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Pegasus : en Hongrie aussi, des journalistes, militants et hommes d’affaires visés par le logiciel espion

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Lors de la rencontre entre Benjamin Netanyahu et Viktor Orbán à Budapest en Hongrie, le 18 juillet 2017
Lors de la rencontre entre Benjamin Netanyahu et Viktor Orbán à Budapest en Hongrie, le 18 juillet 2017
© AFP - Karoly Arvai / Bureau du Premier ministre hongrois / Pool

Projet Pegasus. Pays membre de l’Union européenne, la Hongrie aussi a sélectionné comme cibles du logiciel espion Pegasus des membres de la société civile, notamment des journalistes, des militants et un patron de presse. Révélations de Forbidden Stories et de ses partenaires, dont Radio France.

La Hongrie, pays membre de l’Union européenne, fait partie des États qui a utilisé le logiciel espion Pegasus de la société israélienne NSO. Des membres de la société civile ont été visés, notamment des journalistes, de militants et un patron de presse. C’est ce qu’a découvert le consortium de journalistes dont fait partie Radio France, dans le cadre du Projet Pegasus

Est-ce là que tout s’est joué ? En juillet 2017, Benjamin Netanyahu, alors Premier ministre d’Israël, se rend à Budapest pour y rencontrer son ami Viktor Orbán. Cette visite d’État attire l’attention. Jamais depuis vingt-huit ans, un Premier ministre hébreu ne s’était rendu en Hongrie. Les deux hommes, qui de toute évidence s’apprécient, ont-ils évoqué une possible acquisition du logiciel espion Pegasus, commercialisé par NSO sous licence israélienne ? Rien n’a fuité de leurs entretiens. Mais il semble qu’il y a eu là un embryon de coopération en matière de sécurité qui se concrétisera sept mois plus tard. Le 13 février 2018, Jozsef Czukor, le conseiller aux Affaires étrangères de Viktor Orbán se rend en Israël, où il rencontre, lui aussi, Benjamin Netanyahu.

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Un patron de presse ciblé

Zoltan Varga est le patron du grand groupe de médias indépendants en Hongrie, Central Media Group
Zoltan Varga est le patron du grand groupe de médias indépendants en Hongrie, Central Media Group
- © Central Media Group

Peu de temps après, en juin 2018, soit deux mois après la réélection de Viktor Orbán à la tête du pays, le numéro de téléphone de Zoltan Varga figure dans la liste des cibles sélectionnées pour une attaque de Pegasus par le client hongrois de NSO. Zoltan Varga est un homme d’affaires qui possède Central Media Group, un grand groupe de médias indépendants en Hongrie et qui contrôle notamment le plus grand site d’information du pays, 24.hu. Son numéro de téléphone apparaîtra peu après qu’il a organisé à son domicile près de Budapest un dîner auquel sept convives ont participé. 

Ce soir-là, il est question de la création d’un institut d’étude sur la corruption. Évoquant la dégradation de la situation dans le pays, Zoltan Varga a récemment raconté à des membres de notre consortium : "Tout le monde avait une idée autour de la table. C’était un dîner entre amis. Pas un coup d’État. Si cela avait été très sensible, je ne l’aurais pas organisé à mon domicile." Le patron de presse se souvient cependant que, lors de cette soirée, "tout le monde avait son téléphone avec lui". Or peu après, les numéros de téléphone de l’ensemble des convives sont sélectionnés sur la liste des cibles potentielles de Pegasus.

Quelque temps plus tard, Zoltan Varga s’est senti observé. À l’époque, il s’inquiète d’autant plus qu’un proche du pouvoir lui recommande d’être prudent, en lui disant : "Je sais que vous avez eu ce dîner. C’est dangereux. Vous ne devriez pas le faire." 

D’autres journalistes espionnés

De toute évidence, la Hongrie s’est donc dotée de Pegasus, un outil d’espionnage extrêmement sophistiqué sur lequel elle n’a jamais communiqué jusqu’ici. C’est ce qu’a démontré le consortium de journalistes créé par Forbidden Stories, avec la cellule investigation de Radio France, pour enquêter sur le logiciel espion de la société NSO. Car Zoltan Varga n’est pas le seul Hongrois à figurer parmi les personnes qui ont attiré l’attention de Pegasus.

Parmi les 300 numéros de téléphone que nous avons identifiés, au moins cinq journalistes ont aussi été sélectionnés comme cibles. Deux d’entre eux travaillent pour le site d’investigation Direkt36. Un média qui a conduit des enquêtes embarrassantes pour le pouvoir, notamment sur la manière dont des proches du Premier ministre Viktor Orbán se sont enrichis.

Après expertise, le Security Lab d’Amnesty, qui a offert son concours technique à cette enquête, a pu établir que le téléphone de l’un d’entre eux, Szabolcs Panyi, avait effectivement été attaqué par le logiciel espion entre avril et décembre 2019, période pendant laquelle il enquêtait sur l’installation à Budapest de la banque russe d’investissement. 

Enfin, autre personne dont le numéro a été sélectionné : Adrien Beauduin. Ce Belgo-Canadien a été arrêté lors d’une manifestation contre le pouvoir en décembre 2018. Quelques jours après, son numéro est rentré dans la liste des cibles hongroises. Et là encore, le Security Lab d’Amnesty a pu détecter des traces de tentatives d’intrusion, sans pouvoir cependant préciser si l’attaque avait réussi ou non.

Preuve en tout cas est faite que des numéros de téléphones de civils, qui n’ont rien de criminels, sont entrés dans un système qui peut être activé pour les espionner, dans un pays membre de l’Union européenne. Interrogée au cours de notre enquête, Judith Varga, la ministre de la Justice hongroise a soutenu qu’en Hongrie "les écoutes ne sont autorisées que selon des critères conformes à la loi"

Avec la collaboration de Fiona Moghaddam

7 min
30 min