Où fera-t-on la fête après la pandémie ?

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Où fera-t-on la fête après la pandémie ?

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À quoi ressemblera la bamboche de demain ? Durant la fermeture des discothèques, le monde de la nuit a imaginé un nouveau modèle : les zones d’urgence temporaires de la fête.

Pour renouer avec la "bamboche", les professionnels du spectacle ont imaginé des nouveaux lieux de fête éphémères, qu'ils ont baptisées zones d'urgence temporaires de la fête. Les ZUT vont organiser à l'été 2021 des performances, des scènes musicales, des DJsets en promouvant des"street artists" et des comédiens.

Tommy Vaudecrane, président de Technopol : "Je pense qu’on va avoir des modèles, des nouveaux modèles de fêtes qu'on ne connaît pas encore qui vont apparaître. Il y a beaucoup de gens qui réfléchissent à le faire différemment avec des engagements plus forts de politique d'inclusion, de diversité et d'écologie. On voit vraiment deux mondes se créer : le monde des fêtes engagées et le monde des fêtes de divertissement. L'idée de ces zones d'urgence temporaires, artistiques et festives, c'est de reprendre l'activité dans des conditions sanitaires acceptables, de reconnecter le public et les artistes progressivement. On va commencer assis, puis on va pouvoir se lever au bout d'un mois. L'idée, c'est qu'à travers cet été, on ait une trentaine ou une cinquantaine de ces zones à travers le territoire qui puissent donner vie à l'ensemble de la création artistique et à l'ensemble des artistes."

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Kevin Ringeval programmateur de spectacles : "Ces ZUT peuvent être aussi bien au sein d’une agglomération que dans des campagnes. Il va falloir aussi qu'on se batte contre ces mauvais plis qui nous invitent à ne plus jamais sortir de chez nous, à rester casanier et à vivre finalement sur nos canapés."

Repenser une nouvelle politique culturelle

Avec les ZUT, producteurs de spectacles et les associations comme Technopol veulent dessiner une politique culturelle de proximité engagée, inclusive et accessible.

Tommy Vaudecrane : "La musique n'a plus sa place dans l'espace public. La danse, très peu, on a encore les arts de rue qui le font, mais de façon très encadrée. Un des enjeux de la relance culturelle, c'est justement que la culture ne soit plus choisie, sélectionnée, sur entrée payante. C'est peut être le premier pas vers ce retour de la culture sur l'espace public et dans des lieux un peu inattendus."

C'est aussi le modèle de la discothèque classique qui est en pleine mutation avec des complexes de boîtes de nuit qui ne sont plus en phase à l'époque. Beaucoup de clubs veulent se penser désormais comme des lieux 100% culturels avec le statut de "club culture" où artistes, fêtards et installations cohabitent dans un espace hybride.

Tommy Vaudecrane : "Si on transforme une discothèque en "club culture", on va commencer à regarder quels sont les artistes dans notre entourage qu'on va pouvoir faire jouer. C'est la notion de circuit court artistique, c'est-à-dire que faire émerger un artiste, c'est mieux s'il émerge autour de chez lui, avant de commencer à traverser les pays pour jouer. La notion d'extérieur va être importante aussi. Par exemple pour les fumoirs, les propriétaires ne seront plus obligés d'aménager les lieux avec une extraction qui coûte des millions d'euros pour que les fêtards se retrouvent dans une boîte à sardines où tout le monde fume sa clope."

A la conquête des friches urbaines

Le monde de la fête se développe aussi dans de nouveaux espaces urbains. Les tiers-lieux, espaces de brassage et de rencontre s'approprient les friches. Les occupants de ces lieux veulent les concevoir comme des lieux polyvalents.

Tommy Vaudecrane : "Il y a un concept qui s'appelle la chronotopie des usages et qui dit qu'à midi, on vient déjeuner, à 17 heures, on vient travailler, et le soir, on fait la fête. Il va falloir qu'on optimise les espaces et ça va se faire avec les tiers-lieux."

Kevin Ringeval : "Il y a une espèce d'énergie pour ces tiers-lieux. Beaucoup sont en train de reprendre des gares à l'abandon, des anciens centres de tri de la poste à l'abandon, etc. justement pour en faire des lieux de vie, des lieux de culture, des lieux de proximité capables de refaire vivre culturellement des campagnes et des villages. "

Après une fermeture exceptionnellement longue des clubs, on estime qu'environ un tiers des établissements ne rouvrira pas après la pandémie.

À réécouter : Culture : une réouverture pour qui ?