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Pédophilie dans l'Eglise catholique : comment réagit le Vatican depuis les premiers scandales ?

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Comme Benoît XVI, le pape François prône la tolérance zéro concernant la pédophilie au sein de l'Eglise.
Comme Benoît XVI, le pape François prône la tolérance zéro concernant la pédophilie au sein de l'Eglise.
© AFP - Ettore Ferrari

Le Vatican accueille un sommet historique pour lutter contre la pédophilie depuis jeudi. Les présidents des conférences épiscopales du monde entier sont convoqués. Depuis plus de 30 ans, l'Eglise fait face à de nombreux scandales d'abus sexuels. Quelles réponses a données le Vatican ?

La hiérarchie épiscopale venue du monde entier est réunie depuis jeudi et jusqu'à ce dimanche 24 février au Vatican, à la demande du pape François. Un sommet de crise, historique, pour lutter contre la pédophilie qui touche l'Eglise catholique depuis des dizaines d'années. Les présidents d'une centaine de conférences épiscopales ont ainsi rencontré, à la demande du pape, des victimes de prêtres pédophiles avant de se rendre à Rome où ils sont confrontés à leurs propres responsabilités. Certaines de ces victimes sont également invitées à participer à cette rencontre inédite. Avec un coup de théâtre ce samedi : Reinhard Marx, président de la Conférence épiscopale allemande, proche conseiller du pape, a révélé que des dossiers sur des ecclésiastiques pourtant coupables avaient été détruits.

Cet événement a lieu quelques jours après une autre décision historique. Le samedi 16 février, le pape a défroqué l'ex-cardinal américain Theodore McCarrick, accusé d'abus sexuels il y a près d'un demi-siècle. Pour la première fois, l'Eglise réduit un cardinal à l'Etat laïque, Théodore McCarrick perd ainsi son état ecclésiastique. "C'est la pire des 'punitions'", assure Christine Pedotti, directrice de la rédaction et de la publication de Témoignage chrétien

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Depuis les années 2000, des scandales de pédophilies au sein l'Eglise catholique éclatent au grand jour (voir infographie en bas de page) et les moyens de lutte mis en place par le Vatican ont évolué au fil du temps et des pontificats. Retour sur six dates marquantes.

2002 : Jean-Paul II s'adresse aux cardinaux américains

Dès les années 1990, des affaires d'agressions sexuelles sur mineurs surgissent au sein de l'Eglise catholique. Mais il faut attendre les années 2000 pour que ces cas prennent une dimension mondiale.

L'un de ces premiers grands scandales a lieu en France, en septembre 2001. Mgr Pierre Pican, à l'époque évêque de Bayeux, écope de trois mois de prison pour ne pas avoir dénoncé les actes pédophiles de René Bissey, un prêtre de son diocèse. L'abbé Bissey, lui, est condamné à 18 ans de réclusion criminelle pour viols et agressions sexuelles sur onze mineurs entre 1987 et 1996. C'est la première fois qu'un évêque est condamné en France depuis la Révolution. Christine Pedotti, également auteure du livre Qu'avez-vous fait de Jésus ?, développe : 

L'affaire Pican met le feu aux poudrières car on commence à prendre conscience qu'il y a non seulement des abuseurs mais surtout un système qui ne fait pas la lumière sur ces abus.

Une culture du silence que va révéler quelques mois plus tard une enquête du Boston Globe, en janvier 2002, particulièrement connue depuis la sortie du film "Spotlight", en 2015. L'enquête dévoile des témoignages de victimes abusées par des dizaines de prêtres de la région de Boston. Mais, surtout, elle met en lumière la manière dont l'Eglise a couvert ces actes et fait taire les victimes, par l'argent. Dans un article du Figaro, le journaliste Jean-Marie Guenois explique notamment qu'un cabinet d'avocats a pu accéder à des lettres signées par un cardinal américain, le cardinal Law, demandant le transfert de ces prêtres "sans jamais mentionner le problème de pédophilie, précise le journaliste. Les courriers épiscopaux de mutation louaient plutôt les qualités pastorales des prêtres…"

