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Pauline Zarrouk, 26 ans : "Mes premières observations d'astrophysicienne"

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Pauline Zarrouk  marraine du festival de Fleurance devant le planétaire inauguré dimanche
Pauline Zarrouk marraine du festival de Fleurance devant le planétaire inauguré dimanche
© Radio France - Stéphane Iglésis

Entretien. Marraine du festival d'astronomie de Fleurance, Pauline Zarrouk est venue à l'astrophysique en lisant les ouvrages d'Hubert Reeves dans son lycée. Ce qui l’intéressait au départ c'étaient les questions posées par Hubert Reeves sur les origines de la vie dans l'univers.

Pauline Zarrouk est devenue astrophysicienne pour comprendre l'univers au départ, et pas forcément par passion du ciel et de l'espace. C'est au lycée qu'elle a découvert les ouvrages d'Hubert Reeves qu'elle a dévorés. La jeune femme originaire de Seine-Saint-Denis s'est ensuite abonnée aux revues spécialisées pour comprendre la mécanique de l'univers. Aujourd’hui doctorante en cosmologie au CEA de Saclay, elle écrit une thèse consacrée à l'expansion de l'univers et à ses effets sur la théorie de la relativité générale d'Albert Einstein. Marraine de l'édition 2017, elle en est un peu le symbole. Humble et souriante.

Festival d'astronomie de Fleurance, rencontre Hubert Reeves Pauline Zarrouk

1 min

Vous avez 26 ans, comment êtes-vous devenue astrophysicienne ?

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J’ai découvert l’astrophysique, lorsque j’étais au lycée, en lisant, sans grande originalité, les ouvrages d’Hubert Reeves : à 15 ans, comme beaucoup d’autres jeunes, je me demandais qu’est- ce que je vais faire dans la vie, quelle personne j’ai envie d’être, mais aussi la question d’où venons nous, pourquoi les choses sont comme elles sont, comment la vie est apparue sur Terre, et toutes ces questions je les ai retrouvées dans les livres d’Hubert Reeves. J’ai commencé avec « Les Chroniques des Atomes et des Galaxies », où il commence son introduction avec ces questions : "d’où venons-nous ?, où allons-nous ?, comment en sommes-nous arrivés là ?".

Hubert Reeves et Pauline Zarrouk, à la ferme des Etoiles, Mauroux, Gers
Hubert Reeves et Pauline Zarrouk, à la ferme des Etoiles, Mauroux, Gers
© Radio France - Stéphane Iglésis

Un profil à la fois littéraire et scientifique

J’avais un profil plutôt littéraire, et je n’avais jamais envisagé que les sciences puissent répondre à ces questions-là aussi ! Et en fin de compte les mathématiques et la physique peuvent apporter des réponses à ces questions. Et sa façon poétique et philosophique de répondre à ces questions pour ensuite montrer comment la science peut y répondre c’est ce qui m’a le plus intriguée. J’avais en moi aussi cet aspect littéraire : et c’est vraiment la découverte de l’astrophysique, cette branche-là de la physique, avec ces questions des origines de la vie en fond, qui m’ont poussé vers une carrière scientifique, plutôt que vers une carrière philosophique.

Galaxie spirale M31 dans Andromède -  La galaxie d’Andromède est située a environ 2 millions d’années - lumière de la Terre
Galaxie spirale M31 dans Andromède - La galaxie d’Andromède est située a environ 2 millions d’années - lumière de la Terre
© AFP - SEBASTIAN VOLTMER

Vous avez-eu d’autres scientifiques qui vous ont poussé vers la science ?

D’abord il y a eu Hubert Reeves, mais ensuite j’ai assisté à des conférences d’André Brahic, d’André Luminet, puis plus tard Roland Lehoucq, Nathalie Palanque-Delabrouille, avec qui j’ai la chance de travailler maintenant. Donc c’est plusieurs générations d’astrophysiciens et de chercheurs qui m’ont aidé à déterminer ma vocation. Ce sont des astrophysiciens qui sont allés vers le grand public…

C’est pour ça aussi que je me sens reconnaissante. Ce sont des chercheurs qui ont quitté leurs laboratoires pour venir à la rencontre du public, et c’est pour ça qu’être ici au festival de Fleurance, ça a beaucoup de sens de le faire maintenant à mon tour, même si je ne me sens pas encore complètement chercheur, je suis en tout cas un chercheur en devenir, j’espère.

