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Parler, le nouveau réseau social prôné par la droite (dure) américaine et Marion Maréchal

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Marion Maréchal vient de rejoindre le réseau Parler, dénonçant "la censure de Twitter" - capture écran du profil de Marion Maréchal sur Parler
Marion Maréchal vient de rejoindre le réseau Parler, dénonçant "la censure de Twitter" - capture écran du profil de Marion Maréchal sur Parler

Repères. Ces dernières semaines, le réseau social américain gagne des abonnés. Plébiscité par la droite (dure) américaine et certaines personnalités d’extrême droite en France, Parler dit permettre une grande liberté d’expression, alors que Twitter n’hésite plus à masquer des contenus, même de Donald Trump.

Parler est un réseau social américain, lancé en août 2018 au Nevada par John Matze, 27 ans, diplômé en informatique quatre ans plus tôt à l’université de Denver. Depuis le mois de juin, son nombre de téléchargements n’a cessé de grimper, passant d’un million à désormais deux millions d’utilisateurs d’après son fondateur. Un succès notamment dû à l’afflux de conservateurs américains, dont les influents sénateurs du Texas Ted Cruz (près de quatre millions d’abonnés sur Twitter) et du Kentucky Rand Paul (près de trois millions d’abonnés) ou encore le fils du Président Trump, Éric, qui ont appelé à leurs abonnés à les rejoindre sur le réseau. La droite et l’ultra-droite américaine plébiscitent la plateforme, vantant sa liberté d’expression, contrairement à Facebook et Twitter qui n’hésitent plus à avertir leurs utilisateurs en cas de "fake news", même sur du contenu provenant du Président Trump et accusés par ses partisans de censure. En France aussi, Parler commence à séduire certaines personnalités et partisans d'extrême droite, dont Marion Maréchal. 

Parler où la liberté d'expression est reine

En anglais, "parley" signifie "négocier, pourparlers", "un pont entre deux points de vue opposés pour avoir une conversation, comme dans le film Pirates des Caraïbes (où au moment d’affronter l’ennemi et face à sa supériorité numérique, le pirate Jack Sparrow propose des pourparlers, ndlr)", a expliqué son fondateur John Matze dans une récente interview sur une chaîne locale américaine. 

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Parler prône la liberté d’expression et se décrit comme une plateforme "impartiale". "Nous ne sommes pas des régulateurs. Nous ne sommes pas des gouverneurs. Nous sommes une communauté. Parler accepte votre droit d’exprimer vos pensées, vos opinions, vos idéaux en ligne." Voilà comment se présente le réseau social sur son site internet.

Capture écran de la page d'accueil du réseau social Parler
Capture écran de la page d'accueil du réseau social Parler

Une liberté d’expression quasi-totale, dans le respect de certaines règles d’utilisation tout de même : les organisations terroristes (reconnues comme telles par les États-Unis) y sont interdites, ainsi que tout propos les soutenant, la diffamation et la calomnie (il n’est notamment pas autorisé de propager des rumeurs), les propos violents, les menaces de mort, "toute insulte directe et personnelle avec l’intention de contrarier le destinataire", la pornographie, etc. sont aussi bannis du réseau social. Il n’y a pas de modération comme cela existe sur Twitter ou Facebook mais la plateforme se réserve le droit de supprimer n’importe quelle publication pour "n’importe quelle raison ou sans raison".

La professeure et spécialiste des réseaux sociaux à l’Université de Caroline du Nord Shannon McGregor explique à l’AFP que "les lignes directrices [de Parler] sont aussi vagues que celles de Facebook et Twitter" et qu’elles permettent à la plateforme une "flexibilité maximale dans l’interprétation". Pourtant, sur le réseau social circulent des propos ouvertement racistes, antisémites et xénophobes, comme l'a révélé cet article de Numerama. Parmi le florilège de ces contenus identifiés, "le hashtag #WhiteGenocide est par exemple utilisé pour s’inquiéter du Grand Remplacement" ou encore "un [utilisateur] partage un montage vidéo de soldats nazis commandés par Hitler avec un message : ‘Il est temps de répliquer’."

Si ces contenus peuvent exister en ligne, c’est parce que "la Constitution américaine garantit une très grande liberté de parole, c’est le premier amendement de la Constitution" explique Marie-Cécile Naves, directrice de recherche à l’IRIS (Institut des Relations Internationales et Stratégiques) et spécialiste des États-Unis, "il n’y a pas comme en France la loi de 1972 interdisant l’incitation à la haine raciale, c’est donc laissé au libre-arbitre de l’entreprise qui possède le réseau social".