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Face au scandale, Jean-Paul II accepte finalement la démission du cardinal Law en décembre 2002, alors même que la justice américaine l'appelle à comparaître pour complicité, comme le racontent les journalistes Gauthier Vaillant et Céline Hoyeau dans La Croix. Le puissant cardinal américain est alors muté à Rome pour échapper à la justice. Le cardinal O'Malley, aujourd'hui président de la Commission pontificale pour la protection des mineurs, le remplace à Boston. En avril 2001, Jean-Paul II signe également le Motu Proprio Sacramentorum sanctitatis tutella (équivalent d'un décret) donnant la pleine autorité à la Congrégation pour la doctrine de la foi dans le jugement des affaires de pédophilie. 

Malgré ce scandale, Jean-Paul II ne prendra pas de décisions "marquantes" pour lutter contre la pédophilie. "Ce n'est pas une priorité pour Jean-Paul II, analyse Bernadette Sauvaget, journaliste à Libération et spécialiste des questions de religion. Jean-Paul II vient d'une dictature communiste où les affaires de sexe sont instrumentalisées par le pouvoir pour piéger des prêtres. Il a cette culture là, il doute parce qu'il a ces souvenirs". 

Le cardinal Law a donné sa déposition en mai 2002  devant la Cour supérieure de Suffolk à Boston concernant  les poursuites engagées conte des faits supposés d'abus sur mineurs.
Le cardinal Law a donné sa déposition en mai 2002 devant la Cour supérieure de Suffolk à Boston concernant les poursuites engagées conte des faits supposés d'abus sur mineurs.
© Getty - by David L Ryan

Jean-Paul II s'exprimera toutefois sur le sujet, notamment en avril 2002. Alors que la Conférence épiscopale américaine prépare une réunion visant à mettre en place des actions de prévention et de sanctions à l'encontre des prêtres pédophiles, le pape polonais s'adresse aux cardinaux américains : "Comme vous, j ’ai aussi été profondément peiné par le fait que des prêtres et des religieux, dont la vocation est d’aider les gens à vivre une vie sainte sous le regard de Dieu, ont causé tant de souffrances et de scandale aux jeunes", rapporte le journal La Croix cette année-là. 

À cause du grand tort commis par certains prêtres et religieux, l’Eglise elle même est regardée avec méfiance, et beaucoup se sont offensés de la façon dont les dirigeants de l’Église sont censés avoir agi à cet égard. Les abus qui ont déclenché cette crise sont à tous égards mauvais et doivent être à juste titre considérés par la société comme un crime. C’est aussi un péché épouvantable aux yeux de Dieu. Aux victimes et à leurs familles, où qu’ils soient, j’exprime ma profonde solidarité.                                                          
Extrait du discours de Jean-Paul II

2006 : le Vatican sanctionne l'influent fondateur des Légionnaires du Christ

Il faut attendre le pontificat de Benoît XVI pour que le Vatican mette en place des mesures symboliques mais aussi concrètes pour lutter contre la pédophilie au sein de l'Eglise catholique. Déjà en 2002, le cardinal Ratzinger (futur Benoît XVI), alors président de la Congrégation pour la doctrine de la foi, va demander à ce que les affaires de pédophilie remontent à la congrégation, ajoute Bernadette Sauvaget : "Il veut que les affaires remontent à Rome pour éviter que les évêques étouffent les affaires. A ce moment-là, ce n'est pas une obligation, c'est une demande".

En parallèle, Joseph Ratzinger se bat également sur l'affaire de Marcial Maciel, un prêtre mexicain accusé d'abus sexuels : "Il veut que Maciel soit sanctionné et il est en conflit avec Jean-Paul II qui le soutient", explique la journaliste de Libération. 

Marcial Maciel et Jean Paul II lors d’une cérémonie le 3 janvier 1991 pour les 50 ans de la Légion du Christ.
Marcial Maciel et Jean Paul II lors d’une cérémonie le 3 janvier 1991 pour les 50 ans de la Légion du Christ.
© Getty - Maria Dipaola

Une fois élu pape, Benoît XVI va ainsi prendre en main l'épineux dossier Marcial Maciel. Ce prêtre mexicain, fondateur de la Légion du Christ, une légion conservatrice implantée dans 22 pays, est particulièrement protégé sous Jean Paul II. Marcial Maciel est accusé d'avoir abusé d'enfants et d'adolescents entre 1940 et 1950. "Le fondateur des Légionnaires du Christ est parvenu durant 60 ans à garder les faveurs du Vatican", souligne le journaliste Jean Mercier dans un dossier du journal La Vie. Le prêtre, très influent, menait également une double vie, il aurait eu trois enfants de deux femmes différentes. 

