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'Ombrea' : des ombrières intelligentes pour adapter l’agriculture au réchauffement climatique

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Julie Davico Pahin, directrice générale d'Ombrea devant le premier pilote. Elle a cofondé l'entreprise avec son père en 2016 à Aix
Julie Davico Pahin, directrice générale d'Ombrea devant le premier pilote. Elle a cofondé l'entreprise avec son père en 2016 à Aix
© Radio France - Annabelle Grelier

Piloté par intelligence artificielle, le système de panneaux solaires dynamiques créé par l'entreprise aixoise vise à protéger les cultures des aléas climatiques tout en produisant de l’énergie verte. Pionnière de l’agrivoltaïsme, Ombrea milite pour la bonne utilisation des terres agricoles.

L’agriculture est à la fois la première responsable et la première victime du réchauffement climatique. D’après le rapport du Giec, elle est émettrice d’un quart des émissions mondiales de gaz à effets de serre lorsque l’on prend en compte la déforestation, à travers les émissions de méthane des élevages et du protoxyde d’azote lié à l’utilisation d’engrais azotés. Mais toujours selon le Giec, si l’augmentation des températures mondiales venaient à dépasser les 2 degrés d’ici 2100, les cultures, telles que nous les connaissons, n’y survivraient pas.

Le secteur agricole est en effet très sensible aux aléas climatiques, surtout dans nos systèmes de production actuels où la monoculture nécessite des conditions stables. Or le réchauffement climatique conduit irrémédiablement au dérèglement du climat. Ce qui nous laisse craindre dans les prochaines décennies, la multiplication de phénomènes météorologiques extrêmes comme les canicules, les sécheresses, la salinisation des sols, de grandes variations d’épisodes pluvieux, les inondations ou encore la prolifération des parasites et des maladies.

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En France, certains de ces phénomènes ont déjà été observés et semblent s’accélérer depuis le début du siècle. Rien que cette année entre vagues de chaleur successives, sécheresse et épisodes de grêle tardifs au moment de la floraison, les agriculteurs ont été largement éprouvés.

Partout dans le monde, les États devront rendre les systèmes agricoles plus résilients s’ils veulent conserver leur souveraineté alimentaire. Préserver la biodiversité, les eaux et les sols, devient une urgence.

Repenser nos modes de production, de consommation, changer nos pratiques agricoles : les réponses sont multiples. ONG, associations et syndicats agricoles, tous militent pour un changement. Du recul de l’agriculture industrielle au profit de l’agriculture bio, de la permaculture, de l’agroforesterie, à la consommation de produits locaux et de saison.

Comment s’adapter ?

Du côté de l’innovation, l’agri tech française avance et quelques beaux fleurons tricolores émergent. C’est le cas d’Ombrea, une jeune pousse aixoise créée il y a six ans par une famille d’agriculteurs.

"Nous sommes des ovnis dans le monde des start ups" s’amuse aujourd’hui à dire Julie Davico-Pahin, sa jeune co-fondatrice.

C’est en effet par nécessité que cette trentenaire s’est lancée avec son père dans l’entreprenariat en 2016. Cette année-là, Christian Davico avait perdu un quart de sa production à cause de la sécheresse. "On avait beau arroser, les plantes grillaient littéralement sur pied" se souvient-elle.

Recréer un microclimat grâce à des ombrières dynamiques. Reportage d'Annabelle Grelier sur ce qui aura nécessité cinq années de recherches.

3 min

Horticulteur dans les Bouches-du-Rhône, il n’en était pas à sa première calamité. Mais à ce rythme-là, la question de la survie de l’exploitation était bel et bien en jeu. Une inquiétude partagée par de nombreux voisins et membres de la famille, du grand père maraîcher, à l’oncle viticulteur ou la sœur éleveur de chevaux autour de Sainte Victoire et Aix-en-Provence.

Le système de panneaux dynamiques s'adapte à toutes les cultures; Ici, dans un champs de pivoine chez un horticulteur des Bouches-du-Rhône
Le système de panneaux dynamiques s'adapte à toutes les cultures; Ici, dans un champs de pivoine chez un horticulteur des Bouches-du-Rhône
- Ombrea

Comment s’adapter à ces épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents ? Comment protéger les cultures de la chaleur ? D’une question urgente d’agriculteur est arrivée une réponse d’ingénieur : des ombrières mobiles qui protègent quand cela est nécessaire.

Le projet tout d’abord soumis à un bureau d’étude a donné naissance à un premier projet pilote. Installés sur des rampes coulissantes, des panneaux solaires automatisés s’ouvrent et se ferment à l’image d’un volet quand la température est trop haute. Si dans un premier temps, la réflexion portait sur la modulation des températures pour éviter la sécheresse, très vite l’entreprise comprend qu’il faut aller plus loin.

Les fondateurs d’Ombrea décide alors de former leur propre équipe de recherche et développement et emploie maintenant près d’une cinquantaine de salariés. Docteurs en biologie, agronomes, ingénieurs informatique et mécatronique ont mis au point une technologie de rupture plusieurs fois brevetée qui vise à protéger les cultures, améliorer leur rendement et produire de l’énergie verte.

