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Patrimoine ukrainien : "L'identité culturelle du pays bombardé pourrait être balayée par la Russie"

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A l’ouest de l’Ukraine, dans le centre de Lviv, site du patrimoine mondial de l’Unesco, les précieux vitraux d'une église ont été recouverts de panneaux d’aggloméré, en prévision d’éventuels bombardements russes. Photo prise le 3 mars 2022.
A l’ouest de l’Ukraine, dans le centre de Lviv, site du patrimoine mondial de l’Unesco, les précieux vitraux d'une église ont été recouverts de panneaux d’aggloméré, en prévision d’éventuels bombardements russes. Photo prise le 3 mars 2022.
© Getty - Pavlo Palamarchuk / SOPA Images/ LightRocket Getty

Entretien. Menacés par les bombes russes, des œuvres d’arts et des sites classés par l’Unesco doivent être mis en lumière selon le directeur du musée des Beaux-Arts de Rouen, Sylvain Amic. Après 15 jours de guerre, un forum culturel est lancé pour éclairer les Français sur la richesse artistique de l'Ukraine.

Montrer au grand public ce que l’Ukraine a apporté de plus précieux à l’humanité. C’est l’objectif que se sont fixés de grands établissements : la Réunion des Musées Métropolitains Rouen Normandie (RMM) et l’Institut national d'histoire de l’art (INHA), avec le soutien entre autres du Louvre, du Centre Pompidou, du Musée d’Orsay et de la BnF. 

Tous les mercredis, à partir de ce mercredi 9 mars, des conférences vont se tenir au musée des Beaux-arts de Rouen sur les arts, l’histoire et le patrimoine du pays, attaqué depuis le 24 février par la Russie. Cette initiative voit le jour au moment où l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones en conflit, ALIPH, fondation soutenue principalement par la France et l'Arabie saoudite, annonce le déblocage d’une première enveloppe de deux millions de dollars pour aider les Ukrainiens.

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La course contre la montre pour préserver le patrimoine ukrainien racontée par Valéry Freland, le directeur exécutif de la fondation ALIPH interrogé mercredi 9 mars par Benoît Grossin.

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Premier à intervenir lors de ces conférences, le directeur du département des Objets d’art au musée du Louvre, Jannic Durand, sur les premiers édifices chrétiens de Kiev. Des conservateurs et d'autres personnalités invitées : historiens, écrivains, cinéastes, artistes visuels "feront entendre d'autres voix que celles des armes". Et chacune des conférences sera mise en ligne.  

”Les devoirs des historiens d’art et des conservateurs, c’est de faire connaître et partager les valeurs artistiques” : Jannic Durand, conservateur général du patrimoine

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Alors que les sept sites classés au patrimoine mondial de l’Unesco, à Lviv et Kiev notamment, et que de nombreux bâtiments et monuments dans le pays sont menacés par les bombes à Odessa, à Kharkiv ou encore à Tchernihiv, ce forum culturel vise à informer le monde francophone de toute la diversité de l’apport culturel de l’Ukraine au patrimoine universel. Faute de pouvoir le protéger de toute destruction ou dégradation, il s’agit déjà de le "faire exister en rétablissant son authenticité" pour Sylvain Amic, directeur du musée des Beaux-Arts de Rouen et de la RMM

Les fenêtres du plus grand musée des beaux-arts d’Ukraine, la galerie nationale d’art de Lviv, protégées avec des sacs de sable, le 7 mars 2022.
Les fenêtres du plus grand musée des beaux-arts d’Ukraine, la galerie nationale d’art de Lviv, protégées avec des sacs de sable, le 7 mars 2022.
© AFP - Yuriy Dyachyshyn

Pourquoi cette initiative de forum culturel ? 

Il nous a semblé que dans l’entreprise qui se déroule en ce moment en Ukraine, il y a la volonté à la fois d'anéantir une nation, d'annexer un pays et de balayer une culture : la culture de l'Ukraine, en la mettant dans l'ombre portée de la Russie. Or, il apparaît que notre connaissance de cette culture ukrainienne est plutôt faible en Occident. À travers ce forum, nous souhaitons d'une part lui permettre d'exister, apporter des ressources accessibles à tous, lors des conférences et en ligne, pour découvrir l'apport de cette culture au patrimoine universel et surtout, de s'installer dans le temps, de durer. Face à ce qui se produit, face à la guerre, il s’agit de ne pas faire l'impasse sur cette dimension culturelle qui est forcément le ciment d'une nation. 

Il s’agit donc d’éclairer les Français sur un patrimoine que vous estimez encore très peu voire pas du tout connu ?  

