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Petite histoire des avions présidentiels : Caravelle, Concorde, "Air Sarko One"

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Le président Georges Pompidou descend la passerelle du Concorde après son arrivée à Toulouse, en mai 1971
Le président Georges Pompidou descend la passerelle du Concorde après son arrivée à Toulouse, en mai 1971
© AFP - STF

Caravelle, Concorde, Airbus 330-200 et peut-être bientôt A319neo, peu importe l'avion dans lequel se trouve le président de la République française, le vol est toujours identifié Cotam Unité ou COTAM 0001. Histoire de présidents à 10 000 mètres d'altitude.

Le premier président français à s'envoler hors de métropole, dans l'exercice de ses fonctions, est Vincent Auriol, sous la IVe République. Nous sommes en 1947 et le chef de l'État se rend dans les territoires d'outre-mer. À cette époque, les dirigeants politiques français montent à bord d'avions américains (DC-3, DC-4) ou français (Languedoc, Armagnac).

Mais le premier aéronef présidentiel de l'histoire de France sera une Caravelle : la Caravelle III Principauté de Monaco, rachetée à Air France par l'Elysée en 1963. Y est aménagée une chambre avec un lit sur mesure. Elle comporte également "40 places passagers et son salon de 8 places au confort très... militaire", écrit l'association "Caravelle de Gaulle", qui se préoccupe encore aujourd'hui de sauvegarder l'appareil.

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Le nez de la Caravelle utilisée par le Général de Gaulle (ici, sur le tarmac du Bourget le 23 mars 2009)
Le nez de la Caravelle utilisée par le Général de Gaulle (ici, sur le tarmac du Bourget le 23 mars 2009)
© AFP - ERIC PIERMONT / AFP

De Gaulle était fier de la "rapide, la sûre, la douce" Caravelle. Il réalise son premier voyage officiel à bord de cet avion le 3 juin 1958, en direction d'Alger, où il prononcera la phrase restée célèbre "Je vous ai compris !". Il agit de fait avec cet avion d'avant-garde comme un VRP de l'industrie française. Il s'en sert pour tous ses déplacements à l'étranger, y compris pour un voyage de plus de trois semaines en Amérique latine en 1964. Contraint de se rendre jusqu'à Mexico à bord d'un long-courrier, un Boeing 707, de Gaulle préfère poser l'appareil de fabrication américaine à Mérida, 200 kilomètres avant l'arrivée, et remonter à bord de sa Caravelle partie bien avant lui en faisant plusieurs escales via l'Islande. Du haut de son 1,96 m, il en appréciait le silence et le confort, le fait de pouvoir s'y tenir debout avec ou sans képi et de pouvoir sortir de l'appareil par la large porte arrière sans avoir à baisser la tête. 

À lire : Le b.a.-ba des voyages officiels

Puis vint le Concorde

Georges Pompidou va utiliser l'avion supersonique dans une version prototype dès le 7 mai 1971 pour un vol intérieur jusqu'à Toulouse, pendant lequel il accorde une interview à la radio France Inter. "Je suis dans un laboratoire, j'ai confiance en l'avenir de Concorde, je le montre en montant à bord", déclare-t-il. 

Valéry Giscard d'Estaing, alors ministre des Finances, l'avait précédé un an et demi plus tôt, le 29 novembre 1969, pour un vol d'essai à bord du Concorde.

Voyager à plus de 2 000 km/h deviendra une habitude pour François Mitterrand de 1981 à 1995. Celui-ci s'en sert pour les déplacements les plus lointains. Avec deux Concorde empruntés sur la flotte d'Air France (un second en cas d'avarie sur le premier) et équipé à chaque fois d'un "kit présidentiel", comme il existait un "kit papal" pour le supersonique, raconte Michel Polacco dans l'ouvrage "Concorde" (Ed. Le Cherche-Midi). 