  La voie lactee vue dans l’hémisphère sud et les nuages de Magellan -
La voie lactee vue dans l’hémisphère sud et les nuages de Magellan -
© AFP - MINORU YONETO

Vous vous retrouvez marraine du festival d’astronomie de Fleurance avec comme parrain Hubert Reeves qui a provoqué votre vocation, c’est plaisant ?

C’est un beau cadeau que les organisateurs du festival me font. J’étais vraiment très émue quand j’ai reçu le mail me proposant d’être la marraine et j’ai vraiment hâte d’avoir une discussion scientifique et plus personnelle avec Hubert Reeves.

Hubert Reeves
Hubert Reeves
© Radio France - hubertreeves.info

Donc toute petite vous n’aviez pas forcément la tête dans les étoiles ?

Si, j’avais la tête dans les étoiles, mais je n’étais pas forcément dans des festivals à observer le ciel. Mes premières observations datent d’hier soir, donc c’est tout récent. Ma passion est plus venue sur les questions que la physique soulève sur nos origines, comment les galaxies se sont formées, comment notre univers s‘est formé etc, etc.

Passage de la planète Mars (milieu gauche de l'image) devant la nébuleuse Rho Ophiuchi le 25 août 2016 --- Cette région de formation d’étoiles est située a environ 520 années-lumière.
Passage de la planète Mars (milieu gauche de l'image) devant la nébuleuse Rho Ophiuchi le 25 août 2016 --- Cette région de formation d’étoiles est située a environ 520 années-lumière.
© AFP - SEBASTIAN VOLTMER

L’énergie noire composant mystérieux de l’univers : "ce qui m’a beaucoup séduit dans ce sujet de thèse, c’est…le côté assez novateur d’aller tester la théorie, de la relativité générale d’Einstein."

Et pourquoi avez-vous choisi ce sujet de thèse là, sur l’expansion de l’univers ?

Alors c’est vrai que c’est une grande question de la cosmologie contemporaine, l’énergie noire. Quelle est la nature de l’énergie noire ? Ce qui m’a beaucoup séduit dans ce sujet de thèse, c’est le fait qu’on aborde cette question, et aussi le côté assez novateur d’aller tester la théorie, donc la relativité générale d’Einstein, plutôt que d’essayer de comprendre les propriétés de cette énergie noire. C'est aussi un coup de cœur avec mon directeur de thèse, le laboratoire de recherches dans lequel je suis, le groupe dans lequel je suis et le CEA.

L'univers est en expansion selon Pauline Zarrouk

5 min

"Une jeune fille qui a envie de faire de la science, elle peut le faire et elle ne va pas rencontrer de discrimination particulière"

Vous accueillez des filles dans votre labo histoire de leur expliquer que la science est aussi une affaire de femmes…

Pauline Zarrouk devant une affiche du village des sciences
Pauline Zarrouk devant une affiche du village des sciences
© Radio France - Stéphane Iglésis

Oui, c’est vrai que j’ai pu accueillir cette année deux lycéennes. Après, je ne cible pas forcément les jeunes filles. Mais là, j’ai été agréablement surprise. Et c’est aussi un message que j’aimerais faire passer. Je me suis souvent demandée ce qui gênait dans ce problème des femmes en sciences, parce qu’une jeune fille qui a envie de faire de la science elle le peut, elle peut le faire et elle ne va pas rencontrer de discrimination particulière. Et j’ai compris après que ce qui manque parfois ce sont des modèles, des modèles féminins. Une carrière scientifique est compatible avec une vie de femme. Il faut aussi des exemples de femmes qui font des sciences. Donc, j’accueille en effet des lycéens et des lycéennes dans nos laboratoires.