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Paris : la nouvelle exposition de la tour Keith Haring

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Keith Haring, l’artiste de pop art américain est à l’honneur à Paris avec l’exposition "The political line". Mais la capitale possède depuis 27 ans la seule œuvre monumentale de l’artiste ! Et grâce aux travaux de rénovation de l’hôpital Necker, elle va connaître une seconde vie.

La tour Keith Haring de l'hôpital Necker au printemps 2013
La tour Keith Haring de l'hôpital Necker au printemps 2013
© Radio France - Laurence Panelay

« Keith a été impressionné par cette grande surface » se rappelle Julia Gruen, la directrice de la fondation Keith Haring.

« Il aimait travailler à grande échelle, toujours à main levée, sans dessins préparatoires », ajoute-t-elle.

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L'artiste mettra trois jours pour réaliser la fresque sur la cage de l’escalier de secours extérieur, attenant à la Clinique de chirurgie infantile. Une fresque de 27 mètres de haut !

En 1987, Keith Haring, âgé de 29 ans, est célèbre. « Il voyageait beaucoup et essayait de réaliser à chaque fois, gratuitement, une œuvre pour les enfants ou pour la communauté » continue Julia Gruen.

Comment la fresque a été réalisée ?

Connaissant l’envie de l’artiste de réaliser une œuvre à Paris, le galeriste Daniel Templon en parle à la ministre de la Santé d’alors, Michèle Barzach. Elle lui suggère l’hôpital Necker.

Keith Haring écrira dans son journal qu’il a peint cette fresque « pour distraire les enfants malades de cet hôpital, aujourd’hui et demain ».

Julia Gruen travaillait avec Keith Haring depuis 1984. Elle était avec lui à Paris et nous a expliqué la façon de travailler du New-Yorkais et son implication à traiter des sujets de société :

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Julia Gruen
Julia Gruen
© Radio France

Et la réaction à Necker ?

Dans l'établissement, on suit la volonté du "patron", en attendant de voir le résultat.

Le professeur Denys Pellerin, à l'époque chef de service de la clinique chirurgicale infantile des enfants malades et conseiller auprès de la ministre de la Santé Michèle Barzach, reconnaît préférer les impressionnistes.

Pr Denys Pellerin
Pr Denys Pellerin
© Radio France - Laurence Panelay

Pourtant, il a tout de suite estimé que cette peinture joyeuse s’intègrait au lieu :

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Tout le monde a dit : le patron est un peu fou ! Mais enfin, voilà, il a laissé faire ce truc là. Et puis après cela, c'est devenu tel que c'est devenu le totem et là j'ai trouvé que cela allait avec le côté moderne que je donnais au service, considéré tout à fait innovant avec des chambres d'enfants colorées, des dessins.

Keith Haring ne doutait de rien, il avait une conviction à toute épreuve

Dans son atelier de Montmartre, François Boisrond se souvient de ces années 80. Le peintre alors membre du mouvement de la figuration libre a travaillé avec Keith Haring. "Ce qui nous rapprochait était un goût commun de faire des choses assez directes et spontanées. Ainsi qu’un attrait pour la culture populaire, la bande dessinée.." Il témoigne sur l'art et la générosité de Haring :

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François Boisrond
François Boisrond
© Radio France - Laurence Panelay

Je crois que c'est en 1982 la première fois que je l'ai rencontré. Dans son atelier, c'était un beau bazar. Il avait déjà cette manière de couvrir tout du sol au plafond. Et puis il y avait beaucoup d'énergie qui se dégageait de son travail. Il faut vraiment lui reconnaître cette générosité et cette envie de toucher un public qui n'allait pas forcément dans les galeries ou les musées. C'était une vraie conviction chez lui, et dans le cas de l'hôpital Necker il était toujours très attentif aux enfants, donc c'est un véritable acte de générosité. Et sur place, son assistant l'aidait à remplir les surfaces, mais lui était très impressionnant parce qu'il faisait cela avec une assurance complète, aussi du calme, de la sérénité. Je ne l'ai jamais vu se mettre complètement en colère, une espèce d'humeur égale. Très généreux, très souriant. C'était toujours très agréable d'être à ses côtés.

Regardez dans cette vidéo comment Keith Haring pouvait réaliser un mural. En l'occurrence à Chicago, en 1989, avec des lycéens :

La tour sauvée, une nouvelle vie pour 2015

L’intégration de la tour au projet du nouvel hôpital va lui redonner vie. L'architecte Philippe Gazeau et le paysagiste Pascal Cribier ont toujours voulu la mettre en valeur. Et début 2015, l’œuvre restaurée devrait se retrouver tel un totem au centre d’un jardin d'un hectare.

Simulation de la tour Keith Haring
Simulation de la tour Keith Haring

Restait à trouver les fonds nécessaires aux travaux de préservation de la tour, et de restauration de la peinture qui s’effrite à certains endroits. Chose faite le 17 avril dernier grâce à une vente aux enchères d’art contemporain organisée par Sotheby’s, en coopération avec la galerie Jérôme de Noirmont et la fondation Keith Haring : 361.900 euros récoltés, à ajouter aux 550.000 euros déjà réunis avant cette opération.

Pour Julia Gruen, le futur emplacement de la tour "est plus qu'une simple préservation, c'est une seconde vie" :

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