Des éléments qui remontent aux oreilles de Ratzinger, lorsqu'il n'est pas encore élu. Christine Pedotti note par ailleurs que pour "les 60 ans de l'ordination comme prêtre de Marcial Maciel, en décembre 2004, Jean-Paul II est présent. Mais Joseph Ratzinger n'assiste pas à cette célébration alors que tous les cardinaux romains sont là et son absence est remarquée". 

Le 19 mai 2006, plus de soixante ans après les faits, le Vatican, sous l'impulsion de Benoît XVI, écarte finalement Marcial Maciel de tout ministère public. Le Saint-Siège lui demande de mener "une vie discrète de prière et de pénitence". Marcial Maciel est alors âgé de 85 ans. Dans un communiqué, la Congrégation pour la doctrine de la foi explique renoncer à un procès canonique en raison de sa "santé fragile".

19 mars 2010 : la lettre de Benoît XVI aux catholiques d'Irlande

Benoît XVI prône la tolérance zéro en ce qui concerne la pédophilie au sein de l'Eglise. Il est le premier pape à évoquer sa "honte" à propos des scandales qui éclatent partout dans le monde, notamment lors d'un voyage aux Etats-Unis, en 2008. Il est également le premier à rencontrer personnellement des victimes d'abus sexuels perpétrés par des prêtres, lors de ses voyages en Australie, aux Etats-Unis mais aussi  à Malte, à l'abri des caméras. 

Le pape s'exprimera à plusieurs reprises sur le cas de l'Irlande, l'un des pays les plus marqués par les scandales d'abus et de pédophilie. Il n'y est pas seulement question d'actes pédophiles. Des femmes ont également été victimes de l'Eglise catholique d'Irlande : entre 1922 et 1996, des milliers de jeunes filles ayant eu un comportement considéré comme immoral ont été exploitées dans des blanchisseries tenues par des religieuses. En 1999, le gouvernement irlandais annonce la création d'une commission d'enquête qui a pour principale mission de recueillir des témoignages de victimes "de 1940 (ou avant) à nos jours". 

Le 22 avril 2009, la Commission rend un premier rapport de plus de 2 500 pages : "Des abus sexuels ont eu lieu dans bon nombre d'institutions, en particulier dans celles pour garçons. Les écoles ont fonctionné sur un mode sévère et militaire, imposant une discipline déraisonnable et oppressive aux enfants (...)"

(..) Les maisons de correction et les institutions fonctionnaient sur la base de graves châtiments corporels, et la crainte de tels châtiments. La sévérité du régime a été inculquée par des générations successives de religieux, prêtres et religieuses. Elle était systématique, et ne résultait pas de cas individuels par des personnes opérant en dehors des limites acceptables et légitimes. (...) La violence sexuelle était endémique dans les institutions de garçons. (...) Les auteurs de violence ont été en mesure d'exercer pendant de longues périodes dans les institutions. Les cas d'abus sexuels ont été gérés en vue de minimiser le risque de divulgation publique et les dommages à l'établissement et à la congrégation.                                                    
Extrait du rapport de la Commission d'enquête sur les abus aux enfants

Après avoir reçu des évêques irlandais en octobre 2006 et les avoir appelés à rétablir les faits, Benoît XVI s'adresse directement aux catholiques d'Irlande dans une lettre publiée le 19 mars 2010. C'est la première fois qu'un pape s'empare ainsi du sujet.