Oui, éclairer le public francophone puisque ces conférences seront données en français sur un patrimoine, des artistes, des édifices... un patrimoine autant matériel qu’immatériel qui est largement méconnu. Qui sait aujourd'hui que Gogol était ukrainien, par exemple ? Ce sont des artistes ou des écrivains ou des créateurs immensément célèbres que l'on attribue tout simplement à la Russie, selon une vision très approximative que nous avons de cette culture. Or, il est temps de lui rétablir son authenticité. 

Il y a très peu de publications sur l'art ukrainien. Nous avons en France et plus largement en Occident réalisé la plupart du temps des expositions de l’art russe ou de l’art slave. Les grandes expositions qui se sont tenues récemment au Louvre ou au musée d’Orsay présentaient une sorte de panorama d’une culture slave ou russe qui englobait l'Ukraine. Nous manquons cruellement d'outils de références, de données sur la culture ukrainienne et quand il en existe, ils sont souvent indisponibles. Art d'Ukraine, l'ouvrage fondamental de Valentine Marcadé, le seul livre en langue française sur les avant-gardes ukrainiennes, a été édité il y a trente ans et il est difficile aujourd’hui de se le procurer. 

A Lviv, les statues devant l’église de la Dormition sont recouvertes d’éponge pour les protéger de la guerre le 4 mars 2022.
A Lviv, les statues devant l’église de la Dormition sont recouvertes d’éponge pour les protéger de la guerre le 4 mars 2022.
© AFP - Abdullah Tevge / Anadolu Agency

À réécouter : La résistance de la culture ukrainienne avec Vlad Troitskyi et Ruslana Khazipova des Dakh Daughters

Vous parlez de "soft power" ?  

Oui, il est question pour nous de "soft power" parce que s'il y a une urgence humanitaire, une urgence des combats, il y a aussi une urgence patrimoniale. D'abord parce qu'il y a des objets, des édifices à sauvegarder, mais aussi parce qu'il faut faire exister la culture ukrainienne dans les imaginaires pour que l'on ne balaye pas une nation qui s'est forgée autour de biens communs et d’un apport aussi au patrimoine de l'humanité. Et on doit avoir bien en tête que pendant que la guerre se déroule, il y a bien sûr des vies en jeu, mais il y a également des œuvres d'art et qu'heureusement, d'une certaine façon, cet apport de la culture ukrainienne peut continuer à exister en dehors du théâtre des combats. Et il est là aussi pour veiller sur la nation ukrainienne.

À réécouter : D'Odessa à Paris, sur les routes d'Isaac Babel

Quelles sont les richesses culturelles du pays ? 

Les richesses patrimoniales sont très grandes. Il y a de très nombreux musées qui sont en train d'être évacués, avec des œuvres qui sont déménagées pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale. Il y a de multiples édifices religieux, édifices chrétiens et édifices de toutes autres confessions. Il y a tout un patrimoine cinématographique et littéraire qui est peut-être le plus connu à travers des auteurs comme Isaac Babel ou de grands réalisateurs. Dans le cinéma soviétique, il y a beaucoup de films qui ont été tournés en Ukraine. Je pense à Eisenstein, en particulier. Le grand escalier, dans la scène principale du Cuirassé Potemkine, se trouve à Odessa. 

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On voit donc bien qu'il y a une sorte d'archipels d'images liées à l'Ukraine que nous connaissons et qu'il convient de réunir. Mais il y a aussi des œuvres qui ne sont pas forcément ukrainiennes, mais conservées en Ukraine, comme le chef d'œuvre de Georges de la Tour, “L’argent versé”, au musée de Lviv. Et là, cela fait vraiment partie d'un patrimoine partagé universel. Évidemment, en Ukraine, il y avait des collectionneurs, il y avait des musées et les trésors qui y sont conservés appartiennent à la nation ukrainienne, mais nous appartiennent aussi à tous, symboliquement. Il y a donc à la fois des biens matériels et immatériels et tout cet ensemble-là est peu identifié et menacé. C'est notre rôle de le faire exister, en même temps qu'on fait exister les grandes préoccupations humanitaires. 

Les musées d’État de Lviv abritent 14% de la totalité du patrimoine culturel de tout le pays, selon la mairie. Reportage sur place de Sandrine Etoa-Andegue et Fabien Gosset.

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Sachant que certains sites sont classés par l’Unesco, y a-t-il déjà de fortes raisons de s’inquiéter pour ce patrimoine ukrainien ? 

