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Patrick Dupond, mort d'une star de la danse "hors norme et il en était heureux"

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Patrick Dupond se produisant dans "Vaslaw", à l'Opéra Garnier de Paris, le 5 mai 1986.
Patrick Dupond se produisant dans "Vaslaw", à l'Opéra Garnier de Paris, le 5 mai 1986.
© AFP - Pascal George

(1959-2021). Danseur classique de référence, Patrick Dupond est mort à 61 ans d'une "maladie foudroyante". Ancienne étoile, il avait notamment succédé à Noureev à la direction de la danse de l'Opéra de Paris. Après le cinéma et la comédie musicale, l'émission "Danse avec les stars" avait renforcé sa célébrité.

C'est l'une si ce n'est LA star de la danse en France qui disparaît. "Patrick Dupond s’est envolé ce matin pour danser avec les étoiles" a déclaré Leïla Da Rocha, la compagne avec laquelle il montait ces dernières années des spectacles mêlant danse classique et orientale. Victime d"une maladie foudroyante" qui l'a frappé il y a "quelques mois", a-t-elle confié, très émue, il avait conquis le monde, et récemment encore, grâce à la télévision, trouvé un nouveau public. Ses qualités techniques et d'acteur, sa fougue et sa personnalité spontanée avaient contribué à la réussite d'une figure marquée par son renvoi de l'Opéra de Paris puis un grave accident de voiture.

"Quelqu'un qui éclaire le métier. Il était hors norme et il en était heureux"

Patrick Dupond avait intégré à l’âge de 16 ans l’opéra de Paris, avant d’y être repéré par Roland Petit puis nommé à 21 ans danseur étoile. Sur notre antenne, dans Le Bon plaisir, en 1991, signé Yvonne Taquet et Nicole Gandrey Réty, Patrick Dupond racontait : 

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A part des futilités quotidiennes, je n'ai manqué de rien au point de vue affection, au point de vue de richesses, de ma vie intérieure surtout. Comme beaucoup de petits danseurs et de petites danseuses, j'ai bâti des rêves, j'ai bâti des châteaux en Espagne, j'ai fait des délires, j'ai eu des peurs, j'ai eu des angoisses et des joies, comme comme tous les enfants.

Max Bozzoni, ancien danseur à l'Opéra de Paris et professeur de ballet, fut son "professeur à vie", jusqu'à sa disparition en 2003. "Il a été mon maître, mon père spirituel aussi" soulignait-il dans Le Bon plaisir. Une figure paternelle qui avait tant manqué au danseur né à Paris en mars 1959 et qui délaissa vite les cours de foot et de judo où sa mère l’avait inscrit, pour ceux de danse classique. Patrick Dupond a huit ans quand il enfile ses premiers chaussons, 17 lorsqu’il remporte la médaille d'or du meilleur danseur du monde à Varna, en Bulgarie, en plein guerre froide.

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Ancienne directrice de la danse à l'Opéra de Paris de 1995 à 2014, Brigitte Lefèvre l'a connu tout jeune danseur : "Je me souviens de lui quand il était à l'école de danse et que l'on repérait ce petit garçon vif, avec ce regard coquin et surtout avec des dons absolument prodigieux. Il n'a cessé à partir de là de nous étonner, d'agacer, dans le bon sens du terme, de remuer, d'éclairer. (...) C'était une personnalité hors du commun. Pour moi, ce n'est pas un exemple, c'est une lumière ! C'est quelqu'un qui éclaire le métier. Il était hors norme et il en était heureux". Elle répond à Louis-Valentin Lopez :

Brigitte Lefèvre : "C'était quelqu'un qui sautait plus que les autres, qui tournait plus que les autres, impertinent mais qui savait ce qu'il devait à la danse."

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Patrick Dupond de confirmer dans Le Bon plaisir :

Moi, je n'étais pas particulièrement canon au niveau des critères physiques. J'avais un cou assez long mais j'avais les pieds complètement plats, j'étais très cambré, j'avais du bide. J'étais très souple, mais surtout, ce qui a frappé Claude Bessy quand j'étais enfant, c'était ma détermination, mon envie. C'était tellement plus fort que les critères physiques.

"Je suis prêt à me tromper avec un chorégraphe. Simplement, si cela ne me plaît pas, je m'en vais"

Sur les planches parisiennes, Patrick Dupond dansa pour les plus grands chorégraphes : Rudolf Noureev, Alvin Ailey, ou encore Maurice Béjart. Béjart lui offrant une de ses plus magistrales interprétations, celle du danseur travesti en prima ballerina capricieuse dans "Salomé" en 1986. "Ces créateurs ont été mes pères, je me demande si je ne suis pas entré en danse à la recherche d'un père.", s’interrogeait-il dans Libération.

Il enjamba la fin du siècle, avec des tournées à l'étranger, notamment aux États-Unis et au Japon, tombés sous son charme de "titi parisien". "Plaire, séduire, enchanter, j'ai l'impression de n'avoir jamais vécu que pour cela." disait-il.  

"Je suis d'une totale disponibilité", expliquait Patrick Dupond dans Le Bon plaisir à propos des chorégraphes. "D'abord, je suis comme une éponge. J'absorbe la totalité de ce qu'ils font, je redonne ensuite ce que j'en ai interprété. Et un chorégraphe qui me demande de faire à fond toute la journée pendant huit heures par jour, voire neuf heures, dix heures. Cela m'est arrivé avec Béjart de travailler pendant des jours, à mourir. Vraiment. Je suis disponible tout le temps. Je ne dis jamais, jamais, non. Sauf, si dès le premier jour je sens que je n'ai envie que d'une chose : dire non."

"Je pardonne tout à fait l'échec d'un créateur. Simplement, si cela ne me plaît pas, je m'en vais." Patrick Dupond dans Le Bon plaisir, en 1991, sur France Culture.

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Danser et diriger aussi. D'abord à Nancy à la tête du Ballet français. Puis, Pierre Bergé le nomme à 31 ans directeur du ballet de l'Opéra de Paris. Il est le plus jeune à occuper ce poste où il restera cinq ans. Mais en 1997, redevenu danseur étoile, il se verra licencié de l’institution parisienne. Il sera dédommagé en cassation mais son départ restera une blessure profonde.

Passé sur grand écran dans "Dancing Machine" avec Alain Delon, en 1990, celui qui refusait d’être placardisé voulait faire connaître la danse au grand public. Et après un grave accident de voiture, c’est à la formation qu’il se consacra et aux émissions sur petit écran, pour continuer à inspirer jusqu'à la fin de sa vie les jeunes générations.

Rudolf Noureev et Patrick Dupond au musée Picasso, à Paris, en 1990.
Rudolf Noureev et Patrick Dupond au musée Picasso, à Paris, en 1990.
© Getty - Bertrand Rindoff Petroff

Avec la collaboration d'Antoine Lachand