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On ne verra plus leurs bobines

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Laboratoire LTC, le 13 décembre 2011
Laboratoire LTC, le 13 décembre 2011
© Radio France - Eric Chaverou

Des rouleaux de pellicule transformés en tristes guirlandes de Noël décorent la façade du laboratoire de développement de films LTC de Saint-Cloud. Ses 115 salariés (leur blog) ont failli empêcher la sortie mercredi du dernier film de Martin Scorsese et s’en seraient bien passés ! Ils viennent de vivre les dernières heures de leur société. Placée en liquidation judiciaire ce jeudi, après plusieurs journées de grève et d'occupation. La fin d'un acteur historique de la postproduction cinématographique né en 1935 , filiale du groupe Quinta industries, détenu à 83% par l'homme d'affaires franco-tunisien Tarak Ben Ammar et à 17% par Technicolor. La fin du 35 mm, du photochimique, face au numérique. Avec un hommage sur place ce jeudi de professionnels comme Raymond Depardon et le soutien notamment de l'ARP (auteurs, réalisateurs, producteurs) et de l'Association des directeurs de la photographie cinématographique.Elodie Schmidt, leur représentante et élue CGT , se confie les larmes aux yeux (13/12) :

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En un an, l'activité de LTC, où attendent encore des copies d'"Intouchables" aurait chuté de près de 40% face au boom d'un numérique subventionné. **Le 35mm, qui nécessite dix fois plus de personnel, du transport, de la logistique et pollue entre au musée. Et Tarak Ben Ammar, qui dit avoir fait au mieux, juge fatal le veto du Conseil de la concurrence à une fusion avec le laboratoire Eclair. ** Mais les salariés s'interrogent sur sa gestion et sa stratégie, après avoir vécu de violents aléas ces derniers jours. Un membre du CNC nous a d'ailleurs confié que Tarak Ben Ammar n'aurait pas payé les charges sociales et fiscales suffisantes pendant au moins 5 ans pour déclencher certaines subventions.Des salariés qui s'interrogent aussi sur le rôle de l'Etat, comme l'explique Sylvain Pinarel, depuis 12 ans à LTC (13/12) :

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Dans un communiqué mercredi, le CNC a dit accorder "la plus haute importance à la situation actuelle des sociétés du groupe Quinta Industries, en particulier de la société LTC." D'ajouter qu'en 2011, "le CNC a soutenu les industries techniques à un niveau exceptionnel : plus de 6,6 M€ d’aides directes ont été attribués à 100 projets présentés par les industries techniques de l’audiovisuel et du cinéma. Ce montant constitue un record absolu sur plus de 10 ans." Mais, selon Le Monde, "si le plan de la numérisation du parc des 5 500 salles de cinéma français (réalisé à 75 %) sera bien achevé en juin 2012, il n'a pas, en revanche, été accompagné par un plan de même envergure pour les copies de films. A deux reprises, en mai 2010 puis en mai 2011, le gouvernement français a promis des fonds, liés notamment au grand emprunt pour aider à la numérisation, mais l'argent n'a finalement jamais été débloqué".

Dans un communiqué, ce vendredi, le Parti socialiste a déploré cette liquidation judiciaire. Estimant notamment que : "C'est un patrimoine culturel, de compétences et de savoir-faire que représentaient leurs métiers qui est désormais abandonné".

Avec désormais la question de la conservation des films. Car certains, comme Bertrand Tavernier interviewé par Florence Pacaud, s'alarment du danger du tout numérique :

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> Découvrez un dossier spécial sur les enjeux éthiques de la restauration cinématographique