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Paris a armé la répression égyptienne dès 2013, accuse Amnesty International

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Un blindé français Sherpa LSW photographié derrière des barricades de briques en 2013.
Un blindé français Sherpa LSW photographié derrière des barricades de briques en 2013.
- Amnesty International

Images à l’appui, Amnesty International démontre que des blindés français ont été utilisés pour réprimer des opposants en Egypte, entre 2013 et 2015. Chacun dans ce dossier plaide sa bonne foi, alors que la France, déjà épinglée, est le principal fournisseur d’armes de l’Egypte depuis 2013.

Le rapport est explosif. Amnesty International l’affirme : des armes françaises, comme des blindés, ont servi à la répression en Egypte. L’organisation a rendu ce mardi un rapport de 60 pages intitulé Égypte. Des armes françaises au cœur de la répression. D’après l’ONG, l’armée égyptienne a utilisé ces armes entre 2012 et 2015, au plus fort de la répression post-révolution. Alors même que le ministre des Affaires étrangères français de l'époque, Laurent Fabius, condamnait une telle réponse du pouvoir.

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20 heures de vidéo visionnées

Pour réaliser son rapport, l’Organisation de défense des droits de l'Homme a analysé des centaines de photos et plus de 20 heures de vidéo disponibles sur internet, des reportages de la BBC, des médias égyptiens et des agences Associated Press et Reuters. Dans ces vidéos, on voit des forces de sécurité égyptiennes "faire usage d’une force excessive pour disperser des manifestations et des sit-in", comme il est écrit dans le rapport. C’est dans l’une de ces vidéos que les membres d’Amnesty International ont remarqué la présence de véhicules blindés français fabriqués par Renault Trucks Defense, appelé aujourd’hui Arquus.

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L’ONG estime qu’entre 2012 et 2014 plus de 200 engins ont été fournis à l’Egypte par la France. La moitié sont passées entre les mains du ministère de l’Intérieur égyptien.

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Une répression sanglante à l'été 2013

Lors de son investigation, Amnesty International s’est longtemps arrêté sur le mois d’août 2013. Des blindés livrés par la France ont alors été filmés lors des confrontations les plus violentes le 14 août. Les engins de Renault Trucks Defense, des Sherpa LSW et Sherpa LS, dispersent les manifestants qui participaient à un sit-in sur les places Rabaa al-Adawiya et al-Nahda du Caire. Ce jour-là, au moins 817 personnes sont mortes. "C’est la première fois dans l’histoire égyptienne moderne qu’autant de manifestants étaient tués en une seule journée" rappelle l’ONG dans son rapport. Les blindés sont aussi observés dans d’autres quartiers du Caire. D'après Amnesty, c'est un blindé français que l'on voit sur cette vidéo prise dans le quartier de Sidi Gaber (Alexandrie), lors des affrontements du 5 juillet 2013.

Pour Aymeric Elluin, chargé de plaidoyer Armes et justice internationale au sein d'Amnesty, l’action de l’Etat est contradictoire : 

La France est engagée au niveau européen, négocie un traité sur le commerce des armes et le signe. A ce moment-là, la France continue d’exporter. Pourtant, les autorités savent que les équipements ont été en partie détournés pour une utilisation de part du ministère de l’Intérieur.

"On reproche à la France d'avoir exporté des blindés en Egypte." Aymeric Elluin, Amnistie Internationale

1 min

La France, principal fournisseur d’armes de l’Egypte depuis 2013

La France savait-elle que des blindés français étaient sur ces places ? Le 14 août, Laurent Fabius, le ministre des Affaires étrangères réagit : "La France condamne avec la plus grande fermeté les violences sanglantes intervenues en Egypte et demande un arrêt immédiat de la répression." Quelques jours avant, pourtant, le chef de la diplomatie déclarait : "L’embargo sur les armes a été levé (...) Mais il n’est pas possible de livrer des armements qui ensuite pourraient se retourner contre nous."

Selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, sur la période 2013-2017 : la France a livrée 37 % des armes lourdes à l’Égypte, contre 26 % pour les Etats-Unis. La coopération militaire entre la France et l'Egypte s'est encore renforcée depuis l'arrivée au pouvoir d'Abdel Fattah al Sissi en 2014. Depuis 2015, l'Egypte a conclu pour six milliards d'euros de contrats d'armement avec la France, pour la livraison de 24 Rafale notamment.

L’état français se défend et fait savoir que la France a bien vendu des armes à l’armée égyptienne. Mais son utilisation a été détournée par la police du pays. Autre argument : si la France a vendu des armes à l’Egypte, c’est au nom de la lutte contre le terrorisme.

Les dix principaux pays exportateurs et importateurs d'armes, en % du commerce mondial de l'armement, selon SIPRI, sur la période 2013-2017
Les dix principaux pays exportateurs et importateurs d'armes, en % du commerce mondial de l'armement, selon SIPRI, sur la période 2013-2017
© AFP - John Saeki

De nouvelles accusations

Ce n’est pas la première fois que l’Etat français et d’autres entreprises françaises sont accusées de contribuer à la répression. En juillet dernier, quatre ONG, la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme, l’Institut du Caire pour les droits de l'Homme, la Ligue des droits de l’Homme et l’Observatoire des armements pointaient du doigt le rôle de la France. Ces ONG évoquaient la vente de "technologies de surveillance individuelle, d’interception de masse, de collecte des données individuelles, de contrôle des foules".

De son côté, Olivier Tesquet avait révélé en juillet 2017 pour Télérama "les tribulations égyptiennes d'un marchand d’armes numériques français." L'entreprise Nexa (ex-Amesys) s'est fait un nom en vendant ses services de surveillance électronique à la Libye, puis à l'Egypte. Au printemps dernier, le même journaliste ajoutait le nom d'une autre entreprise française qui vend du matériel de surveillance électronique à l'Egypte : Ercom. Selon l’hebdomadaire : "Elle vend de puissants systèmes de surveillance des réseaux à des régimes peu recommandables. Avec la bénédiction des autorités françaises." Ses outils sont capables d'intercepter des appels téléphoniques et des SMS et de géolocaliser les utilisateurs de téléphones portables, des potentiels cibles pour le régime.

Dans son rapport, Amnesty International presse la France de "cesser immédiatement tout transfert vers ce pays de matériels susceptibles de servir à la répression interne__, y compris des véhicules blindés, des armes légères, des équipements à létalité réduite et leurs munitions utilisés pour assurer le maintien de l’ordre lors de manifestations et dans les lieux de détention."