Chers frères et soeurs de l’Eglise en Irlande, c’est avec une profonde préoccupation que je vous écris en tant que Pasteur de l’Eglise universelle. Comme vous, j’ai été profondément bouleversé par les nouvelles apparues concernant l’abus d’enfants et de jeunes vulnérables par des membres de l’Eglise en Irlande, en particulier par des prêtres et des religieux. Je ne peux que partager le désarroi et le sentiment de trahison que nombre d’entre vous ont ressentis en prenant connaissance de ces actes scandaleux et criminels et de la façon dont les autorités de l’Eglise en Irlande les ont affrontés. Comme vous le savez, j’ai récemment invité les évêques irlandais à une rencontre ici, à Rome, pour rendre compte de la façon dont ils ont affronté ces questions par le passé et présenter les mesures qu’ils ont prises pour répondre à cette grave situation. Avec certains prélats de la Curie romaine, j’ai écouté ce qu’ils avaient à dire, tant individuellement qu’en groupe, tandis qu’ils présentaient une analyse des erreurs commises et des leçons apprises, et une description des programmes et des protocoles aujourd’hui mis en place. Nos réflexions ont été franches et constructives. Je nourris l’espoir que, par conséquent, les évêques se trouvent à présent dans une position plus forte pour accomplir le devoir de réparer les injustices du passé et pour affronter les thèmes plus vastes liés à l’abus des mineurs selon des modalités conformes aux exigences de la justice et aux enseignements de l’Evangile.                                                    
Extrait de la lettre de Benoît XVI aux catholiques d'Irlande

15 juillet 2010 : nouvelles règles canoniques pour lutter contre la pédophilie

Lors du pontificat de Benoît XVI, le Vatican va également établir de nouvelles règles canoniques et modifier ainsi le Motu proprio (équivalent d'un décret) mis en place en 2001 par Jean-Paul II. Le texte, qui octroyait dès le départ la compétence pour juger ces délits à la Congrégation pour la doctrine de la foi, renforce ses compétences et accepte notamment des procédures accélérées. Désormais, chaque évêque a l'obligation de faire remonter les cas d'abus sexuels à Rome. La Congrégation peut aussi prononcer directement une peine, sans procès, ou proposer au pape le renvoi de l’état clérical du clerc mis en cause. De plus, l'allongement du délai de prescription passe de 10 ans après la majorité de la victime à 20 ans

L'année suivante, la Congrégation de la doctrine de la foie publie une circulaire dans laquelle elle propose aux évêques des "dénominateurs communs" pour lutter contre la pédophilie. Ainsi, Rome demande à ce qu'une attention prioritaire soit portée aux victimes et propose de mettre en place davantage de prévention via la formation, comme l'explique La Croix à l'époque : "On informera les prêtres du dommage causé à la victime d’abus sexuels par un ecclésiastique et de sa responsabilité sur les plans canonique et civil. On lui enseignera aussi à reconnaître ce qui pourrait être les signes d ’abus éventuels commis par quiconque sur des mineurs." Surtout, la circulaire pointe l'importance d'une coopération avec les autorités civiles

L'abus sexuel de mineurs n ’est pas seulement un délit au plan canonique. C’est aussi un crime qui fait l’objet de poursuites au plan civil. Bien que les rapports avec les autorités civiles diffèrent selon les pays, il est cependant important de coopérer avec elles dans le cadre des compétences respectives. En particulier, on suivra toujours les prescriptions des lois civiles en ce qui concerne le fait de déférer les crimes aux autorités compétentes, sans porter atteinte au for interne sacramentel.

Ainsi, les conférences épiscopales du monde entier vont commencer à appliquer de nouveaux programmes pour lutter contre la pédophilie. En France, la création de l'association de victimes dont il est question dans l'affaire Barbarin, La Parole Libérée, pousse l'Eglise à passer à la vitesse supérieure six ans plus tard, en 2016. 

Malgré ces nouvelles règles à l'initiative du Vatican, la culture du silence est loin d'avoir disparu. Des enquêtes réalisées notamment par Mediapart, Cash Investigation et la Cellule investigation de Radio France vont montrer que ces normes ne sont pas toujours respectées par les évêques et que les cas de pédophilie restent nombreux. 

