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Partez en voyage en compagnie de Michel de Montaigne, son secrétaire et son palefrenier !

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"Voyage en Italie", adapté de Michel de Montaigne, mis en scène par Michel Didym, une création pour la Manufacture de Nancy en 2019
"Voyage en Italie", adapté de Michel de Montaigne, mis en scène par Michel Didym, une création pour la Manufacture de Nancy en 2019
- Eric Didym

Culture Maison. Lola Schidler, stagiaire à La Dispute, vous invite à découvrir en ligne, sur le site du théâtre de la Manufacture à Nancy, une adaptation du "Voyage en Italie", d’après Le Journal de Voyage et Les Essais de Montaigne.

Une adaptation et une mise en scène fidèles à l'esprit de Montaigne

Michel de Montaigne quitte son château en Dordogne le 22 juin 1580 et entreprend un voyage en direction de Rome pour y rencontrer le Pape. Après dix-sept mois et huit jours, son périple s'achève et le voici arrivant à Bordeaux, en qualité de Maire de la ville. Au cours de ce voyage, Montaigne pense, réfléchit, écrit, ou plutôt charge son secrétaire d'écrire ses pensées et ses réflexions. Sera publié en 1784 pour la première fois Le Journal de Voyage qui est, avec Essais, la source du texte de cette pièce créée en mars 2019 au Théâtre de la Manufacture à Nancy.

Michel Didym signe l'adaptation et la mise en scène de Voyage en Italie (disponible en ligne) , où le voyage, la langue et les pensées de Montaigne raisonnent avec panache et virtuosité. Le dispositif scénique est simple et efficace : Luc-Antoine Diquéro, Bruno Ricci et Loïc Godec, incarnant respectivement Michel de Montaigne, son secrétaire et le palefrenier, racontent leur voyage en Italie dans un décor champêtre en compagnie d'un cheval (Réal) et d'une poule (Barcelonnette).

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Bruno Ricci, Loïc Godec et Luc-Antoine Diquéro, incarnant respectivement le secrétaire, le palefrenier et Michel de Montaigne dans l'adaptation de Voyage en Italie, mis en scène par Michel Didym
Bruno Ricci, Loïc Godec et Luc-Antoine Diquéro, incarnant respectivement le secrétaire, le palefrenier et Michel de Montaigne dans l'adaptation de Voyage en Italie, mis en scène par Michel Didym
- Eric Didym

Le couple formé par Luc-Antoine Diquéro et Bruno Ricci saisit avec soin et clarté la personne de Montaigne, et la richesse du texte repose aussi en grande partie sur sa valeur historique, se faisant l’écho du XVIème siècle français, ô combien agité par les guerres de religions et la chasse sans merci menée par le roi Henri III contre les protestants.

Loin de n'être qu'un simple récit de voyage, qui ne se bornerait qu'à l'énumération des villes parcourues, cette mise en scène donne du relief au texte en réunissant des scènes marquantes du voyage, telles l'entrée dans la ville d'Amboise où 1 500 protestants furent massacrés et où « le sang ruisselait dans les rues, les places publiques étaient remplies de corps attachés à des potences », ou la rencontre du Pape à Rome. S'ajoutent à ces scènes d'autres plus anecdotiques mais délicieuses à voir et entendre, à l'instar de la danse et de la chanson populaire préconisant aux filles de faire deux petits pas plutôt qu'un grand, de peur de voir entre leurs jambes « pousser, ma mie, deux petites noix », selon l'histoire de Marie la barbue devenue Germain... Michel Didym réussit à trouver le sage équilibre entre profondeur historique et pastilles humoristiques et légères, tout comme le maîtrisait Montaigne dans ses textes.

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Un hymne au voyage

Voyager à cheval me semble un exercice profitable. L'âme y est continuellement portée à remarquer les choses inconnues et nouvelles et je ne connais point meilleure école, comme j'ai souvent dit, à former la vie que de lui proposer incessamment la diversité de tant d'autres vies, fantaisies et usages. Le corps n'y est ni oisif, ni fatigué et ce mouvement modéré me met en haleine. Je me tiens à cheval sans descendre, tout coliqueux que je suis et sans m'y ennuyer huit à dix heures. Nulle saison ne m'est ennemie, j'aime les pluies et les crottes, le changement d'air et de climat ne me touche point, tout ciel m'est indifférent.          
Michel de Montaigne

Le voyage forge l'âme et l'esprit, et Montaigne souhaiterait d'ailleurs que l'on apprenne à se promener dès le plus jeune âge. La satisfaction d'un voyage réside dans le bonheur qu'il y a à ne pas savoir ce que l'on va y découvrir, y rencontrer, y apprendre. Pourvu que l'on ne passe deux fois par la même route, le voyage est réussi. Les imprévus peuvent être de bon augure, comme lorsque Montaigne, atteint de coliques, fut contraint de ne pas s'arrêter à Joinville, Saint Dizier, Toul et Nancy pour se réfugier dans la ville thermale de Plombières où il découvrit avec allégresse que « la façon du pays est de se baigner deux ou trois fois le jour » et que « certains prennent leur repas au bain où ils se font communément ventouser et scarifier ».

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"Seule me contente la variété"

L'autre est pour Montaigne toujours source d'émerveillement. C'est ainsi qu'il rencontre le docteur Félix Platérus à Bâle, et il n'est pas impossible de s'imaginer, à travers le jeu enjoué et vif du comédien, la jouissance de Montaigne à voir ce docteur partager son savoir en lui faisant découvrir son herbier et « ses tiroirs de terres sigillées, de bézoards d'hiver, cornes de licornes, de rhinocéros, perles, yeux d'écrevisses, et moult coffrets de graines, galles, bois, fruits d'hiver, gousses et champignons ».

Bruno Ricci nous révèle encore une fois ses talents de comédien, avec une aisance particulière quand la pièce penche vers le registre comique, comme lorsqu'il s'amuse à traduire le plus vite possible les paroles de Montaigne en italien. Luc-Antoine Diquéro incarne quant à lui un Montaigne tel qu'il apparaît et se révèle au fil de ses Essais et de son Journal : droit, fermement convaincu qu'un enrichissement de l'esprit ne peut s'opérer que si celui-ci vagabonde, embrasse la diversité et s'expose au regard de l'autre.

Il n'est pas toujours bon d'apprécier une œuvre d'art au regard de la période exceptionnelle que nous avons vécue pendant deux mois. Toutefois, certaines répliques font sourire et bourdonneront aux oreilles de certains. « Eh bien, je n'ai rien fait aujourd'hui ! », s'exclame le palefrenier. « Quoi ! N'avez-vous pas vécu ? C'est non seulement la chose la plus illustre, mais la plus fondamentale de vos occupations », lui répond Montaigne.

Un enseignement toujours valable aujourd’hui.

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