Publicité

Paul-Emile Victor, en 1951 : "Une expédition rentable profite à l'ensemble de l'humanité"

Par

.

Episode 5/5 : "Les expéditions scientifiques doivent-elles être rentables ?" Réponse de Paul-Emile Victor, en 1951
Paul-Emile Victor compte parmi les pionniers des découvertes polaires. On mesure aujourd'hui combien ces découvertes ont permis d'embarquer la communauté scientifique dans la recherche sur le changement climatique. Mais en 1951, Victor était encore sommé de justifier la légitimité de telles expéditions, tout "Chef des expéditions polaires françaises au Groënland et en Terre-Adélie" fût-il, ainsi qu'on le présentait alors à la Radio Télévision Française.

Le 19 juin 1951, il était invité à La Tribune de Paris, dont le lancement juste après le générique disait ceci :

Publicité

Les récentes expéditions françaises à l'Anapurna, au Groëland et en Terre-Adélie ont ramené l’attention sur ces contrées lointaines jusqu'à présent inaccessibles, où l’homme desormais entend affirmer sa présence. On admire sans réserve l’endurance, l’audace voire l’héroïsme que comportent ses explorations. Mais on se demande parfois à quoi elles servent. Les expéditions, les explorations sont-elles scientifiquement rentables ?

Et Raymond Thévenin, le producteur, d'enfoncer le clou :

Peut-être se demande-t-on si ces expéditions servent à quelque chose…

Ecoutez un extrait de la réponse de Paul-Emile Victor, qui distingue performance sportive ou aventurière et "bénéfice pour l'ensemble de l'humanité":

Paul-Emile Victor : "Une exploration valable bénéficie à l'ensemble de l'humanité", le 19/06/1951

2 min

Malgré l'état de conservation relatif de la bande et quelques picotements dans les oreilles, c'est l'ensemble de l'émission de 1951 qu'on peut vous conseiller de (re)découvrir, tant elle raconte l'état des découvertes scientifiques alors. Et la place de la science dans l'opinion publique.

Précisément à front renversé avec un Claude Lorius qui confiait au deuxième épisode de cette série d'archives (voir plus bas, épisode 2/5) avoir benoîtement privilégié le goût l'aventure à la soif de connaissance utile lorsqu'il avait accepté d'embarquer pour une année de recherches en Antartique en 1956.

undefined

0 min

Chloé Leprince

En 150 ans, certains glaciers des Alpes ont perdu près de 40% de leur volume et plus de 50% de leur surface. Les données à même d’attester de ce changement climatique sont aujourd’hui nombreuses, comme l’ont montré les différentes archives radiophoniques exhumées ces derniers jours.

L’observation naturaliste a ainsi progressivement cédé le pas à des moyens de plus en plus sophistiqués, au premier rang desquels la modélisation. Pourtant, une technique artisanale et en partie aléatoire reste vivace : la reconduction photographique.

Concrètement, il s’agit de prendre un nouveau cliché dont le cadrage respectera scrupuleusement celui d’une photographie d’archive… ou tout autre document iconographique jusqu'aux cartes postales et couvertures d'almanachs. L’évolution du paysage révèle alors celle du climat, bien loin de la paléoclimatologie et des carottes glaciaires.

C’est à cette comparaison minutieuse que se sont livrés les auteurs de "Glaciers : passé-présent du Rhône au Mont-Blanc", ouvrage paru en 2010 chez Sladkine. Ce livre qui documente l’histoire climatique du Mont-Blanc compte 130 de ces photographies comparatives, réalisées par le photographe Hilaire Dumoulin entre 2007 et 2010 qu’accompagnait le physicien Amédée Zryd.

Stéphane Deligeorges les avait reçus dans Continent Sciences le 3 janvier 2011 sur France Culture :

"Il y a toujours une branche qui gêne pour montrer la fonte du glacier" - Hilaire Dumoulin, photographe, 2011

3 min

Chloé Leprince

Episode 3/5 :"Prédire le climat, c'est quantifier l'incertitude de nos connaissances" - Hervé Le Treut, en 2000.
Dans les années 50, on appelait Jacques Ellul, le père fondateur de la prospective “le prohète”. Aujourd’hui, la modélisation est considérée comme partie intégrante de la science, sans folklore ni gourou. Les recherches sur le climat, en particulier, ont intégré pleinement la notion de prévision et dire le changement climatique, c’est aussi prédire le climat de demain.

La démarche de prévision climatique relève davantage d'un travail d’économiste ou de géographe que de stricte météorologie. Concrètement, les chercheurs commencent par formuler plusieurs hypothèses -notamment sur la quantité de gaz à effet de serre - qu’ils testent en programant sur un ordinateur taille XL un certain nombre de variables. Ordinateur qui tourne alors durant plusieurs mois pour parvenir à prévoir l’évolution du climat sur un siècle.

Hervé Le Treut est une figure centrale de la modélisation climatique avec une des premières thèses, soutenue dès 1985 au terme de sept ans de recherches. En septembre 2000, pour l’émission Pot au feu, il faisait devant son ordinateur une démonstration au micro de Vincent Lemerre :

undefined

0 min

Lorsque le Prix Nobel de la Paix fut attribué aux chercheurs du GIEC en 2007, Hervé Le Treut comptait parmi les chercheurs récompensés. Ses travaux sur la prévision des nuages avaient démarré trente ans plus tôt.