Créer un microclimat pour les plantes

Les installations que propose aujourd’hui l’entreprise se sont sophistiquées pour s’adapter à tous types de cultures. Des rampes hautes pour la vigne sont devenues rotatives pour les arbres fruitiers. Équipées de capteurs pilotés par intelligence artificielle, les panneaux sont capables de changer de position en temps réel en fonction des conditions météorologiques. Ombrea a créé un outil qui modère non seulement les effets des sécheresses mais qui peut aussi prévenir les gelées ou la grêle et assure au final un bon développement des plantes.

"En modifiant l’ombrage, on arrive à modifier la lumière, la température, l’humidité et cela a des conséquences très fortes pour les cultures en dessous. On économise plus de 20% d’eau en créant un microclimat optimal pour le bon développement de la plante" affirme Julie Davico-Pahin.

L’autre avantage est de produire de l’énergie verte grâce aux panneaux solaires.

Thomas Carayol, directeur technique et Pierre-Antoine Chusse, directeur scientifique chez Ombrea
Thomas Carayol, directeur technique et Pierre-Antoine Chusse, directeur scientifique chez Ombrea
© Radio France - Annabelle Grelier

Une dizaine d’exploitations agricoles sont aujourd’hui équipées d’ombrières dynamiques. Des exploitations privées que ce soit du maraîchage en circuit court près d’Aix-en-Provence, des vergers de pruniers ou de grenades dans le Var et des vignobles dans le Sud-Ouest mais également des collectivités locales comme Châteauneuf-le-Rouge une commune des Bouches-du-Rhône qui a soutenu un projet de maraîchage pour produire des légumes pour la cantine de l’école et de la maison de retraite.

Selon les premiers retours d’expérience, le système de protection climatique d’Ombrea a permis une augmentation de rendement d’environ 20%, c’est le cas notamment pour l’horticulture. Pour la vigne, les premières données sont également positives. Moins de soleil permet en effet des taux de sucre et d’alcool moins élevés. D’une manière générale, pouvoir réguler l’ensoleillement évite le stress hydrique des plantes et garantit une meilleure qualité des fruits et légumes, estime Pierre-Antoine Chuste, le responsable scientifique d’Ombrea.

Pas de conflit d’usage

Depuis sa commercialisation, Ombrea a équipé de son système d’ombrières dynamiques environ 120 hectares de culture. Son objectif est d’atteindre les 1 000 hectares en 2027.

La France est un pays pionnier de l’agrivoltaïsme avec Israël et les États-Unis mais Ombrea affirme être seule à garder une approche agricole.

"Nous nous sommes donnés une ligne de conduite très claire" affirme la jeune cheffe d’entreprise. "L’impact doit être positif pour l’agriculture. La production d’énergie solaire n’est pas notre priorité."

Autrement dit, l’algorithme qui pilote les panneaux solaires a été élaboré pour répondre aux besoins des agriculteurs face aux urgences climatiques. La production solaire, loin d’être négligeable, reste toutefois un objectif subsidiaire.

Cette année qui a battu des records de chaleur, les intérêts de chacun se sont accordés, fait remarquer Thomas Carayol, le directeur technique d’Ombrea. Aux moments les plus chauds de la journée en effet, les panneaux sont totalement déployés pour protéger les cultures et produisent donc de l’électricité à plein régime.

Mais il n’est pas question pour autant de se retrouver dans de potentiels conflits d’usage tient à préciser Julie Davico- Pahin qui reste fidèle à ses racines paysannes opposée à l’installation de champs de panneaux solaires en lieux et place de forêt ou d’exploitation agricole.

Consciente des enjeux des terres agricoles, Ombrea élabore un protocole agronomique et de gain énergétique avant chaque installation.
Consciente des enjeux des terres agricoles, Ombrea élabore un protocole agronomique et de gain énergétique avant chaque installation.
- Ombrea

Pour permettre aux agriculteurs de s’équiper sans s’endetter, elle a promu le modèle d’affaire du tiers investisseur. L’entreprise travaille en partenariat avec des énergéticiens tels que le français Total Quadran ou bien l’espagnol Iberdrola qui portent l’investissement de la structure pour fournir une solution rapide aux agriculteurs.

Dans leur première année d’exercice, Ombrea a pu profiter d’une subvention européenne de 90 000 euros dans le cadre du programme Climate kic qui soutient les innovations face au changement climatique. Mais pour grandir, l’entreprise a décidé d’ouvrir son capital. Le fonds à impact français Mirova, la région Sud et le transporteur maritime marseillais CMA-CGM lui ont permis de lever 17 millions d’euros en 6 ans.

En plein essor, la jeune entreprise affiche ses valeurs RSE, avec une parfaite parité femme/homme dans le conseil d’administration, la mise en place du congé paternité ou encore l’engagement pour favoriser l’installation des jeunes agriculteurs. Innovante et engagée, l’entreprise provençale est installée au Technopôle de l’Arbois, nichée dans la forêt, elle y a trouvé un écosystème favorable qui aujourd’hui la place dans le palmarès des vingt entreprises de l’Agri Tech française les plus prometteuses.

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