Publicité

Paysages cinéastes

.

Écouter

1 min

Une compétition qui finit en beauté, avec tout d'abord le troisième film français en compétition, Sils Maria , signé Olivier Assayas. Une actrice quadragénaire, Juliette Binoche, toujours formidable, à qui on propose de reprendre une pièce qui l'avait révélée à vingt ans, mais en jouant cette fois la femme âgée, face à une jeune actrice hollywoodienne à scandale. On pense au rôle jouée par Julianne Moore dans le film de Cronenberg, Maps to The Stars , vu à Cannes il y 4 jours, mais on n'est pas ici dans la satire, plutôt en territoire bergmanien, le tout situé dans le village suisse de Sils Maria, là où Nietzsche eut la révélation de l'éternel retour. Très inspirée, la mise en scène d'Olivier Assayas joue du passage serpentin des nuages au-dessus de la vallée, pour figurer la confrontation entre l'immuable et le mouvant, et donc le temps qui passe. Comme si le paysage dictait son sujet au film.

C'est le même sentiment qu'on a eu avec l'autre film en compétition du jour, l'impressionnant Leviathan du Russe Andreï Zviaguintsev. Le cadre spectaculaire des bords de la mer de Barents, avec ses roches, ses vagues et ses baleines est le décor idéal pour cette histoire du combat impossible d'un homme contre l'Etat tout-puissant, arbitraire et corrompu de la Russie provinciale contemporaine. Inspiré autant par les théories de Hobbes que par le Livre de Job, ce film puissant, drôle et terrifiant, sur lequel plane l'ombre des Pussy Riots, est un portrait implacable de la Russie d'aujourd'hui, avec toutes les précautions nécessaires pour éviter les foudres du pouvoir. Au-delà, c'est une ode désespérée à la liberté en général. Une belle fin de Festival !

Publicité