La photo à l'épreuve du terrain
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Patrick Chauvel : la photo à l'épreuve du terrain

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Patrick Chauvel : la photographie à l'épreuve du terrain

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Patrick Chauvel, photographe de guerre depuis 50 ans vient de remporter le Prix Bayeux-Calvados des correspondants de guerre. Du Cambodge à l'Irlande, il a couvert tous les plus importants conflits armés de ces dernières années. On revient avec lui sur ce terrain aussi passionnant que dangereux.

"C’est la vie à la puissance 10, 50. C’est la guerre." Voici la vision de Patrick Chauvel, photographe, sur le métier de reporter de guerre. Une image dure mais réaliste de la vie qu'il a depuis 50 ans. 

Camille Lepage avait 26 ans quand elle a été tuée en Centrafrique alors qu’elle prenait des photos de la guerre civile. Mi-octobre 2019, deux journalistes kurdes ont été tués par les forces turques lors d’une attaque d’un convoi à la frontière. Une passion mêlant témérité et perpétuel danger qui date de 1855, quand Robert Fenton prend les premières photos de guerre en Crimée.

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Un terrain qui attire

 Guerre de Crimée. 1855.
Guerre de Crimée. 1855.
- Robert Fenton

Une ambivalence qui a séduit Patrick Chauvel depuis plus de 50 ans, Irak, Syrie, Irlande, Haïti, Vietnam, Tchétchénie. "C’est dur. Pourquoi rechercher des choses faciles aussi… Il y a des moments très durs, il y a des moments dangereux, il y a des moments dégueulasses, il y a des moments formidables." Il a à peine 18 ans pour son premier reportage photo. Il part en Israël avec l’aval de son père, journaliste, et de ses amis, Pierre Schoendoerffer, Joseph Kessel. Ils lui disent simplement : “Vas-y”. Alors il y va.  Lors de ce premier voyage, Patrick Chauvel goûte à la photographie, voit ses premiers morts… et rentre sans photographie exploitable. Il repart rapidement pour le Vietnam en 1969, puis tout s’enchaîne et il va de conflits en conflits.

59 min

"S_i j’avais peur je ne le ferais pas. Les journalistes qui font ce métier, ceux que je connais, qui suivent la guerre, peuvent se faire peur à un moment donné. Un obus tombe trop près ou la voiture fait un tonneau, on s’est fait peur 5 minutes, mais on n’a pas peur de faire ce métier, sans ça on ne le ferait pas. Souvent les gens qu’on rencontre, comme dernièrement en Irak, mon fils a fait une photo d’une enfant qui vient et qui m’embrasse pour me remercier d’être là ; “Merci de raconter l’histoire de mon père, de ma mère qui sortent des ruines avec des baluchons.”      C’est un métier passionnant et la passion est bien plus forte que la peur._ “

Des preuves

"Si vos images ne sont pas bonnes, c’est parce que vous n’êtes pas assez près” disait Robert Capa. Cette proximité crée régulièrement des états de stress post-traumatique pour les photographes et reporters de guerre. Toute la misère et l’horreur marque les photographes autant qu’elle marque les images. "On sort les gens de l’anonymat, et on ne peut plus dire aujourd’hui : “On ne savait pas”. Comme certains Allemands l'ont dit à la fin de la deuxième Guerre Mondiale, mais aujourd’hui ce n’est pas recevable, si vous ne savez pas c’est que vous n'avez pas envie de savoir. Un jour peut être que le TPI (tribunal pénal international) s’emparera de nos images. Ils l’ont déjà fait, pas des miennes, mais de récits de journalistes, pour condamner les dictateurs, condamner les meurtriers", espère Patrick Chauvel. 

Toutes “ces preuves” le photographe vient de les confier au Mémorial de Caen. 380 000 clichés et 1 000 heures de documentaires. À l'intérieur, le cliché qu’il prend avant de se faire tirer dessus au Panama ou celle d’un prêtre tirant sur des musulmans au Liban. De nouveau le fils suit le père. Antoine Chauvel a la trentaine quand il commence la photo. Il décide de l’accompagner à Mossoul en novembre 2016. Il apprend le métier avec lui et devient tout aussi accro.
 

34 min