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Patrice Chéreau : faire du cinéma pour se rapprocher du visage des comédiens

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Patrice Chereau et Isabelle Adjani présentent "La Reine Margot" au Festival de Cannes le 13 mai 1994
Patrice Chereau et Isabelle Adjani présentent "La Reine Margot" au Festival de Cannes le 13 mai 1994
© Sipa - VILLARD/NIVIERE

1994. En 1994, à l'occasion de la sortie de La Reine Margot, Patrice Chéreau racontait sur l’antenne de France Culture sa passion pour le cinéma. De la Cinémathèque, qui fut pour lui une véritable école, jusqu'à la réalisation de films, récit d'un pari audacieux.

Du 16 au 28 novembre 2016, la Cinémathèque de Paris consacre une rétrospective à l’oeuvre filmique de Patrice Chéreau. Sur France Culture le 15 mai 1994, au micro de Michel Ciment dans l’émission Projection privée, le metteur en scène et réalisateur revenait sur son lien au cinéma à l’occasion de la présentation de La Reine Margot au festival de Cannes.

Patrice Chéreau dans l'émission Projection Privée , 15 mai 1994

32 min

Durée : 32'41

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De la Cinémathèque aux premiers films

Cet entretien débute par un étonnement : si beaucoup d'écrivains se sont essayés au cinéma, rares sont en revanche les metteurs en scène français qui ont eu une carrière cinématographique. Le cinéma, une passion, une école même, c’est ce qu’explique le réalisateur qui allait voir tous les films à la Cinémathèque française, parfois deux ou trois dans la même soirée :

“J’ai été nourri du cinéma, j’ai été nourri de la Cinémathèque. Je n'allais pas au théâtre. J’allais voir des films, absolument tout.”

Découvrant l’expressionnisme allemand, Welles ou encore les films muets, il forme son regard de spectateur. En parallèle, la rencontre d’œuvres théâtrales le marque profondément : les mises en scène de Planchon, de Strehler ou encore celles du Berliner Ensemble de Brecht.

En 1974, dix ans après sa première mise en scène, Patrice Chéreau réalise son premier film, La Chair de l’orchidée. Un pari audacieux, une prise de risque, souligne-t-il. Après avoir obtenu la reconnaissance du milieu artistique pour ses pièces, c’est une nouvelle vulnérabilité, comme un retour en arrière dans sa carrière. De ce premier film, comme du second, Judith Therpauve, il ne sera pas extrêmement satisfait. C'est avec L'Homme blessé, en 1983, qu'il se découvre vraiment en tant que cinéaste, fasciné par les potentialités de la caméra :

“J’ai découvert que la caméra pouvait être un instrument magnifique pour suivre les comédiens, pour les poursuivre même. Une caméra peut poursuivre un comédien. La caméra peut décadrer un comédien et le mettre hors-champ. La caméra peut provoquer des événements de montage."

Patrice Chéreau raconte par ailleurs comment une courte expérience de la photographie lui a enseigné le cadrage. Du théâtre au cinéma en passant par l'opéra, le metteur en scène et réalisateur décrit l'interconnexion entre ces arts et sa manière d'approcher avec singularité chaque projet.

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La Reine Margot

Avec La Reine Margot, adaptation libre à partir du roman d'Alexandre Dumas, il découvre "une veine noire à l'intérieur de Dumas" . Il prend alors une voie cinématographique élisabéthaine, qui n'est pas sans rappeler sa mise en scène du Massacre de Paris de Marlowe au TNP de Villeurbanne en 1972. Guerre de religions, nuit de la Saint Barthélémy, un film en costume que Patrice Chéreau n'a cependant pas voulu réaliser comme un film historique, même si un grand travail plastique a été fait en concertation avec Richard Peduzzi pour penser l'univers visuel du film :

“Je n’ai pas voulu faire un film historique. Je n’ai rien voulu qui détourne l’attention de l’action. Je l’ai fait comme si le film était contemporain.”

La Reine Margot, c'est aussi l'histoire d'un personnage, longtemps discuté et construit en concertation avec Isabelle Adjani :

“On a rêvé ce personnage, qui n’est pas non plus le personnage historique, je ne sais pas s’il aurait été aussi intéressant. C’est une femme formidable, une femme libre en tout cas. On a rêvé un peu au-dessus de la réalité, et on a fait cette femme très dure, très arrogante, faisant totalement partie de sa famille au début et qui fait ce chemin vers la générosité."

En novembre 2015, au micro de Laure Adler dans l'émission Hors Champs, Isabelle Adjani racontait cette aventure cinématographique et sa fascination pour le théâtre de Chéreau depuis la mise en scène de La Dispute de Marivaux en 1973. Pour son interprétation du rôle de Marguerite de France, elle a reçu le César de la meilleure actrice en 1995.

Au théâtre comme au cinéma, Patrice Chéreau organise des répétitions pour favoriser la rencontre avec les comédiens. Si le théâtre offre la possibilité du plan large, le cinéma au contraire permet la proximité et le rapprochement. Alors à l'interrogation de départ, pourquoi le cinéma, la réponse pourrait être la suivante :

"Une des raisons pour lesquelles j'ai besoin de faire du cinéma, c'est aussi pour me rapprocher du visage des comédiens, par moment de souffrir même de les voir si loin au théâtre."

Pour aller plus loin :

Ecoutez La Fabrique de l'Histoire du 18.11.2016 où il est question du colloque Chéreau en son temps