À l'avant de l'appareil, ce kit présidentiel permet l'installation d'une chambre à coucher, d'un salon et d'un bureau servant d'espace de travail ! Une photocopieuse et un fax prenaient place à l'arrière. Chaque avion utilisé par les présidents de la République française (DC-8, Concorde, A310, A340) disposait de ces aménagements ad-hoc.

Les Airbus A319 et l'"Air Sarko One"

En 2000, en pleine cohabitation, le président Jacques Chirac et son Premier ministre Lionel Jospin réclament l'acquisition de deux nouveaux appareils : la flotte présidentielle a vieilli et, après le crash du 25 juillet, il faut pallier la future absence du Concorde. La France se dote donc de deux Airbus A319 CJ, que les militaires de la base aérienne de Villacoublay surnommeront "Chirac" et "Jospin".

Puis, l'arrivée de Nicolas Sarkozy à l'Elysée se traduit par un important renouvellement de la flotte mise à la disposition du président de la République. Arrivent ainsi en 2009-2010 deux Falcon 7X pour un coût total de 100 millions d'euros, ainsi que l'A330-200, qui sera surnommé par la presse "Air Sarko One", en référence à l'Air Force One du président des États-Unis. 

L'Elysée justifie l'acquisition de ce gros porteur par l'âge des A319, leur coût de maintenance élevé, leur faible rayon d'action (6 500 km) qui impose à chaque fois de longues escales techniques. L'intérieur des appareils ne serait pas non plus adapté : pour faire de la place au kérosène ainsi qu'à l'espace privé présidentiel (chambre-salle de bain), le nombre de sièges et l'espace de travail ont été réduits au minimum. 

Acheté d'occasion 50 millions d'euros hors taxe, l'A330 présidentiel connaîtra de coûteux aménagements, détaillés par un rapport de la Cour des comptes. Systèmes de communications (20,5 millions d'euros), nouveaux moteurs (23 millions), rideaux motorisés (300 000 euros). Des fours spéciaux permettant de griller les aliments et non plus uniquement de les réchauffer ont été installés pour 75 000 euros. Les deux A319 finiront par être vendus au Sénégal et à une société singapourienne. 

Le nouvel A330 présidentiel emmène Nicolas Sarkozy et Carla Bruni à Bengalore, le 4 décembre 2010.
Le nouvel A330 présidentiel emmène Nicolas Sarkozy et Carla Bruni à Bengalore, le 4 décembre 2010.
© AFP - Philippe Wojazer

En février 2016, l'appareil joue un tour au locataire de l'Élysée. Alors que François Hollande est en tournée en Amérique latine et s'apprête à s'envoler pour l'Argentine, l'Airbus tombe en panne sur le tarmac de Lima, au Pérou. La délégation française finit par embarquer à bord d'un Falcon gouvernemental prévu à cet effet.

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"Stand by"

Comme Nicolas Sarkozy avant lui, une fois élu à la présidence de la République, Emmanuel Macron souhaite à son tour l'acquisition d'un nouvel aéronef : un Airbus A319neo, d'une valeur estimée entre 130 et 150 millions d'euros, financé sur le budget des armées, selon La Tribune. La commande aurait dû être passée avant Noël 2017. L'Élysée sera néanmoins contrainte de donner un coup de frein au projet, en raison de la polémique autour du vol Tokyo-Paris d'Edouard Philippe. Pour assurer le retour d'un voyage officiel en Nouvelle-Calédonie début décembre, plutôt que d'emprunter l'avion militaire mis à sa disposition, Matignon a fait affréter un avion privé de luxe pour un montant de 350 000 euros. Raison invoquée : gagner deux heures, et voyager dans de meilleures conditions de confort. À la suite de cet épisode, la Présidence fit savoir que le projet d'acquisition de l'Airbus A319néo est en "stand by". 

Emmanuel Macron à bord d'un Falcon 7X de la République française (ici, sur le tarmac de Niamey au Niger le 22 décembre 2017)
Emmanuel Macron à bord d'un Falcon 7X de la République française (ici, sur le tarmac de Niamey au Niger le 22 décembre 2017)
© AFP - LUDOVIC MARIN