Chloé Leprince

Episode 2/5 :Forer la calotte glaciaire à la recherche des archives de la planète, avec Claude Lorius - 1992 

Claude Lorius en Antartique, 2008.
Claude Lorius en Antartique, 2008.
- Claude Lorius, via Wikimedia Commons

L'Antarctique est souvent présenté comme la mémoire de la Terre. Encore faut-il qu’on puisse en fouiller les souvenirs - et les dater - pour que ce continent découvert en 1820 à l’occasion de la pêche au phoque accède au rang d’archives planétaires. C’est le sens de la paléoclimatologie, discipline qui s’est imposée à partir des années 50.

Claude Lorius est un pionnier en la matière. Sa première expédition polaire remonte à l’année géophysique internationale, en 1956-1957. Trois hommes installés dans une petite bicoque avec un poële à mazout par -40°C pendant un an avaient une triple mission : mieux comprendre la météorologie du pôle ; dater la calotte glaciaire ; et enfin, poursuivre les recherches sur le champ magnétique.

Dater la glace polaire permet de mettre en lumière des strates de température et donc d'attester du changement climatique. Concrètement, ces archives sont documentées en procédant au carottage de la calotte glaciaire. Avec, en toile de fond de la paléoloclimatologie, une éternelle histoire de flocon de neige, racontée par Claude Lorius en 1992 :

[EXTRAIT] Le forage de la calotte glaciaire par Claude Lorius, 1992

4 min

Lorsque Claude Lorius s’exprimait dans l’émission Fréquence buissonnière sur France culture le 3 octobre 1992, le record en Antartique n’excédait pas 200 000 ans. Aujourd’hui, les scientifiques parviennent à remonter jusqu’à 850 000 années. C’est à dire qu’ils forent suffisamment profond (plus de 3200 mètres, en 2004) dans la calotte glaciaire pour parvenir à remonter aussi loin dans le temps.

Depuis les débuts de Claude Lorius, il n'aura finalement fallu que cinq decennies pour percer jusqu'à quelques mètres du socle rocheux de l'Antartique.

Chloé Leprince

Le lac Hume, Australie.
Le lac Hume, Australie.
- Tim J Keegan @ Flickr

Nous nous chauffons et vous aussi, ce qui est une bien plus grande merveille. On dit que le procédé du soleil et des saisons est changé.

Variante aventureuse, quoique littéraire, du bon vieux dicton “Y a plus de saison” ? En réalité, les historiens estiment que la Marquise a pu être en relation avec l’Observatoire de Paris, fondé par Louis XIV, qui enquêtait sur ce qu’on regardait alors comme le refroidissement climatique.

Depuis qu’on cherche à documenter le changement climatique, les historiens compilent un faisceau d’indices. Parmi ceux-là, des témoignages dont la valeur scientifique peut surprendre. De 1947 et son été chaud, Emmanuel Le Roy Ladurie (dont la somme L'histoire du climat depuis l’an Mil , en 1967, reste fondatrice dans l’histoire du climat) cite ainsi Thomas Mann passant l’été en caleçon sur son balcon à Zürich.

Invité au micro de Jean-Noël Jeanneney en 2003 après l’épisode caniculaire en France, l’historien recensait les moyens dont on dispose pour étayer la conviction d’un changement climatique.

Emmanuel Le Roy Ladurie sur l'évaluation du changement climatique

4 min

Chloé Leprince

Redécouvrez cette sélection d'archives consacrées au changement climatique avec les émissions intégrales dont ces extraits sont tirés :
Episode 1/5 Emmanuel Le Roy Ladurie, invité de Concordance des temps, diffusée le 4 octobre 2003 sur France Culture :

[INTEGRALE] Emmanuel Le Roy Ladurie dans "Concordance des temps", 4/10/2003

59 min

Episode 2/5 Claude Lorius, invité de Fréquence Buissonnière le 3 octobre 1992 sur France Culture :

[INTEGRALE] Claude Lorius dans Fréquence buissonnière - 3/10/1992

54 min

Episode 3/5  Hervé Le Treut, interviewé dans Pot au feu le 11 septembre 2000 sur France Culture :

[INTEGRALE] Pot au feu le 11/09/2000 sur le changement climatique

1h 07

Episode 4/5 Hilaire Dumoulin, photographe spécialisé en reconduction photographique, et Amédée Zryd, physicien, invités de Continent Sciences dans l'émission diffusée le 3 janvier 2011 sur France Culture :

[INTEGRALE] La reconduction photographique dans Continent Sciences, le 3/01/2011

58 min

Episode 5/5 Paul-Emile Victor, chef des explorations polaires au Groënland et en Terre-Adélie, invité de La Tribune de Paris, diffusée sur la RTF, le 19 juin 1951 :

[INTERALE] Paul-Emile Victor, invité à La Tibune de Paris, 19/06/1951

19 min

Bandeau archives
Bandeau archives
© Radio France
bandeau Mémoires vives
bandeau Mémoires vives
© Radio France