Et visiblement, Parler n’a pas l’intention de bannir de sitôt ce type de propos puisque, interrogé sur la question sur la chaîne CNBC, son fondateur John Matze affirme que c’est une minorité de personnes qui tiennent de tels discours sur sa plateforme et qu’elles disparaissent rapidement, "des personnes qui viennent juste pour nous donner une mauvaise image". Il poursuit en expliquant que nombre de ces comptes entrent dans la catégorie des "spams", strictement interdits par la plateforme, car ils ne viennent pas de "personnes réelles"

Les utilisateurs peuvent modérer les propos eux-mêmes (…). Les gens ne veulent pas qu’on leur dise quoi penser et ils veulent être capables de résoudre des problèmes de société sans un Big Brother ou n’importe qui d’autre leur disant quoi faire.                      
John Matze, fondateur du réseau social Parler sur la chaîne CNBC 

C’est cette grande liberté de parole qui a séduit de nombreux conservateurs et proches de l’ultra-droite américaine. 

Un afflux des conservateurs et de l'extrême droite américaine et française

Pour John Matze, si de nombreux conservateurs ont rejoint sa plateforme, c’est en raison de la "partialité énorme" de Twitter. Depuis plusieurs mois, le réseau social n’hésite plus à signaler les publications identifiées comme étant des fausses nouvelles ou incitant à la violence, même si elles viennent du président Donald Trump lui-même. 

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Face à l’afflux des pro-Trump sur sa plateforme, John Matze - estimant que Parler devait être un lieu de débat - avait promis une prime de 20 000 dollars à toute personnalité ouvertement "de gauche" et possédant au moins 50 000 abonnés sur Facebook ou Twitter qui rejoindrait le réseau. Pour l’instant, l’appel ne semble pas avoir été entendu, ce qui permet donc aux conservateurs et à l’ultra-droite de rester en grande majorité "entre-soi". "L’extrême droite a toujours un temps d’avance sur les supports numériques" estime la spécialiste des États-Unis Marie-Cécile Naves. "Ses partisans essayent de trouver des canaux d’expression qui sont encore minoritaires", ce qui va leur permettre de bénéficier "d’un vide éthique" et de communiquer sans doute plus facilement qu’ailleurs. 

Depuis les années 1990 aux États-Unis, certains canaux de diffusion ont été appropriés d’abord par la droite conservatrice, comme certaines émissions de radio, puis par l’extrême droite, comme les commentaires en bas des articles qui étaient presque des forums de discussion au sein de l’extrême droite. Et cela finit toujours par séduire d’autres couches de la population qui ne sont pas militantes d’extrême droite ou de la droite radicale américaine mais qui vont être sensibles au fait que les grands médias ‘mentiraient’ à la population, etc. Peut-être que certains seront séduits par ce nouveau canal où ‘on peut dire la vérité’ et où ‘il n’y a pas de contrôle’. Et cela pourrait donc avoir un effet à court terme d’ici le 3 novembre [date de l’élection américaine, ndlr] de porteur de message, en incitant un cercle élargi autour du noyau dur des militants pro-Trump à le défendre ainsi que les candidats républicains au Sénat mais c’est encore trop tôt pour le dire.                            
Marie-Cécile Naves, directrice de recherche à l'IRIS et spécialiste des États-Unis

En France aussi, Parler gagne tout doucement du terrain. Certains sympathisants du groupuscule d'extrême droite Génération identitaire ont notamment appelé à rejoindre Parler après la suppression par Twitter de plusieurs comptes de membres du groupuscule mi-juillet. De rares personnalités ont aussi décidé de rejoindre la plateforme, dénonçant toutes "la censure" de Twitter (mais toutes appelant à les rejoindre sur Parler, depuis leur compte Twitter), comme l'ancienne députée frontiste Marion Maréchal, le membre du bureau national du Rassemblement national Jean Messiha, le conseiller régional RN Julien Leornardelli ou encore le militant d'extrême droite Damien Rieu. 

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Twitter et Donald Trump, la fin d’une histoire ? 

