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Paris, la ville dans le miroir

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Les quais de Seine, 25 mai 2017
Les quais de Seine, 25 mai 2017
© Getty - B. De Hogues

D’après les derniers résultats Médiamétrie, France Culture bat des records d’audience sur Paris (3ème radio la plus écoutée) et l’Ile-de-France. En signe de gratitude, voici un bouquet de livres récents sur Paname. Pour hâter la réouverture des terrasses...

Paris Fantasme de Lydia Flem (Seuil), essai historique et littéraire, est "une autobiographie au pluriel", la réponse à une question vertigineuse : "Où suis-je chez moi ?" - résume Claire Devarrieux dans le cahier livres de Libération. La rue Férou, qui va vers le Luxembourg, "vieille de cinq siècles, et si courte qu’il faudrait la parcourir près de cent fois pour y loger dix mille pas", est le point de départ de ce "chemin de pierre et de papier". C’est sa rue, elle en détaille les numéros, leurs occupants, leurs histoires... "Comme tout le monde, je savais que le mousquetaire Athos en avait été l’hôte littéraire, que Georges Pérec la décrivait depuis le café de la Mairie dans Tentative d’épuisement d’un lieu parisien."

Paris est un palimpseste où les fantômes réels et imaginaires se marchent dessus.

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Les grands écrivains ou leurs personnages se bousculent en effet, les anonymes et les oubliés aussi, leurs histoires, leurs papiers - journaux intimes, courrier, contrats de bail ou de mariage. Lydia Flem évoque Chateaubriand et Ernest Renan, qui sont passés par là, ainsi que Victor Hugo, Huysmans... "Au 4, Prévert a été un enfant, le comité de lecture des Temps modernes s’est tenu un temps, et Michel Déon a vécu de 1959 à 1979." Au 6, Hemingway a habité avec Pauline Pfeiffer... Le genre bien particulier de la déambulation parisienne érudite, que n’arrête ni le temps ni les grandes périodes de l’histoire, n’échappe pas au vertige de l’énumération et de la liste. On laissera donc Alix de Saint André au 57, rue de Babylone Paris 7e (Gallimard) avec Ariane Mnouchkine ou Mme Muller, dite « Cocotte », Bernard Chambaz Zoner (Flammarion) et s’attarder entre les Maréchaux et le périphérique, notamment à la Cité universitaire, pour suivre Éric Hazan dans Le tumulte de Paris (La Fabrique).

Une main sur la ville

"Garder une main sur la ville" c’est "en connaître l’histoire et les détours pour que le moment venu elle puisse reprendre ses couleurs et sa gloire", écrit Éric Hazan. Là aussi, la grande et la petite histoire, les souvenirs personnels et les réminiscences littéraires tissent une poésie ininterrompue, tout juste découpée en courts chapitres ménageant des haltes, pour savourer par exemple Le Soleil de Baudelaire.

Je vais m’exercer seul à ma fantasque escrime, / Flairant dans tous les coins les hasards de la rime, / Trébuchant sur les mots comme sur les pavés, / Heurtant parfois des vers depuis longtemps rêvés.

Éric Hazan a écrit plusieurs livres sur Paris où résonne le "tumulte" de l’histoire insurrectionnelle des Parisiens. Celui-ci est plus personnel, on le suit entre nostalgie et future vigueur, toujours attentif aux évolutions d’une ville en perpétuel recommencement, malgré les "attentats urbanistiques" fomentés à l’ère pompidolienne et depuis lors. 

Je crois que cette ville a été ravagée un peu avant toutes les autres parce que ses révolutions toujours recommencées n’avaient que trop inquiété et choqué le monde ; et parce qu’elles avaient malheureusement toujours échoué. Guy Debord Panégyrique

La couverture des toits de Paris, qui reflète le zinc de ses comptoirs - "les établissements qui en sont dépourvus peuvent prétendre au nom de café mais ils ne le méritent pas" - le réseau des librairies "le plus dense et le meilleur au monde", la valse des noms de rues, ou la boboïsation des quartiers populaires, tout y est en quelques denses chapitres. On n’échappe pas à l’évocation des écrivains parisiens - les vrais. Balzac en est un, qui "parcourt toute la ville avec ses grosses bottes, entre ses imprimeurs, ses éditeurs, ses maîtresses, ses marchands de café". 

Il y a pour moi des souvenirs à toutes les portes, des pensées à chaque réverbère... je participe au mouvement immense de ce monde comme si j’en avais l’âme. Le Mendiant

Il n'y a pas de pas perdus

Pour finir, une ballade dans le métro sur la ligne 11, avec Sébastien Ortiz ( Châtelet-Lilas Gallimard) et le conducteur de la rame vers la station Télégraphe, l’une des plus profondes d’accès puisque située dans le tréfonds de la colline de Belleville. Hugo Pradelle nous y accompagne sur le site En attendant Nadeau, pour "une circulation entre le souterrain et ce qui le surplombe". 

L’idée poétique de Sébastien Ortiz consiste à conférer à ce conducteur le pouvoir de percevoir, comme « un autoradio qui capte plusieurs stations en même temps lorsque l’on roule sur l’autoroute », les pensées de ses passagers, d’entrer par effraction dans leurs psychés diverses, de s’y extravaser en permanence.

Un procédé "cocasse, incongru, réjouissant" qui fait "entendre des voix" et "pénétrer par effraction dans la tête de tous les passagers" - d’une "étourdissante diversité". 

Le récit progresse au gré des stations dont chacune est l’occasion de toutes sortes de digressions – sur l’histoire de la ville, du métro, sur Vidocq, un terrible incendie au début du siècle, des évènements politiques, les attentats de l’OAS, Jules Verne, sur la manière dont on vit nos vies trop vite…

Le Journal des idées de Jacques Munier est proposé uniquement en version numérique pendant le mois d'avril, vous retrouverez toutes ses diffusions précédentes ici.