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Mgr Rouet, ancien archevêque de Poitiers à la retraite, se confie ainsi en octobre 2018 à la journaliste Laetitia Cherel de la Cellule d'investigation de Radio France : "La méthode la plus courante consistait à déplacer un prêtre accusé d’abus sexuels dans un autre diocèse". Mgr Guyard, un autre évêque à la retraite, ajoute qu'il pouvait également y avoir des déplacements dans des diocèses à l'étranger : "Il était fréquent qu’on les envoie vers les pays francophones et notamment en Afrique de l’Ouest, où l’Église est très présente et où certaines communautés religieuses ont un vaste réseau d’établissements."

L'enquête révèle que certains évêques ont appliqué ces méthodes de mise à l'écart, y compris ces dernières années. "L'Eglise a toujours eu l'habitude de compartimenter, de cliver, de faire en sorte que les victimes ne prennent pas contact. Pour tenir un silence comme ça pendant autant de décennies, il faut une certaine organisation", assure François Deveaux, le co-fondateur de "La Parole libérée".

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2014 : création de la Commission pontificale pour la protection des mineurs 

A son tour, le pape François, élu en 2013, va prôner la tolérance zéro concernant la pédophilie au sein de l'Eglise. Dès les débuts de son pontificat, le pape argentin demande "pardon" pour les actes commis par certains prêtres mais aussi pour les "pêchés d'omission" commis par des membres de la hiérarchie de l'Eglise qui n'auraient "pas répondu de manière adéquate aux dénonciations d’abus sexuels", comme le relate le journaliste Jean-Marie Guénois, en 2014 : "Jamais un pape n'a mis aussi directement en cause la haute hiérarchie de l’Église dans ces affaires".

Le 22 mars 2014, le pape François annonce qu'il souhaite également créer une Commission pontificale pour la protection des mineurs : "Le devoir spécifique de la Commission consistera à me proposer les initiatives les plus opportunes pour la protection des mineurs et des adultes vulnérables, afin de réaliser tout ce qui est possible pour assurer que des crimes comme ceux qui ont eu lieu ne se répètent plus dans l’Eglise. La Commission encouragera, avec la Congrégation pour la doctrine de la foi, la responsabilité des Eglises particulières pour la protection de tous les mineurs et des adultes vulnérables".

Les nouveaux membres de la Commission. (Capture d'écran du site)
Les nouveaux membres de la Commission. (Capture d'écran du site)
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Au total, le pape argentin nomme 17 membres, laïcs, religieux et de différentes nationalités, chargés de trouver les initiatives les plus efficaces pour la protection des mineurs. En février 2018, la Commission est reconduite et des spécialistes du secteur de la protection de l'enfance la rejoignent. Depuis sa création, elle aurait participé à plus de 200 réunions éducatives dans le monde afin de "sensibiliser davantage à l'impact des abus sexuels sur les mineurs et de soutenir les Eglises locales dans l'élaboration de politiques de prévention". 

Malgré les initiatives mises en avant, la Commission connaît des échecs et des démissions en cascade, rappelle Christine Pedotti : "Quand on relit le pontificat de François, on voit bien qu'il veut faire des choses mais que la vigueur n'est pas forcément au rendez-vous". En mars 2017, l'Irlandaise Marie Collins, également victime de prêtres dans son enfance, démissionne et dénonce les rendez-vous manqués, annulés et le manque de communication avec la Congrégation pour la doctrine de la foi. Elle fustige également l'avortement d'un projet de tribunal interne pour juger les évêques soupçonnés d'avoir couvert des abus. 

L'attitude du pape François dans sa lutte contre la pédophilie va également être remise en cause en Argentine. Il est accusé d'avoir commandé une contre-enquête pour innocenter un prêtre argentin lorsqu'il était encore archevêque de Buenos Aires, en 2010. Une affaire révélée par Mediapart et Cash Investigation, en mars 2017.  

La directrice de Témoignage chrétien ajoute : "On peut s'interroger sur la fermeté qu'il a montré au début de son pontificat mais depuis l'affaire chilienne il est extrêmement déterminé".

2018 : le pape François obligé de réagir après son voyage au Chili

Le voyage au Chili du pape François en janvier 2018 va marquer un tournant dans son pontificat et dans sa lutte contre la pédophilie. 

