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Où il sera question de pattes de poulet et d'effet rebond

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combien seriez-vous prêt à utiliser d'huile pour sauver une patte de poulet ?
combien seriez-vous prêt à utiliser d'huile pour sauver une patte de poulet ?
© Getty - mikroman6

#LaTransition. Comment, en regardant Top Chef, j'ai pensé à Jack Bauer, à un crash d'avion et à mes problèmes de chauffage.

Confinement ou pas, comme chaque mercredi depuis plus d’un mois, j’ai regardé ‘’Top chef’’. 11e saison, fidèle au poste. Hier soir, on y cuisinait des épluchures ; la semaine dernière, de la crête de coq, des pattes de poulet et du croupion. Parties beaucoup moins nobles que le suprême ou la cuisse mais dans la gastronomie comme ailleurs, la mode est au ‘zéro déchets’ : rien ne se jette, tout se cuisine.

Voilà qui part d’une bonne intention. Mais une bonne intention ne fait pas toujours une bonne idée.

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Ainsi à propos de la volaille et de la façon d’accommoder ses pattes. Un des candidats de l’émission les plonge dans un bain d’huile avant de les faire revenir au beurre dans une poêle, soit à peu près l’équivalent de ma consommation annuelle de matière grasse. D’où mon interrogation : est-il vraiment plus écologique d’utiliser toute cette huile et tout ce gras simplement pour ne pas avoir à jeter une partie du poulet ? Ce que vous économisez d’une main, vous le sur-dépensez de l’autre. Bilan carbone : négatif.

Pardon de passer du coq à l’âne mais ces étranges arbitrages m’ont font penser à la série 24H chrono, la première saison, dans laquelle Jack Bauer n’a que quelques heures pour retrouver les ravisseurs de son épouse. Dans sa course contre la montre, il dézingue tous ceux qui lui entravent le passage, coupables comme innocents : pour sauver une seule personne, il en abat quelques dizaines d’autres. Bonne intention de départ, résultat mitigé.

En matière écologique, les exemples ne manquent pas de ces actions en apparence vertueuses qui s’avèrent, à l’usage, contre-productives.

Prenez les produits bio. Le bio, c’est bien, cela réduit le recours aux pesticides. Mais pour que les fruits puissent voyager et être vendus en grande surface sans être contaminés par le non-bio, il faut les emballer…dans du plastique. Pas très écolo.

Prenez le recyclage du verre. Les containers dans lesquels vous allez jeter chaque dimanche matin vos cannettes de bière, c’est bien. Mais ce verre, il va falloir le collecter, le transporter, le piler, le retraiter : une débauche d’énergie pas très verte. A se demander pourquoi on a laissé tomber la consigne.

Ce décalage entre l’effet recherché et l’effet produit trouve une de ses déclinaisons dans ce que les économistes appellent l’effet rebond. Il fait appel à la psychologie.

Une de ses manifestations les plus connues est liée à la consommation d’énergie. Prenons un exemple : votre logement est mal isolé, vous investissez dans du double-vitrage. Résultat : votre facture de chauffage baisse, c’est le but recherché. Mais puisqu’elle baisse, vous vous autorisez à monter le thermostat d’un ou deux degrés par rapport à ce que vous faisiez avant : après tout, vous avez bien le droit de vous octroyer cette petite récompense, puisque vous êtes un bon citoyen qui a isolé son logement. Résultat : la facture ne baisse plus, la consommation non plus. C’est ça, l’effet rebond.

Par esprit d’escalier, j’ai exhumé de ma table de chevet l’essai le plus passionnant qu’il m’a été donné de lire ces dix dernières années : ‘’Les décisions absurdes’’ de Christian Morel (Gallimard). L’auteur, sociologue, y décrit des décisions qui, bien que prises sous le sceau de la rationalité, vont s’avérer désastreuses.

Ainsi le crash du vol 173 de United Airlines à Portland aux Etats-Unis, en 1978. Le train d’atterrissage de l’appareil fonctionne mal : les pilotes décident de maintenir l’avion en vol, le temps de procéder aux vérifications : sage décision. Du moins en apparence. Car ils en oublient de regarder la jauge du carburant : mauvaise idée, l’avion s’écrase. Ils auraient dû privilégier la solution la moins sage a priori : l’atterrissage forcé.

S’il y a une morale à en tirer, je n’en vois pas d’autre que celle-ci : si vous n’avez pas encore lu ‘’Les décisions absurdes’’ de Christian Morel : faites votre possible pour vous le procurer (il existe en version numérique), c’est garanti sans effet rebond !