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Peter Brook sur son expérience africaine : " Chaque forme de théâtre limite son public"

Portrait de Peter Brook en 1974.
Portrait de Peter Brook en 1974.
© AFP - Laszlo Ruszka / Ina

1974. Peter Brook revient d'un voyage de plusieurs mois en Afrique. Il est l'invité de l'émission "Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault reçoivent" en 1974. L'occasion pour le metteur en scène de livrer ses impressions sur le public des villages africains et sur le courage de la vraie improvisation.

Le metteur en scène Peter Brook est reçu par Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud en 1974, dans une "véritable et authentique intimité" car ils se connaissent "de toute éternité".

Peter Brook explique les principes de son voyage de plusieurs mois en Afrique dans le cadre de sa recherche sur le théâtre. Il voulait vivre une expérience vraie de représentation théâtrale dans les villages, en toute liberté, "dans la brousse". "Les meilleures expériences c'est quand on pouvait laisser tomber entièrement tout ce qu'on savait" insiste-t-il.

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Tout ce qu'on préparait était la possibilité d'improviser. On cherchait à être toujours dans un certain état, à être prêt. Prêt à aborder l'inconnu avec l'invention, la fantaisie, la musique, la danse, le mouvement. Le spectacle était donc une conversation. Et bien entendu on ne savait pas de quelle manière cette conversation entre nous allait démarrer. Il suffit d'un rien et chaque personne en parlant, témoigne. On cherchait à faire du théâtre de cette manière.

Peter Brook dans l'émission "Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault reçoivent" du 01 février 1974 sur France Culture. (extrait)

20 min

On arrivait dans un village, notre but n'était pas d'imposer quelque chose conçu à plusieurs milliers de kilomètres. Comment on peut à Paris dans une salle de répétition prévoir la nature des rapports. On savait très bien , et c'est toujours la même expérience comique, que si tu parles avec des spécialistes, ils donnent des informations et des avis complètement aberrants. La réalité n'a rien à voir. Mais c'est comme ça, personne ne peut prévoir la réalité.

Peter Brook insiste sur la nécessité de ce voyage pour son travail créatif.

On fait partie d'un certain milieu. En faisant partie d'un certain milieu, il est indispensable de sortir, de ne pas rester dans une cellule, autant que dans une famille. Ce n'est pas bon pour tout le monde de se voir tout le temps. Il faut sortir, autrement il n'y a pas la nourriture. Mais aussi il faut revenir. J'appartiens à la ville.

Sur la question de son retour en Europe et en ville, le metteur en scène est très honnête :

Ce serait maintenant très artificiel de m'installer au Dahomey avec une espèce d'attitude sentimentale. C'est vrai que j'aime mieux le public africain, que tout le public que j'ai vu dans les villes. Je l'aime mieux pour des raisons concrètes. [...] Le public respire une santé qui n'existe pas dans d'autres conditions. Mais moi j'appartiens à la ville, à une société malsaine, donc finalement c'est là où il faut travailler !

  • "Madeleine Renaud et Jean-Louis Barrault reçoivent"
  • Première diffusion le 01/02/1974
  • Producteur : Patrice Galbeau
  • Réalisation : Guy Delaunay
  • Indexation web : Odile Dereuddre, de la Documentation de Radio France
  • Archive INA - Radio France