L'arrivée du pape François au Chili, attendu par plus de 400 000 personnes.
L'arrivée du pape François au Chili, attendu par plus de 400 000 personnes.
© AFP - Tamara Merino

Un voyage raté, durant lequel le pape va afficher une position déroutante en apportant son soutien à Juan Barros, un évêque accusé d'avoir couvert les actes pédophiles d'un ancien curé de Santiago, Fernando Karadima, renvoyé de l’état clérical en 2011. "Lors de ce déplacement, il va demander à ce qu'on lui apporte des preuves", se souvient Bernadette Sauvaget. Quelques semaines plus tard, la journaliste expose dans un nouvel article les propos de l'une des victimes de Fernando Karadima dans une lettre envoyée au pape en 2015 : "L’auteur de la missive détaillait les agissements du prêtre, précisant que Barros avait assisté lui-même à des attouchements de Karadima".

Face à la polémique, le Vatican réagit et envoie à la fin du mois de janvier des enquêteurs afin de faire la lumière sur les agissements de Mgr Barros. L'enquête révèle que l'évêque chilien est bien impliqué dans l'affaire Karadima. Le pape argentin avoue alors dans une lettre avoir "commis de graves erreurs dans l’évaluation et la perception de la situation". Pour faire son mea culpa, il reçoit, à la fin du mois d'avril 2018, trois victimes du curé de Santiago. "Les choses ont vraiment bougé au printemps 2018, il a réagi très fermement à partir de ce moment-là mais c'est une prise de conscience qui est relativement tardive", commente la journaliste de Libération. 

Après avoir reçu les victimes, François convoque les évêques chiliens le mois suivant. A la suite de cette rencontre, les 32 évêques reçus à Rome présentent leur démission, laissant au pape argentin la liberté de disposer d'eux-mêmes. Il accepte notamment la démission de Juan Barros. 

Durant l'été 2018, alors que de nouveaux scandales éclatent notamment aux Etats-Unis, en Pennsylvanie, le pape François adresse le 20 août, une "Lettre au peuple de Dieu" : 

Ces derniers jours est paru un rapport détaillant le vécu d'au moins mille personnes qui ont été victimes d'abus sexuels, d'abus de pouvoir et de conscience, perpétrés par des prêtres pendant à peu près soixante-dix ans. Bien qu'on puisse dire que la majorité des cas appartient au passé (...) nous pouvons constater que les blessures infligées ne disparaissent jamais, ce qui nous oblige à condamner avec force ces atrocités.

Pour Christine Pedotti, la véritable lutte du pape François contre la pédophilie commence finalement cinq ans après son élection : "A partir de là, il engage une véritable grande bataille dont le prochain épisode a lieu ce jeudi au Vatican. C'est ce que le pape pouvait faire de plus rapide".

Pour le père Pierre Vignon, spécialiste des abus sexuels, connu pour sa personnalité de franc-tireur, "Il faut réformer toute la hiérarchie de l'Eglise". Interrogé par Cécile de Kervasdoué, il précise : "Ce qui est important c'est qu'ils ne soient plus couverts. Il y a la pédophilie et il y a la couverture de la pédophilie. Il y a le système du silence mis en place sous Pie IX, au milieu du XIXe siècle."

"Il faut réformer toute la hiérarchie de l'Eglise" estime le père Pierre Vignon, spécialiste des abus sexuels dans l’Église

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Il faut réformer complètement la diplomatie du Saint-Siège avec le système des nonces dans les pays qui est à l'origine du contrôle du Saint-Siège pour la nomination des évêques. Depuis des décennies, le système de nominations fait que l'on nomme comme responsables dans l'Eglise catholique des gens qui ne font pas de vagues et on manque cruellement d'hommes capables de faire face à la situation. (...) Depuis l'arrivée d'internet, qui est une chance, les placards et les cadavres communiquent entre eux donc s'il se passe quelque chose quelque part, tout le monde le sait. Il y a un grand déballage, cela permet un grand ménage, un grand nettoyage, vidons les fosses à purin de Sainte-Mère l'Eglise et après on y verra plus clair, on désinfectera. Et puis qu'il y ait au moins déjà des procédures claires pour que les enfants d'aujourd'hui qui pourraient être en danger soient protégés au maximum.

© AFP -