Certains sites sont effectivement classés par l'Unesco. Évidemment, la protection de ces sites fait partie du cahier des charges de l'organisation des Nations unies. Évidemment aussi, la plupart des nations dans le monde participent au fonctionnement de l'Unesco et souscrivent à ses principes. On ne peut qu'espérer que l'Unesco aussi sera aux côtés des défenseurs du patrimoine, des associations et des professionnels ukrainiens. Mais il va de soi que dans tous les conflits, nous perdons une partie de notre patrimoine commun. Il s'agit donc que cette perte soit la plus minime possible. La faire exister, c'est déjà la protéger. Nous savons déjà qu’un musée au nord de Kiev a été incendié avec des œuvres de Maria Primatchenko, artiste phare de l'art ukrainien du XXe siècle, artiste fortement reconnue par les occidentaux. On voit donc bien que même si le patrimoine n'est pas ciblé, il devient très rapidement une victime collatérale. Nos confrères conservateurs, en charge des monuments historiques, protègent ce patrimoine autant que possible, en abritant les collections à la cave, en les mettant dans des abris. Mais comme ils ne peuvent pas être sur tous les fronts, il est important de faire exister ce sujet dans le conflit, afin qu'il ne passe pas par pertes et profits. 

Cette image satellite prise le 28 février 2022 montre un convoi militaire et des maisons en feu, près d'Ivankiv, où un musée abritant des œuvres de la grande artiste peintre ukrainienne, Maria Primatchenko, a été détruit par un bombardement russe.
Cette image satellite prise le 28 février 2022 montre un convoi militaire et des maisons en feu, près d'Ivankiv, où un musée abritant des œuvres de la grande artiste peintre ukrainienne, Maria Primatchenko, a été détruit par un bombardement russe.
© AFP - Satellite image ©2022 MaxarTechnologies

Êtes-vous en contact avec les services de l’Unesco, sur l’évolution de la situation ? Comment va se matérialiser votre programme ? 

Nous ne sommes pas en contact avec les services de l'Unesco, mais avec des partenaires français dont des associations internationales comme l'ICOM France qui, elle, est en contact direct avec nos collègues ukrainiens. Nous partageons à travers les grandes institutions françaises - Le Louvre, Le musée d'Orsay, le Centre Pompidou, la BnF - les réseaux de connaissances qui nous conduisent à pouvoir avoir des informations sur le patrimoine, à pouvoir identifier les personnes ressources en France qui sont en capacité de faire des conférences en langue française à partir d'un savoir solide et acquis. C'est aussi notre mission de donner des informations fiables sur ce patrimoine et ne pas faire de ce forum une tribune d'activistes. C’est vraiment l'idée de faire exister une culture et une histoire. 

À travers les contacts que nous prenons en ce moment, nous allons petit à petit faire converger les informations sur le patrimoine vers ce forum. Et un peu comme des manifestations se produisant de façon régulière, au-delà de l'émotion des premières semaines et des soirées exceptionnelles qui pourront être réalisées, il faut pouvoir marquer notre présence, avec insistance. Tous les mercredis à Rouen, au musée des Beaux-Arts, de 14h30 à 16h, il y aura une conférence sur les sujets les plus divers touchant au patrimoine et à la culture ukrainienne. Ces conférences seront systématiquement captées, mises en ligne, accessibles sur nos plateformes, celle de la Réunion des musées métropolitains et celle de l'Institut national d'histoire de l'art. On s'installe donc vraiment dans le temps long. Il nous semble important qu'il y ait un point de ralliement pour le patrimoine, pour la culture, pour les arts ukrainiens et que les personnes qui sont en charge de ces sujets, qui sont les véritables savants, les véritables connaisseurs, trouvent aussi dans cette organisation une tribune pour faire vivre cette culture.   

Votre objectif est de toucher le grand public ? Montrer l’identité culturelle de l’Ukraine vis-à-vis de la Russie ? 

L'objectif est effectivement de toucher le grand public, en lui apportant les informations par les meilleurs spécialistes. Il ne s'agit pas de raconter son voyage en Ukraine il y a deux ans et montrer des photos que l'on a prises au musée. Il s'agit vraiment de faire s'exprimer les spécialistes du patrimoine et à travers ce patrimoine d'envisager, bien sûr, l'histoire de l'Ukraine et de voir les relations de cette culture avec la culture russe, avec la culture occidentale er avec la culture proche-orientale : voir ce confluent, cette convergence des cultures qu’est ce territoire de l'Ukraine. Notre but est de le rendre accessible à travers des podcasts qui pourront permettre à tout un chacun de glaner ces informations et de finalement découvrir cette culture que l'on ignore, cette identité culturelle du pays qu'on perçoit mal, parce que souvent sous l'ombre de celle de la Russie. C'est d'une certaine façon logique, mais il est temps de simplement faire émerger ou de refaire émerger, ce qui est ! Dire que Malevitch est né en Ukraine, c'est important. Jusqu'à présent, on le considérait comme un artiste purement russe et même s'il a exercé en Russie, bien sûr, s’il a vécu dans l'Union soviétique, il est né à Kiev. Malevitch est célèbre, mais il y a bien d’autres artistes qui, à travers ces conférences aussi, trouveront une nouvelle existence.  

