin Netanyahu à Mascate en octobre 2018, mais n’a pas, pour l'instant, suivi l'initiative de ses voisins les Émirats et le Bahreïn. Oman a accueilli positivement les accords d'Abraham mais n'a pas encore sauté le pas de la normalisation. Il y a plusieurs raisons à cela. L’une d'elle, vient du fait que Oman a longtemps joué un rôle de médiateur dans le conflit israélo-palestinien. Il y a peut-être l'idée qu'en se rapprochant trop rapidement d’Israël, cela compromettrait sa crédibilité auprès des Palestiniens et donc, par la même, sa capacité à jouer un rôle de médiateur dans ce conflit. Oman a également des relations avec l'Iran, donc Mascate refuse de rejoindre ce qui pourrait être perçu comme un axe anti-Iran. L'autre raison, enfin, serait que, comme pour d'autres pays du Golfe, la population omanaise n'est sans doute pas prête et reste proche de la cause palestinienne.

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