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Participe passé : l'accord de la discorde inventé par un poète du XVIe siècle

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Petite fille en panne sèche devant son cahier
Petite fille en panne sèche devant son cahier
© Getty - JGI/Jamie Grill

C'est LA fameuse règle sur laquelle butent des générations d'écoliers - mais pas seulement. A l'origine de cet accord casse-tête, Clément Marot, poète officiel de la cour de François Ier au XVIe siècle.

"Clément Marot a ramené deux choses d'Italie : la vérole et l'accord du participe passé... Je pense que c'est le deuxième qui a fait le plus de ravages !", ironisa un jour Voltaire. Cette fameuse règle d'accord du participe passé avec l'auxiliaire avoir est certainement la plus controversée de la grammaire française. Pour tenter de faire assimiler toutes ses subtilités à leurs élèves, les professeurs du secondaire sont tenus d'y revenir chaque année, de la classe de 6e à la classe de 3e. En tout, pas moins de 80 heures de cours sont consacrées à ce fameux accord dans une scolarité moyenne, rapportait Le Monde dans un article du 12 août.

Pas étonnant qu'en 2018, deux professeurs belges ( lire leur tribune dans Libération), ainsi que la fédération Wallonie-Bruxelles, proposaient de rendre le participe passé invariable avec l'auxiliaire "avoir", quelle que soit la position du COD, invitant même les autres pays francophones à les suivre.

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Un épigramme et c'est le drame

Mais qui donc est à l'origine de cette règle controversée ? Le fauteur de troubles n'est autre que Clément Marot, qui officiait au XVIe siècle à la cour de François Ier en tant que valet de chambre et poète officiel. Après un séjour en Italie, Marot édicte la règle dans l'un de ses Epigrammes sur le modèle de la langue italienne, qu'il tenait en haute estime linguistique :

Enfans, oyez une leçon :                            
Notre Langue a cette façon,                            
Que le terme qui va devant                            
Volontiers régit le suivant.                            
Les vieux exemples je suivrai.                            
Il faut dire en termes parfaits :                            
Dieu en ce monde nous a FAITS.                            
Faut dire en paroles parfaites :                            
Dieux en ce monde les a FAITES. [...]

Portrait présumé de Clément Marot par Corneille de Lyon. Huile sur bois, 1536
Portrait présumé de Clément Marot par Corneille de Lyon. Huile sur bois, 1536

En juin 2006, le linguiste et historien d'art Pierre Encrevé pestait dans les pages de La Nouvelle Revue française, vouant lui aussi Marot aux gémonies, trois siècles après Voltaire :

C’est une règle qui a été proposée par Marot en imitation de l’italien qui lui paraissait la langue modèle […]. A l’écrit, l’Ecole républicaine a fini par l’imposer à tous, trois siècles après que cet espiègle et génial poète l’eut exposée dans une strophe de ses "Epigrammes", la proposant par jeu savant aux lettrés de son temps dans l’entourage […] de Marguerite d’Angoulême, sans pouvoir imaginer qu’on s’en servirait un jour pour discipliner tout un peuple…

Mais ne retenir que ce fâcheux accord de l'oeuvre de Clément Marot serait lui faire injustice. Considéré comme l'un des premiers poètes français modernes, celui qui termina sa vie en exil à cause de ses sympathies pour la Réforme remit notamment au goût du jour la forme médiévale du blason : une forme courte de poème dont l'origine remonte à la louange des chevaliers et de leur écu pendant les tournois.
Nous vous proposons pour terminer d'écouter son très fameux Blason du beau Tétin, qui "redonna un souffle nouveau à ce genre bien particulier en lui soumettant ce territoire entier du corps féminin".

Tetin refaict, plus blanc qu'un oeuf,                  
Tetin de satin blanc tout neuf,                  
Tetin qui fait honte à la rose,                  
Tetin plus beau que nulle chose ; [...]

En savoir plus : Blasons du corps féminin
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