Trump, Duterte et Bolsonaro
Trump, Duterte et Bolsonaro

Petit précis de rhétorique populiste

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Petit précis de rhétorique populiste, avec Barbara Cassin

Par

philosophie | Trump, Bolsonaro, Duterte, Orban, Salvini... : leurs discours présentent des similitudes qui permettent de les rassembler sous une même bannière. Une rhétorique analysée par la philosophe Barbara Cassin en cinq points, d'un champ lexical commun aux figures de style les plus usitées.

Barbara Cassin est l'auteure de "Quand dire, c'est faire" (Fayard, 2018). Philologue et philosophe, académicienne, médaille d'or du CNRS en 2018, elle analyse la portée performative du discours. Elle met en exergue les ressorts essentiels de la rhétorique populiste, du vocabulaire employé au rythme en passant par la figure imposée de la métonymie.

"Qu’est-ce qu’on entend, quand on entend quelqu’un qu’on va dire populiste ?" 

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1-      Un rythme 

La rhétorique populiste est très singulière. Elle commence avec le ton de la voix, avec le rythme.
C’est vrai qu’on peut retrouver un rythme à la Hitler chez Trump, quand il martèle "You are the people. And we’re going from Washington to America."

Il s’agit au fond de dresser quelque chose comme le peuple, et cela avec le rythme, déjà, qui va l’entraîner, par-dessus tout, et le héros populiste est un héros rythmé, qui parle fort et se montre comme conducteur, comme "Führer", et à partir de là, le peuple va le suivre. 

2-       La répétition

Un certain nombre d’idées très brèves, qu’on martèle de manière très brève et très répétée, et ça va rentrer comme la méthode Coué.  

D’autant plus que ce sont des phrases qui viennent du peuple. Et les Grecs avaient un mot pour cela : la démagogie. 

3-      L’opposition

Il s’agit d’avoir un bouc émissaire. Ce qu’on entend dans la rhétorique populiste, mais c’est depuis toujours je crois, on entend la peur de l’autre, la peur de l’étranger. Nous, on est nous, nous le peuple.

On est contre des technocrates, des Juifs, des banquiers, des intérêts particuliers, et pour le peuple. 

Hitler a massacré trois millions de Juifs. Bon, il y a trois millions, c'est quoi, trois millions de drogués (aux Philippines). Je serais heureux de les massacrer. (Duterte, sept. 2016, Philippines)

4-       Le champ lexical : "sécurité", "nation"… 

Quand  on écoute les populistes aujourd’hui, ils ont fait un avec ce qu’ils appellent "le peuple", les aspirations du peuple. Quelles sont-elles ?
La sécurité, l’aspiration au bien-être, et puis  un ancrage dans quelque chose de l’ordre de la nation, qui n’est pas une nation au milieu des autres, mais une nation exclusive. 

"Deutschland über alles", ça c’était Hitler… 

M. Salvini, Italie, 2018 : "Le concept 'Les Italiens d’abord'"

D. Trump, Etats-Unis, 2018 : "America first! America first!"

J. Bolsonaro, Brésil, 2019 : "Le Brésil, au-dessus de tout, Dieu, au-dessus de tous"

5-       La métonymie (la partie pour le tout) 

Au fond, le populisme, c’est de faire prendre la partie pour le tout. Une partie du peuple, une partie du monde pour le tout, et satisfaire ses intérêts partiaux en faisant croire qu’ils sont généraux et universels. 

C’est peut-être ça le point le plus grave. 

Ce qu’il faut comprendre, c’est qu’en politique, comme dans d’autres domaines, par exemple en amour, les mots font les choses. Parler, c’est faire exister quelque chose. 

Quand on dit "je t’aime", quelque chose se produit de l’ordre de l’amour. 

En politique, réellement, le discours est une clause essentielle de réussite. Et de violence. 

Le Journal de la philo
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