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Pénélope Bagieu : « Le combat des "Culottées" n’est absolument pas terminé »

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Pénélope Bagieu, le 4 avril 2012
Pénélope Bagieu, le 4 avril 2012
© AFP - Patrick Fouque

La dessinatrice Pénélope Bagieu a été récompensée par le prix Eisner au prestigieux festival californien Comic Con, pour son best-seller "Les Culottées", série de portraits de femmes historiques. Elle était venue parler de son travail sur France Culture.

Nommée dans la catégorie "meilleure édition américaine" d'un ouvrage international, l'autrice de bande dessinée Pénélope Bagieu s'est vu remettre le 20 juillet un prix Eisner. C'est son best-seller Les Culottées - Des femmes qui ne font que ce qu'elles veulent, qui a séduit le jury du festival  Comic-Con de San Diego, en Californie, le plus important festival de pop culture au monde. Il faut dire que les deux tomes des Culottées connaissent depuis leur parution (d'abord sur un blog hébergé par lemonde.fr, puis chez Gallimard, en 2016 et 2017) un succès qui ne se dément pas, avec plus de 350 000 exemplaires vendus et une traduction en 17 langues.

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Au-delà des sempiternels mêmes modèles féminins, faire sortir de l'ombre d'autres femmes admirables

Le but de cette bande dessinée ? Retracer l'histoire et le destin de femmes ayant "fait voler en éclat les préjugés" (3-4 planches minimum pour chaque femme), comme la femme à barbe Clémentine Delait, l'"actrice terrifiante" Margaret Hamilton, l'exploratrice Delia Akeley, ou encore la gardienne de phare Georgina Reid.

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A propos de Clémentine Delait, la dessinatrice avouait dans "Mauvais Genres" en 2016 sa fascination pour ce personnage qu'elle avait particulièrement aimé dessiner :

Elle va vite devenir un modèle, la mascotte des Poilus. Elle va se travestir, ce qui était interdit à l'époque. C'est une femme très impressionnante. Les gens sont avides des photos de Clémentine et les têtes couronnées d'Europe vont la recevoir. C'était un plaisir de dessiner des belles courbes, cette belle barbe, ce corps...

29 min

"On brandit toujours quelques exemples auxquels s’accrocher de femmes qui ont réussi à faire des choses, mais ce sont toujours un peu les mêmes… très bien, tant mieux. Mais c’est important de montrer des femmes qui ont réussi à s’accomplir dans des champs d’action parfois mineurs, mais selon leurs objectifs et en partant d’un point de départ qui n’était pas forcément le plus opportun" témoignait encore Pénélope Bagieu dans l'émission "Rue des écoles" cette fois, en janvier 2018.

Et Pénélope Bagieu de citer par exemple l'histoire de Nellie Bly, pour qui elle a une affection particulière. Raison pour laquelle cette pionnière du journalisme d'investigation, qui avait réalisé avec succès un tour du monde en 72 jours pour damer le pion à Phileas Fogg, se trouve en bonne place dans la galerie des "Culottées". Pénélope Bagieu :

Elle a été élevée par une mère célibataire avec plusieurs enfants, et venait d’un milieu ouvrier, prolétaire. Elle avait été obligée de travailler très tôt pour pouvoir aider sa mère et s’est retrouvée à pouvoir apprendre l’un des seuls métiers autorisés à l’époque pour les jeunes filles : institutrice. Faute de moyens elle a dû arrêter sa formation à 14 ans. Un jour elle a été très agacée par une tribune dans un journal qui expliquait que la place des femmes était à la maison, et elle s’est découvert une plume, une verve, une rage, qu’elle a mise à profit en choisissant de montrer la vie des gens dont on ne parlait jamais : le prolétariat, les grévistes, les personnes souffrant de troubles psychiatriques… Elle était une femme, ce qui était le pire des handicaps pour être journaliste, et en plus de ça, elle ne venait pas du tout d’un milieu aisé, éduqué.

 Nellie Bly vers 1890
Nellie Bly vers 1890
- H. J. Myers

Faire oeuvre d'éducation ?

A une question que Louise Tourret lui posait dans cette même émission, Pénélope Bagieu espérait que son travail soit un pas vers une éducation plus paritaire : "Dans la mesure où je ne suis ni journaliste, ni historienne et que je raconte des histoires, dans la mesure où ce sont toutes des histoires très brèves, elles font 5 à 6 pages, l’idée c’est de les présenter et de créer un étonnement en faisant prendre conscience qu’on n’avait jamais entendu parler de ces femmes-là avant. L’idée c’est que derrière, les lectrices et lecteurs disent : “J’ai envie d’en savoir plus !” (...) Mais moi mon travail s’arrête sur le pas de la porte."

59 min

Elle soulignait aussi le fait que pour les femmes, il était toujours plus difficile, voire "deux fois plus difficile" de tirer leur épingle du jeu et d'assumer un destin hors du commun, que pour leurs équivalents masculins :

Elles devaient commencer par déjà se défaire des présupposés de leurs parents, de l’école, d’un mari… avant de commencer le même combat que les hommes, elles devaient mener un premier combat pour la légitimité, la crédibilité… Typiquement, on peut citer Hedy Lamarr qui était “trop belle pour être intelligente".

Et même si les temps changent et que l'éducation vient rebattre les cartes pour les femmes, pour le meilleur, Pénélope Bagieu rappelait aussi à quel point ces luttes pour un monde plus égalitaire n'étaient jamais acquises, fragilisées par le moindre contexte politique mouvant, et combien son travail l'avait rendue lucide sur ce sujet :

Raconter une lutte dans son ensemble, ça permet aussi de voir à quel point elles sont toujours changeantes, notamment pour ce qui est de la contraception ou de l’avortement. C’est intéressant de voir le cheminement de ce type de lois qui non seulement ne sont pas tombées du ciel, mais sont toujours changeantes, on le voit bien. (...) Tous les combats des femmes que j’ai choisi de représenter dans "Les Culottées", c’est parce que je trouvais qu’ils avaient tous un écho actuel. Le combat de ces femmes n’est absolument pas terminé.