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Sur le terrain, comment protéger le patrimoine culturel des bombes ?  

Malheureusement, ce sont des situations déjà vécues sur d'autres théâtres de conflits et un des plus exemplaires est celui du Liban. Nos collègues dans le pays ont réussi à préserver une grande partie du patrimoine des musées, avec cette décision absolument lumineuse et héroïque de couler des dalles de béton de façon à protéger des bombes, les réserves qui étaient aux sous-sols. Les solutions sont connues des professionnels, dans tous les théâtres de guerre, y compris en France, pendant la Seconde Guerre mondiale : les œuvres sont évacuées, elles sont placées dans des lieux sûrs pour les protéger. Mais cela est plus facile quand on n'est pas soumis à une guerre surprise, qu'on n'est pas sous le feu des bombes et qu'on a pu anticiper les choses. Aujourd’hui, avec les complications pour circuler, disposer de véhicules et disposer tout simplement de bras, nous pouvons imaginer que nos collègues ukrainiens partent au plus pressé et que les collections restent très exposées. 

Pour les monuments, les techniques utilisées sont classiques en temps de guerre : des sacs de sable sur les façades, des protections face aux incendies. Mais les bombardements se font de plus en plus pressants et de moins en moins précis. Il y a déjà eu des destructions ou des dégradations comme celle du monument aux victimes de l'Holocauste, le mémorial de Babi Yar à Kiev. Nous voyons donc bien que les objectifs stratégiques, s’ils ne sont pas encore clairement désignés comme des objectifs culturels, provoqueront très vite des dommages collatéraux.  

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Des acteurs locaux à Lviv tentent de protéger les monuments et œuvres d’arts. Leur action, avec les moyens du bord, est-elle suffisante ? 

Toutes les solutions sont bienvenues, mais ce sont des solutions d'urgence : il faut murer, panneauter, déposer tous les objets qui sont dans les monuments pour les mettre à l’abri... Le souffle des déflagrations, par exemple, est tel que des vitraux vont voler en éclats, comme les vitres. On peut donc bien sûr essayer de les protéger. Mais les armements d'aujourd'hui sont particulièrement inquiétants. Nous voyons bien que les incendies, les cratères, tout ce qui peut fragiliser les édifices sont d'une puissance inégalée. Moi qui exerce à Rouen, je peux vous dire que sept bombes sont tombées sur la cathédrale pendant la Seconde Guerre mondiale et qu’il s’en est fallu d'un cheveu qu’elle ne s'écroule pas. Cela grâce à l'effort précisément de mobilisation de la population qui est allée couper des arbres dans la forêt pour étayer la voûte. Ce sont donc ces actions d'urgence qui vont protéger tant que faire se peut les monuments, mais nous savons qu'il y aura derrière un énorme effort de reconstruction aussi pour le patrimoine et pas seulement pour les habitations et les services.  

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Doit-on craindre le pire ? 

Oui, je crois qu'on peut craindre le pire. On voit bien que les forces ukrainiennes sont préparées. Mais pour les édifices, pour le patrimoine, je ne pense pas que quiconque s'attendait à ce qu'on bombarde les plus grandes villes loin des frontières de la Russie, loin des zones habituelles de conflit. La guerre s'étend à tout le territoire et c'est surtout la menace qui se dessine d’une annexion, d’un anéantissement de l'identité même de l'Ukraine et de sa culture qui me parait le plus redoutable. Parce que tout cela peut disparaître à travers les diasporas, à travers l’émiettement des savoirs. Il y a des scientifiques qui sont désormais au combat ou sur les routes. Toute la connaissance est menacée et tant qu'elle n'aura pas émergé dans nos consciences, elle n'existera pas. Je pense qu'on peut donc s'inquiéter très profondément.  

D’où la nécessité de tout noter et référencer ?  

Dans tous les conflits, il y a des personnes qui s'attachent à comptabiliser, à recenser. On sait en France qu’une fonctionnaire du Louvre, Rose Valland, a permis de retrouver les œuvres pillées par les nazis. Il est donc important que les personnes qui ne sont pas mobilisées sur les actions de combat et d'urgence humanitaire puissent exercer leurs responsabilités, leurs connaissances sur tous les sites patrimoniaux. Car il y a aussi en effet le risque du pillage qui accompagne tous les conflits. 

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