Pegasus : 12 chefs d'État et de gouvernement ciblés

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Pegasus : 12 chefs d'État et de gouvernement ciblés

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Parmi les chefs d'État ou de gouvernement visés par le logiciel espion Pegasus (de g. à d., de haut en bas) : B. Salih (Irak), C. Ramaphosa (Afrique du Sud), E. Macron, I. Khan (Pakistan), S. D. El Otmani (Maroc), C. Michel (Belgique)
Parmi les chefs d'État ou de gouvernement visés par le logiciel espion Pegasus (de g. à d., de haut en bas) : B. Salih (Irak), C. Ramaphosa (Afrique du Sud), E. Macron, I. Khan (Pakistan), S. D. El Otmani (Maroc), C. Michel (Belgique)
© AFP - Montage photo par Fiona Moghaddam

Projet Pegasus. Les portables de 12 chefs d'État et de gouvernement font partie des 50 000 numéros sélectionnés comme cible par le logiciel espion, d'après les journalistes du Projet Pegasus. En Europe, Asie, Afrique, au Moyen-Orient et en Amérique centrale, des politiques ont été visés. La société NSO dément.

Les smartphones de douze chefs d’État et de gouvernement – dans l’exercice de leurs fonctions - figurent parmi les plus de 50 000 numéros de téléphone sélectionnés comme cibles du logiciel espion Pegasus, consultés par Forbidden Stories et Amnesty International, et partagés avec 17 médias dont le Washington Post, Le Monde, et la cellule investigation de Radio France. Ces cibles potentielles concernent le monde entier : en Europe, en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie et en Amérique centrale. Pour un total de plus de 650 responsables politiques et officiels gouvernementaux dans plus de 34 pays.

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Des responsables en exercice

Parmi les numéros ciblés et vérifiés par le Projet Pegasus, figurent ceux du roi du Maroc, Mohammed VI, de trois présidents en exercice - Emmanuel Macron en France, Barham Salih en Irak, Cyril Ramaphosa en Afrique du Sud et de deux Premiers ministres, également en fonction : Imran Khan au Pakistan et Saad Dine El Otmani au Maroc.

Six anciens Premiers ministres ont également été ciblés lorsqu’ils occupaient ce poste : Ahmed Obeid bin Daghr au Yémen, Saad Hariri au Liban, Ruhakana Rugunda en Ouganda, Édouard Philippe en France, Noureddine Bedoui en Algérie et Charles Michel en Belgique.

Faute d’avoir réalisé des analyses techniques sur les téléphones concernés, il n'est pas possible de savoir s’ils ont été infectés par le logiciel espion israélien. Une fois installé sur un smartphone, ce mouchard est capable de récolter une grande quantité d’informations, comme les SMS, les emails, mais aussi d’activer le micro et la caméra de l’appareil à l’insu de ses victimes.  

Le démenti de NSO

L’espionnage de chefs d’État par des clients de NSO contrevient à la politique de l’entreprise israélienne, qui assure dédier ses outils à la sécurité intérieure et la lutte contre la criminalité. “NSO Group nie fermement les fausses accusations portées dans votre enquête" nous a écrit la société contactée par le Projet Pegasus. 

Ces accusations sont pour beaucoup des théories non corroborées, qui jettent de sérieux doutes sur la crédibilité de vos sources, ainsi que sur le cœur de votre enquête. Vos sources vous ont fourni des informations ne s’appuyant sur aucune base factuelle, comme le montre l’absence de preuves appuyant nombre de vos accusations.                      
NSO Group, en réponse à l'enquête du Projet Pegasus

Cependant, la société affirme que “NSO Group continuera d’enquêter sur les accusations crédibles d’utilisation abusive [de son logiciel] et agira en fonction des résultats de ces enquêtes. Cela pourrait consister en la fermeture de l’accès de certains clients au système. NSO a montré qu’elle était capable et encline à faire, en cas d’abus confirmés, ce qu’elle a fait par le passé et qu’elle n’hésitera pas à réitérer.”

L'entourage des responsables politiques et des membres d’organisations internationales dans le viseur de Pegasus

Au Mexique, où Pegasus a longtemps été massivement utilisé de façon abusive par des agences gouvernementales, l’ancien président Felipe Calderón a été ciblé par le logiciel de NSO après avoir quitté son poste. En revanche, au Burundi, le Premier ministre Alain-Guillaume Bunyoni a été visé en 2018, avant d’entrer en fonction.

Et ce ne sont pas que des chefs d’État ou de gouvernement qui ont été ciblés. Leur entourage l’a aussi été. Lors de la campagne présidentielle remportée en 2018 par le Mexicain Andrés Manuel Lopez Obrador, sa femme, ses fils, ses collaborateurs, des dizaines d’alliés politiques, son chauffeur personnel et même son cardiologue ont été ciblés par Pegasus. Tout comme l'entourage de l'ancien Premier ministre français Édouard Philippe.

Les organisations internationales n’ont pas non plus été épargnées : le numéro du directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a été ciblé en 2019, ainsi que les téléphones de plusieurs diplomates et ambassadeurs des Nations unies.

Au total, ce sont les numéros de plus de 650 responsables politiques et officiels gouvernementaux de plus de 34 pays qui ont été sélectionnés comme cibles, notamment en Afghanistan, au Congo, en Égypte, en Inde, au Mali, au Rwanda, en Arabie Saoudite ou encore au Togo.

Revue de presse internationale
5 min

Les clients de NSO

Qui sont les clients qui se cachent derrière ces sélections ? Dans le cas de Felipe Calderón et de Lopez Obrador, il s'agit d’un service de sécurité mexicain.

Quant aux numéros de Charles Michel, Emmanuel Macron, Édouard Philippe, et de nombreux responsables politiques français, ils ont été ciblés par le client marocain de NSO, qui a visé une très grande majorité – plus de 10 000 – de numéros marocains. Le même service a également ciblé le roi Mohammed VI, le directeur général de l’OMS mais aussi des téléphones algériens. Sollicitées par le Projet Pegasus, les autorités marocaines nous ont dit ne pas comprendre quel était le sens de notre enquête, ajoutant qu’Amnesty International n’avait jamais été en mesure de prouver que les attaques du logiciel venaient du Maroc.

Le Premier ministre pakistanais, Imran Khan, a lui été ciblé par le client indien de NSO. 

L'opérateur rwandais de Pegasus a pour sa part visé les chefs d’État sud-africain, burundais et ougandais.

Enfin, les Premiers ministres irakien et libanais, ont été ciblés par deux opérateurs apparemment du Golfe, l’un visant majoritairement des téléphones émiratis, et l’autre des numéros essentiellement saoudiens.
 

Avec la collaboration de Fiona Moghaddam