Pasolini, l'anticonformiste

Publicité

Pasolini, l'anticonformiste

Par

Auteur inclassable et sulfureux, Pasolini a ébranlé la société italienne d’après-guerre. Par sa poésie, son cinéma, ses romans, il a pris position contre le fascisme, le conformisme bourgeois et la société de consommation. Une vie de scandales et de subversion, jusqu’à son assassinat mystérieux.

Pier Paolo Pasolini naît à Bologne en 1922, d’une mère institutrice et d’un père militaire. Il adhère à des organisations de jeunesse mis en place par le régime de Mussolini mais réalise vite la dimension anti-intellectuelle du fascisme et s’en éloigne. Durant la guerre il se réfugie dans le Frioul, région du Nord-Est du pays.  

Avec sa mère, il donne des cours aux adolescents frioulans et se passionne pour leur dialecte.

Publicité

"Il avait été frappé par cette langue, sans doute dans le climat fasciste de l’époque, où les dialectes et langues régionales étaient interdites. L’usage de cette langue avait un sens politique déjà en soi. Il avait l’impression que ces adolescents avaient un accès à la réalité auquel il n’avait pas accès avec l’italien." René de Ceccatty, traducteur de Pasolini

En 1945, il est profondément marqué par la mort de son frère, qui avait rejoint le maquis. Grand lecteur de Marx et de Gramsci, il adhère au parti communiste après la guerre.  

Mais en 1949, il est accusé de détournement de mineur et interdit d’enseignement, il est aussi exclu du PCI pour son homosexualité mais reste un compagnon de route. Il publie ses deux premiers romans à la fin des années 1950, Les Ragazzi et Une vie violente qui racontent le quotidien de marginaux Romains vivant de larcins et de prostitution dans un réalisme cru.  

Ses premiers écrits, jugés obscènes font scandale, mais connaissent un grand succès populaire. Avec Théorème, il critique aussi le moralisme et l’hypocrisie de la bourgeoisie italienne.  

"Ce qui le dégoûte dans la bourgeoisie, c’est l’absence de réflexion. c’est une espèce d’automatisme de classe, en plus du mépris pour les pauvres. Pasolini est allé plus loin, il avait une idéalisation de la pauvreté. On lui a reproché de vouloir maintenir les pauvres dans la pauvreté, parce qu’il les trouvait beaux dans la pauvreté." René de Ceccatty

52 min

Remarqué par des réalisateurs, il commence à écrire des scénarios, notamment pour Fellini. Puis il passe derrière la caméra au début des années 1960 avec Accattone et Mamma Roma.

Très attaché à l’Italie paysanne, il dépeint la modernisation du pays avec un certain pessimisme, critiquant la culture de masse et l’aliénation causée par la société de consommation.  

"Le monde industriel, qui s’est substitué à ce monde paysan a dénaturé la nature et les paysages et a produit une autre forme de pauvreté et de soumission. Il mettait en cause l’accès d’une classe très pauvre à une culture, à une éducation. Il voulait fermer les écoles, car elles étaient selon lui des fabriques de conformisme. Il détestait ce qu’il appelait l’homologation “omologazione” qui est en fait la globalisation." René de Ceccatty

Chaque sortie de l’un de ses films est accompagnée par une controverse et une attaque en justice. Toujours en conflit avec l’ère du temps, Pasolini n’épargne pas la jeunesse contestataire des années 1960. L’un de ses poèmes, écrit contre les soixante-huitards déclenche une violente polémique.

J'ai passé ma vie à haïr les vieux bourgeois moralistes, et maintenant je dois aussi haïr précocement leurs enfants… La bourgeoisie érige des barricades contre elle-même, les fils à papa se révoltent contre leurs papas. Pier Paolo Pasolini

"Il voulait éduquer la jeunesse, il n’avait pas oublié son identité de professeur mais il avait peur du consensus, il a eu peur de son propre succès. Quand il a fait des films, il s’est aperçu avec une certaine liberté sexuelle, une joie de vivre, qu’il pouvait permettre à la jeunesse d’être complètement libre, il a eu peur parce qu’il a eu l’impression que ça devenait un objet de consommation." René de Ceccatty

En 1975, Pasolini commence à tourner son film le plus connu et le plus scandaleux, Salò ou les 120 Journées de Sodome, une réécriture de l’oeuvre du marquis de Sade à l’époque du fascisme. À la même époque, Pasolini travaille sur Pétrole, un roman hybride et métaphorique sur le monde politico-financier italien. Mais Pasolini n’achève pas le roman, le 2 novembre 1975, il est assassiné sauvagement sur une plage d’Ostie. Les commanditaires n’ont jamais été retrouvés et beaucoup soupçonnent un complot politique.

À lire aussi : Pier Paolo Pasolini