Publicité

Patrice Chéreau metteur en scène : un "soleil de minuit"

Par
Patrice Chéreau en 1974
Patrice Chéreau en 1974
© Sipa - LIDO/SIPA

1976. Ils ont joué avec Patrice Chéreau ou l’ont cotoyé de près. Portrait d’un metteur en scène, infatigable chercheur aux confins de trois arts, par ses collaborateurs artistiques, proches et des critiques de théâtre.

A l’occasion de la rétrospective Patrice Chéreau qui se déroule à la Cinémathèque Française du 16 au 28 novembre 2016, et après s'être intéressé à son expérience cinématographique, on s'intéresse à présent à l'homme de théâtre à travers une archive de 1976.

Révélé au public en 1966 avec une pièce d’Eugène Labiche, L’Affaire de la rue Lourcine, Patrice Chéreau a connu en l’espace de dix ans une ascension rapide. Après avoir dirigé le théâtre de Sartrouville, travaillé avec les comédiens du Piccolo Teatro de Milan, il prend en 1972 la direction du Théâtre National Populaire (TNP) de Villeurbanne aux côtés de Roger Planchon. Ainsi, en 1976, il est d'ores et déjà un un metteur en scène connu en France et à l’international.

Publicité

Pour ce documentaire, Yvonne Taquet est allée à la rencontre du metteur en scène, mais également de sa famille, de comédiens, de collaborateurs artistiques et de critiques théâtraux. En filigrane de ces rencontres se dessine le portrait d’un homme exigeant entièrement tourné vers son art.

Autour de Patrice Chéreau en 1976

50 min

Durée : 50'51 • Diffusion le 1er avril 1976 dans l'émission Metteurs en scène • Un documentaire d’Yvonne Taquet et Anne Lemaître • Avec : Patrice Chéreau, ses parents, Laurence Bourdil, Richard Peduzzi, Antoine Bourseiller, Colette Godard, Franco Quadri, François Simon • Archive INA - Radio France

Metteur en scène, infatigable chercheur

Dans ce documentaire, la comédienne Laurence Cordil définit volontiers Patrice Chéreau comme un “soleil de minuit”, qui poussait les acteurs dans leurs retranchements pour faire émerger les personnages, et c'était parfois douloureux, la comédienne allant jusqu’à comparer cela à un accouchement. La critique Colette Godard insiste pour sa part sur l’importance de l’expérience italienne de Chéreau au Piccolo Teatro qui lui a permis d’affiner sa connaissance de la direction d’acteur.

Plus qu’au collectif, Patrice Chéreau croit aux individualités et à la réunion des visions singulières qui se complètent pour créer ensemble. C'est la liberté de cette collaboration artistique que retient le scénographe Richard Peduzzi, tant dans le dialogue engagé que dans les moyens scénographiques employés. Il prend ainsi l'exemple de la création de Massacre à Paris de Christopher Marlowe en 1972, marquée par l'utilisation de la peinture et de l'eau qui inondait totalement le plateau.

Pour créer une mise en scène autonome, Patrice Chéreau croit en priorité au texte et aux réactions qu'il suscite :

“Je crois que la mise en scène peut suivre son chemin, à côté, en croisant, en retrouvant le texte et que ce sont deux créations autonomes.”

La salle de répétition, le plateau de théâtre : un atelier de la mise en scène. Déjà en 1976, Patrice Chéreau apparaît comme un infatigable travailleur qui se laisse envahir par son sujet. Toujours en mouvement, il recommence autant que nécessaire, pour aller de l'avant, se perfectionner. Le metteur en scène évoque ses créations les unes par rapport aux autres, l'enseignement qu'il en retire autant que les limites qu'il entrevoit pour tenter de les dépasser. Et c'est sur cette ligne que le comédien François Simon met lui en exergue la faculté de juger de Chéreau, "son esprit critique qui ne détruit pas son intuition".

Toller de  Tankred Dorst, Mise en scène de Patrice Chéreau au TNP le 11 janvier 1973
Toller de Tankred Dorst, Mise en scène de Patrice Chéreau au TNP le 11 janvier 1973
© Maxppp - ARCHIVES PROGRES

Théâtre, cinéma, opéra : trois langages

En 1976 déjà, les trois langages artistiques étaient présents dans l’oeuvre de Patrice Chéreau. A cette époque, il a réalisé son premier film, La Chair de l’orchidée, et monté Les Contes d’Hoffmann pour l’opéra.

“Je suis à un moment de mon métier où j’ai l’impression d’être au tout début de quelque chose, où je crois comprendre la spécificité des trois moyens que j’ai eues à ma disposition qui sont le film, le théâtre et l’opéra. Je sais qu’il y a un moment, d’ici peu de temps, d’ici quelques années où il faudra certainement que je m’arrête de faire les trois. J’essaierai de faire une seule chose, je ne sais pas encore laquelle. Probablement le cinéma. Mais c’est trop tôt pour le dire.”

L’histoire dira ensuite qu’il n’a jamais vraiment choisi entre les trois arts, même si le théâtre est resté un médium de prédilection. Il a navigué tout au long de sa carrière entre les formes, comme un constant aller-retour entre les arts. En 2009, dans un entretien avec Georges Banu, il confiait :

“Les arts ne peuvent pas se mélanger. Malheur à celui qui mélangerait le théâtre et le cinéma - je crois. Je ne tenterai jamais pareille alliance, même si je pratique les deux. Malheur à celui aussi qui mélange le théâtre et l’opéra, et je ne parle pas d’opéra et de cinéma qui se trouvent à deux extrémités inconciliables. Par contre, il est vrai que le passage d’un moyen d’expression à un autre est pour moi une nécessité.”

Pour aller plus loin :

En 1966, au micro de Moussa Abadi, Patrice Chéreau raconte ses débuts théâtraux au lycée Louis-Le-Grand, avant d’évoquer la pièce de Labiche, L’Affaire de la rue Lourcine, mise en scène qui rencontre un grand succès. Cet entretien, diffusé dans les Nuits de France Culture, est sans doute l’une des premières interviews de Patrice Chéreau.

Ecoutez La Fabrique de l'Histoire du 18.11.2016 où il est question notamment du colloque Chéreau en son temps