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Petite histoire des plans de rigueur

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Le plan d'économies de Manuel Valls, présenté ce mardi devant l'Assemblée nationale, est-il inédit ? 50 milliards d’euros d’économies, « ça n’a jamais été fait ! » avait lancé, bravache, François Hollande lors de sa conférence de presse du 16 janvier 2014. Depuis le plan Barre en 1976, au moins quatre grands programmes de rigueur – ou « d’économies », c'est selon – ont été menés. Historique d’un « appel à l’effort » récurrent.

Allocution télévisée de Raymond Barre, le 22 septembre 1976
Allocution télévisée de Raymond Barre, le 22 septembre 1976
- Capture d'écran

**Septembre 1976 – Le plan Barre. ** « La France vit au dessus de ses moyens ». L’expression semble aujourd'hui devenue l’un des poncifs politiques les plus courants. C’est déjà ainsi, le 22 septembre 1976, que Raymond Barre introduit la présentation de son plan, un mois après avoir été nommé premier ministre. Mais le « meilleur économiste de France » (Valéry Giscard d’Estaing dixit) ajoute : « Le crédit est distribué d’une manière trop abondante. (…) Les rémunérations progressent trop vite en France ». Ce sont les fondements de ce plan « Barre » : lutter contre l’inflation galopante, qui entraîne avec elle la hausse des salaires (ils sont indexés) et amoindrit la compétitivité de la France.

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**Les mesures. ** Blocage temporaire des prix, hausse de la vignette automobile et des taxes sur le carburant (+15 %) et l’alcool (+ 10%), augmentation de l’impôt sur le revenu de 4 à 8 points (selon les seuils)…

Imposée par la première crise pétrolière, la « potion » de Raymond Barre est amère : entre 1975 et 1979, le taux de prélèvements obligatoires augmente de dix points, à 39,4%.

« Ce plan utilise d’abord l’arme fiscale, note l’historien Jean Garrigues. L’idée est davantage la hausse des recettes que la baisse drastique des dépenses de l’Etat ».

**Mars 1983 – « Tournant » de la rigueur. ** Après une défaite massive aux élections municipales, le gouvernement socialiste rompt avec la politique de relance et de soutien au revenu initiée en 1981. L’évolution était en fait déjà entamée depuis plusieurs mois. « Si aujourd’hui je demande à la nation toute entière d’accepter la rigueur de l’effort, ce ne sera que si nous sommes en même temps capables de corriger les injustices » explique François Mitterrand en septembre 1982. Le pays compte 1,7 million de demandeurs d'emplois, l'inflation progresse de 14 % par an et le commerce extérieur chute (son déficit passe de 0,8% à 2,1% du PIB en 1982).

Les mesures. Hausse du prix de l'énergie, de la vignette, emprunt forcé pour les plus hauts revenus, hausses de salaires limitées à 8% (ce qui entraîne une perte de pouvoir d’achat, en raison de l’inflation)

L'ensemble des ponctions est estimé à 2% du PIB de l'époque, soit l'équivalent de 11 milliards d'euros. « C’est sans conteste le plan de rigueur qui se rapproche le plus du plan Valls, commente Jean Garrigues. Pour autant, il est là encore centré sur l’accroissement des recettes (emprunt forcé, impôt renforcé pour les plus riches, vignette...), et non sur des économies budgétaires ».

Automne 1995 – Alain Juppé : Missionné par Jacques Chirac pour conduire la France vers les critères de Maastricht (déficit public inférieur à 3% du PIB, dette publique inférieure à 60% du PIB), le premier ministre Juppé s'attaque au déficit de la Sécurité sociale.

Les mesures. Gel des prestations sociales pendant un an, augmentation de 40 milliards de francs (8 milliards d’euros) des impôts et des taxes, création de la CRDS. En deux ans (1995 - 97), le taux de prélèvements obligatoires augmente de 3,6 %.

**Août 2011 : Fillon 1 (7 milliards d’euros), puis Fillon 2 en novembre 2011 (11,6 milliards d’euros). ** « Ce n'est pas une crise de l'euro, c'est une crise du surendettement » :Nicolas Sarkozy charge son premier ministre d'apurer les comptes de l'Etat, mis à mal par la loi Tepa du début de quinquennat et par les moindres rentrées fiscales liées à la crise.

**Les mesures. ** Désindexation des allocations familiales et aides au logement, barème de l’impôt sur le revenu gelé. Taxes sur les boissons sucrées, les mutuelles, nouveau taux de TVA à 7%. Le cadrage du budget s’annonce comme « le plus difficile du quinquennat », selon le ministre de l’Economie François Baroin.

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**Avril 2014 - Le plan Valls. ** Un plan d'économies qui doit permettre de supprimer les cotisations des entreprises pour la politique familiale, ainsi que de diminuer les cotisations des salariés touchant jusqu'à 1,3 smic. Voici le détail des économies attendues :

Le programme de stabilité Valls
Le programme de stabilité Valls
© Radio France

50 milliards d'économies, "ça n'a jamais été fait" , expliquait donc François Hollande. Si le plan Valls a un aspect inédit, c'est effectivement qu'il privilégie les réductions de dépenses, et qu'il concerne simultanément plusieurs fronts de la dépense publique : 18 milliards d'euros d'économies pour l'Etat, 11 pour les collectivités locales, 10 pour l'Assurance maladie.

Dominique Paillé , ancien porte-parole de l’UMP (de 2008 à 2011), ne dit pas autre chose sur Twitter :

« Certains à droite juge (sic) le pacte insuffisant. Soit mais qu’avons-nous fait au pouvoir d’aussi fort sur la dépense publique » ?

« Le plan Valls effectivement inédit en matière de réduction de la dépense publique. 50 milliards d'économies, c'est un effort historique, au sens premier du terme , selon Jean Garrigues. Encore faut-il maintenant déterminer, secteur par secteur, le détail des coupes, et plus compliqué... les appliquer. »