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Peter Brook : "Dans certaines circonstances, je me sens très anglais, profondément"

Peter Brook au Théâtre des Bouffes du Nord le 27 février 2018.
Peter Brook au Théâtre des Bouffes du Nord le 27 février 2018.
© AFP - Lionel Bonaventure

1990. Peter Brook est l'invité du "Bon plaisir" en 1990. En voici un extrait où il raconte son histoire familiale, comment il a choisi le théâtre et comment la France l'a choisi.

Dans l'émission "Le Bon plaisir", le metteur en scène Peter Brook se lance dans un long entretien où il dit refuser à tout prix de "s'accrocher à ce qu'[il] a dit dans le passé". Il estime que les contradictions sont forcément présentes dans la vie et en faisant "une addition totale des contradictions, on arrive à une certaine vérité".

Extrait de l'émission "Le bon plaisir" avec Peter Brook sur France Culture. Diffusion du 06/10/1990.

22 min

L'homme de théâtre raconte son histoire familiale. "On était à la fois protégés par nos parents et stimulés à être ouverts et actifs dans toutes les directions", dit-il au sujet de son frère et de lui. Il aurait du devenir avocat selon le désir paternel mais il a quitté "subitement" l'école pour le cinéma à l'âge de 16 ans, avant de rentrer à l’université mais tout en continuant à s'intéresser au théâtre et au cinéma.

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Cet intérêt pour le théâtre et le cinéma au début était un intérêt sensoriel, sensuel et existentiel. J'aimais cette vie et je voulais vivre toutes les expériences, les plus diverses, dans toutes les directions, les absorber, et en même temps les rendre sous une certaine forme, payer ma dette en les donnant aux autres à travers cette forme artistique.

A la question de savoir où il se sent chez lui, de quelle nationalité serait son âme, "la réponse est fluctuante" lui semble-t-il. Et à savoir pour quelle raison il a fini par s’installer en France, il répond sans hésiter "c'est le destin" et s'en explique.

Je crois beaucoup au destin. La vraie raison, on n'arrive jamais à la trouver mais finalement derrière tout ce qu'on croît être les décisions rationnelles, on est poussé par autre chose et le destin on le comprend, comme ils le disent dans toutes les tragédies grecques, au dernier moment de sa vie. On voit qu'à ce moment-là c'était inévitable que le chemin toute ta vie t'amène à ce point-là.

Il conclut ce premier moment de l'entretien par une réflexion sur la beauté. Il estime qu'il y a une différence "d'ambiance" entre l'Angleterre et la France.

En France, où il y a un pessimisme, un cynisme, un côté désabusé qui a toujours existé, la France jusqu'à aujourd'hui n'a pas encore heureusement nié l'existence de quelque chose qu'on puisse apercevoir à travers la beauté. Par exemple, la beauté n'est pas un facteur qui scandalise les Français, dont on se moque, la sensibilité non plus. En Angleterre, au contraire, même la beauté dans une image crée une ambiance de méfiance.

  • "Le bon plaisir"
  • Première diffusion le 06/10/1990
  • Producteur : Béatrice Clerc
  • Réalisation : Pamela Doussaud
  • Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France
  • Archive INA - Radio France