Donald Trump, qui compte plus de 84 millions d’abonnés sur Twitter, est en froid avec son réseau social favori. En marge des manifestations contre le racisme et les violences policières aux États-Unis suite à la mort de George Floyd, de nombreuses marques ont décidé de retirer leur publicité des réseaux sociaux, plaidant pour une meilleure régulation de leurs contenus et accusant les plateformes de tolérer des groupes incitant à la haine, au racisme ou à la violence, suivant ainsi les appels diverses associations américaines de lutte contre le racisme.

La politologue Marie-Cécile Naves confirme que si Twitter et Facebook régulent plus sévèrement les publications, "ce n’est pas par philanthropie ni souci démocratique, c’est parce qu’ils sont critiqués par certaines grandes entreprises qui ont commencé à les boycotter. C’est donc plus une question d’image auprès du secteur marchand notamment." Coca-Cola et le géant de l’agro-alimentaire et des cosmétiques Unilever avaient notamment annoncé suspendre leurs publicités sur ces réseaux pour un temps. 

Dans un tweet fin mai, Donald Trump a menacé d’envoyer l’armée suite aux affrontements à Minneapolis. Sa publication a alors été masquée par Twitter, le réseau social estimant qu’il s’agissait d’une violation de sa politique contre l’apologie de la violence. Un message d'avertissement apparaît au-dessus du tweet, il n'est pas possible de le partager ou d'y ajouter un like mais il reste tout de même visible. 

Capture écran d'un tweet de Donald Trump masqué par Twitter pour violation des règles du réseau sur l'apologie de la violence
Capture écran d'un tweet de Donald Trump masqué par Twitter pour violation des règles du réseau sur l'apologie de la violence

La Maison Blanche a accusé Twitter d’être "un éditeur" et non une plateforme, ses "vérificateurs d’information" travaillant avec "un parti pris" et étant de "mauvaise foi". Quelques jours plus tard, Donald Trump a publié un décret relatif à la loi "Communications Decendy Act" qui permet aux plateformes de bénéficier d’une immunité contre les poursuites judiciaires liées aux contenus publiés par des tiers et qui leur donne la liberté d’intervenir sur les réseaux à leur guise. Le décret prévoit que cette immunité ne peut s’étendre à ceux qui pratiquent "la censure de certains points de vue"

Depuis, plusieurs publications ou retweets du Président américain ont ainsi été masqués, il y dénonce régulièrement la "censure" dont il dit être victime, tout comme ses partisans. Il y a quelques jours, Twitter a supprimé plus de 7 000 comptes liés à la mouvance QAnon, un mouvement conspirationniste pro-Trump qui répand ses théories du complot en ligne.  

Pour autant, Marie-Cécile Naves n’imagine pas que Donald Trump puisse quitter Twitter prochainement. Elle voit même dans ce récent conflit ce qui pourrait être un "un effet galvanisant" pour le Président américain candidat à un second mandat. "Donald Trump peut dire qu’il est l’objet de censure de la part de ses adversaires et que c’est la preuve qu’il a raison. Il tourne ainsi ce conflit à son avantage. Il  y a beaucoup de complotisme au sein de sa base électorale donc cela peut finalement apparaître comme un atout." Ce ne sont en plus qu’une toute petite partie de ses contenus qui ont été masqués, le Président américain peut tweeter jusqu’à 150 fois par jour… 

C’est en tout cas une difficulté de plus pour Donald Trump qui traverse une crise dans sa communication. Très critiqué dans sa gestion de la crise sanitaire, il a décidé de reprendre cette semaine les conférences de presse pour parler de la situation liée à la pandémie de Covid-19, ce qu’il n’avait pas fait depuis fin avril. Il a également décidé de changer de directeur de campagne, remplaçant Brad Parscale par Bill Stepien. Brad Parscale reste tout de même chargé de la stratégie numérique du Président. Lors de son dernier meeting de campagne fin juin à Tulsa (Oklahoma), les bancs sont apparus clairsemés, ce qui a conduit Donald Trump à annuler tous ses meetings (officiellement pour des conditions météorologiques) et les sondages d’opinion ne sont pas bons pour le Président-candidat.

"On sent qu’il y a un tâtonnement pour reprendre la main sur la communication" commente Marie-Cécile Naves. Mais la politologue rappelle qu’en 2016, Donald Trump avait également changé plusieurs fois de directeur de campagne quelques mois avant l’élection et cela ne l’avait pas empêché de l’emporter…