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Paix : Un Nobel à tout prix

Par

NM
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© Radio France

Nelson Mandela, prix Nobel de la Paix en 1993 © Radio France

Le prix Nobel de la Paix est sans conteste le plus prestigieux des prix Nobel, souvent le plus attendu aussi, sans doute parce qu’il reste le plus « compréhensible » pour le grand public. Comment pourrait-on en effet se féliciter du prix obtenu par un chimiste ou un physicien dont les travaux sont, la plupart du temps, souvent complexes voire obscurs et le nom généralement inconnu de l’homme de la rue ?

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Certes, il y a des exceptions historiques à l’image de Pierre et Marie Curie , prix Nobel de physique en 1903 , par exemple ou plus près de nous de Pierre-Gilles de Gennes en 1992 ou de Georges Charpak , récemment décédé, l’année suivante. Reste que ces exemples ne sont pas aussi nombreux. Et puis, question de culture générale digne du Certificat d’Etudes Primaires ou du Trivial Pursuit : pourquoi Pierre et Marie Curie ont-ils obtenu le Nobel de Physique ? Les réponses se font alors plus rares...

Pour le prix Nobel de la Paix , les choses semblent – faussement – couler de source car les surprises restent nombreuses. Comme pour une course hippique, il y a des favoris donnés gagnants qui se font distancer sur terrain lourd et des outsiders qui franchissent la haie des tribunes alors que personne ne les attendait… Parfois, il y a photo-finish. Chacun y va de son petit pronostic mais mise généralement à côté de la plaque. Des exemples ?

« S’il devait y avoir une action militaire, celle-ci ne pourrait être décidée que par le Conseil de sécurité de l’ONU ». Telle est la voix de la France, celle de Jacques Chira c. Le 14 février 2003, Dominique de Villepin , alors ministre des affaires étrangères, précise à New York : « …un usage de la force serait si lourd de conséquences pour les hommes, pour la région et pour la stabilité internationale qu'il ne saurait être envisagé qu'en dernière extrémité ». Le contexte est, bien sûr, celui de la crise irakienne où la France refuse de se ranger aux côtés de George W. Bush et de Tony Blair, Dick Cheney et autres Donald Rumsfeld qui veulent envahir militairement l’Irak, coupable, selon eux, de posséder des armes de destructions massives.

La position de la France va être durement ressentie par les anglo-américains et rapidement, réprimée par une campagne anti-française d’une extrême virulence. Notre pays serait à la botte de Saddam Hussein et oublie le sacrifice de tous ces G.I.’s tombés sur les plages de Normandie. Des vins de France sont déversés dans les caniveaux de Chicago tandis qu’à Los Angeles, on débaptise les French Fries – dont au passage l’origine est plus probablement belge – et qui se nomment désormais, et sans rire, les Liberty Fries . Et puis, le tintamarre se termine. On se met à penser que la France n’a pas manqué de courage et que finalement le prix Nobel de la Paix pourrait être attribué à son président. Chacun va y croire et probablement Jacques Chirac, au premier chef…

Autre année, autre surprise : Al Gore et le GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat) obtiennent le prix Nobel de la Paix en 2007 . Le premier était Vice-président de Bill Clinton de 1993 à 2001 . Promoteur de l’Internet, dès 1993, il est le premier à évoquer les autoroutes de l’information mais c’est surtout An Inconvenient Truth , une vérité qui dérange, qui le fait sortir d’un relatif anonymat. Idem pour le **GIEC, ** non à l'abri de possibles couacs, mais cette année-là, Stockholm - ou Oslo puisque le prix Nobel de la Paix est attribué par le comité norvégien - semblait particulièrement sensible aux thèses sur le réchauffement climatique .

Dernier exemple et le dernier, précisément, en date. En 2009 , le prix Nobel de la Paix est attribué à Barack Obama « pour ses efforts extraordinaires afin de renforcer la diplomatie internationale et la coopération entre les peuples ». Un prix qui crée la surprise et une certaine incrédulité car le président Barack Obama n’en est qu’à la …première année de son mandat. Ce qui semble un peu précoce pour lui attribuer le prix Nobel de la Paix à moins que les paroles et les bonnes intentions prennent le pas sur les actes concrets ? L’étonnement fera ensuite place à la controverse. Dix jours avant de recevoir le prix Nobel de la Paix, Barack Obama décide de renforcer les effectifs américains en Afghanistan avec l’envoi de **30 000 soldats. ** Mais ne dit-on pas « Si tu veux la paix, prépare la guerre ». Alors pour aller chercher son prix Nobel, Barack Obama ne fera qu'un très rapide aller-retour, dans la plus grande discrétion et sans doute avec cette remarquable modestie qui caractérise les vainqueurs...