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Parce qu’il n’est jamais trop tard pour danser Pina Bausch

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Affiche du The NELKEN-Line project, initié en 2017 par la Fondation Pina Bausch, qui invite tous les amateurs de danse, du monde entier, à s'approprier une séquence du spectacle Nelken, créé en 1982
Affiche du The NELKEN-Line project, initié en 2017 par la Fondation Pina Bausch, qui invite tous les amateurs de danse, du monde entier, à s'approprier une séquence du spectacle Nelken, créé en 1982
- Fondation Pina Bausch

Culture Maison. Comment entretenir un héritage artistique vivant et délibérément tourné vers le futur ? C’est ce que vous explique Aude Lavigne, productrice des Carnets de la création, en prenant pour exemple The NELKEN-Line, de la Fondation Pina Bausch.

La danse en héritage

Dans un entretien accordé à Philippe Noisette pour Paris Match en juin 2014, Salomon Bosch, fils de la chorégraphe, expliquait l’enjeu que s’est fixé la Fondation Pina Bausch, crée le 3 août 2009, quelques semaines après la mort de la dame de Wuppertal : "La danse est éphémère, il faut chercher d’autres stratégies pour l’avenir, trouver d’autres possibilités pour permettre aux nouvelles générations d’y avoir accès".

Parmi les différents projets mis en oeuvre par la fondation, The NELKEN-Line, initié en 2017, contribue largement à populariser les œuvres de Pina Bausch en rassemblant des milliers d’amateurs de danse du monde entier. Le principe est simple : apprendre, grâce à un tutoriel, une séquence de Nelken, pièce composée en 1982, puis proposer cette danse dans une déambulation publique, se filmer et soumettre sa vidéo à la fondation. Tout le monde est ici le bienvenu pour se joindre au groupe de "la ligne" la plus célèbre des pièces de Pina Bausch, colonne de danseurs qui avance au son de West End Blues de Louis Armstrong. En quelques gestes simples et évocateurs, elle raconte les changements de saison, tandis que les danseuses et danseurs marchent en file indienne. En France, en Irlande, au Chili, en Espagne, des amateurs de tous âges et de tous niveaux ont répondu à l’appel lancé par la Fondation : "Vous aussi, venez nombreux vous joindre à nous pour que le projet continue !"

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C’est la danseuse Julie Anne Stanzak, interprète historique du Tanztheater de Wuppertal depuis 1986, qui conduit le tutoriel Learn The NELKEN-Line, vidéo de 10 minutes, dans laquelle elle décrit en anglais et danse les quatre mouvements qui la composent, et qui correspondent aux quatre saisons en commençant par le printemps. 

Décortiquée de façon très claire, chaque saison a ses gestes facilement mémorisables grâce à des mots évoquant la nature : herbes, soleil, feuilles, arbres. A priori les mouvements semblent à la portée de tous, mais le vrai défi réside dans les détails et la clarté du geste. La chorégraphe affectionnait cette forme de "procession" qui se propageait parfois jusque dans le public. Des danseurs au public, voici donc que la farandole continue dans la diversité de toute la société. 

L’art de dresser un poisson rouge

Nelken, signifie Œillets, c’est un des chefs d’oeuvre de Pina Bausch. Cette pièce pour 25 danseurs et 4 cascadeurs a été créé en 1982 à Wuppertal, où réside et travaille depuis ses débuts la compagnie. Des milliers d’oeillets roses recouvrent le plateau, scène de jeu pour les danseurs mais aussi parterre où rodent deux chiens loups tenus en laisse. Petites scènes et séquences dansées alternent, du singulier au pluriel, de l’intime au collectif, le monde Pina Bausch entre claque et caresse. On doit à Norbert Servos le titre le plus explicite pour résumer l’acuité et la tension des œuvres de la chorégraphe. C’est celui de l’ambitieuse monographie qu’il a publié en 2001 aux éditions de l’Arche : Pina Bausch ou l’art de dresser un poisson rouge. L’art de dresser un poisson rouge, voici une image forte qui dit la précision des gestes, mais aussi leurs constantes ambivalences.

A cet égard, je vous invite à regarder le merveilleux film de Chantal Ackerman Un jour Pina a demandé…, réalisé en 1983. Pendant cinq semaines la réalisatrice a suivi la chorégraphe Pina Bausch et sa troupe en tournée en Europe, certainement le plus beau film sur mais aussi dans l’oeuvre de la chorégraphe. On peut notamment y voir des scènes cultes de Nelken comme celle, inoubliable de tendresse et de solitude, en langue des signes, créée et interprétée par Lutz Forster sur The Man I Love de Georges Gershwin

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C’est une séquence merveilleuse qui explique le processus de travail de l’artiste, et qui rappelle aussi combien Pina Bausch est une source d’inspiration pour les chorégraphes qui lui succèdent, comme Ce petit bal perdu Bourvil chorégraphie à 4 mains de Philippe Découflé avec Pascale Houdin

Mais pour revenir à Nelken et à la forte ambivalence des œuvres de Pina Bausch, exprimée dans un registre plus nerveux mais tout aussi mémorable, il y a cette apostrophe du danseur Dominique Mercy faite au public, une scène visible dans le film de Chantal Akerman. Que vient voir le public ? Quelles sont ses attentes par rapport à la danse ? En robe dégrafée, excédé, il crie au public "Qu’est-ce que vous voulez voir encore ? Des entrechats six ? Je sais faire. Des grands jetés ? Je sais les faire. Le grand manège ? Je sais aussi", tout en exécutant les pas évoqués.

Voici bien une scène qu’il faut toujours avoir en tête quand vous danserez la ligne Nelken, toujours la tête haute et l’esprit lucide !

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