Peut-on attraper le Covid-19 une deuxième fois ?

Peut-on attraper le Covid-19 une deuxième fois ?
Peut-on attraper le Covid-19 une deuxième fois ?

Covid-19 : peut-on l'attraper une deuxième fois ?

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Peut-on attraper le Covid-19 une deuxième fois ?

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Peut-on guérir du Covid-19 et retomber malade juste après ? C'est la question au cœur des Idées Claires, notre programme hebdomadaire produit par France Culture et franceinfo destiné à lutter contre les désordres de l'information, des fake news aux idées reçues.

Plusieurs cas de patients guéris du Covid-19 et diagnostiqués positifs peu après ont été signalés à travers le monde, depuis le début de la pandémie. S'agit-il d'une rechute ou d'une nouvelle infection ? Ces cas interrogent la communauté scientifique et remettent en cause les stratégies des États qui misent sur une immunité collective dans les prochains mois.

Pour faire le point sur cette question, nous avons demandé à Yves Gaudin, virologue, directeur de recherche au CNRS.

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Peut-on attraper le Covid-19 une deuxième fois ?

Yves Gaudin : "Ce qu’on a vu ,essentiellement c’est ce qu’on appelle des rechutes, très probablement. Ce sont des gens que l’on pensait guéris, les tests ne détectaient plus le virus mais ils devaient encore porter un peu de virus et donc, peut-être parce qu’ils étaient fatigués, ils ont fait une rechute. C’est connu pour d’autres maladies, le virus n’était pas complètement éliminé et on redémarre la maladie."  

Combien de temps dure l’immunité au virus ?

Yves Gaudin : "On n’a pas suffisamment de recul, l’épidémie n’existe que depuis 4 ou 5 mois sur la planète. On pense que les gens ont, au moins temporairement, une réponse anticorps qui va les protéger quelques mois au moins.  

Bien sûr, parce qu’on n’est pas tous égaux génétiquement, parce que parfois on peut être guéri sans avoir monté une réponse anticorps efficace, il y aura peut-être quelques réinfections. Mais sur ce type de maladie on s’attend quand même à une protection de quelques mois minimum."

Peut-on guérir et retomber malade au premier contact avec le virus ?

Yves Gaudin : "C’est peu probable dans le cas de cette maladie, puisqu’on sait que les patients guéris ont des anticorps neutralisants, c’est-à-dire qu’ils sont capables de neutraliser le virus.

Cela montre qu’il y a une immunité efficace. Mais ça, on l’a testé sur quelques patients, on s’attend aussi à ce que d’autres patients aient eu des réponses immunitaires moins efficaces. Ils ont peut-être moins d’anticorps et même peut-être pour certains, pas d’anticorps du tout. Mais pour ceux qui ont eu des formes sérieuses avec des symptômes, il y a de fortes chances pour qu’ils aient une réponse anticorps efficace.

Le Covid-19 va-t-il devenir aussi régulier qu’un rhume ?

Yves Gaudin : "Effectivement, les rhumes sont souvent causés par des coronavirus. Presque tous les ans vous finissez pas attraper un rhume, ce qui signifie que notre immunité n’est peut-être pas aussi efficace et si durable contre cette maladie.

Mais si on transforme, grâce à notre système immunitaire qui aurait appris à reconnaître le SARS-CoV-2, ce virus en un virus bénin qui ne donnera plus que des petits symptômes des voies respiratoires supérieures, on sera satisfait. Si on attrape un rhume induit par le SARS-CoV-2 dans quelques années, ce ne sera plus un problème.

En devenant plus fréquent, ce virus va-t-il devenir moins moins mortel dans le futur ?

Yves Gaudin : "Dans l’année qui vient, probablement pas. Ce qui va se passer avec ce virus, c’est qu’une réponse immunitaire va se monter dans la population donc déjà, le virus se propagera moins efficacement. Les gens qui auront eu cette réponse immunitaire, même s’ils peuvent retomber malades, ils retomberont peut-être moins malades.

Par ailleurs, on voit que quand un virus s’installe de manière durable dans une espèce, pas seulement chez l’homme, mais chez tous les mammifères, on constate que ce virus va vers une atténuation. Le virus n’a pas pour objectif de tuer son hôte. Il a pour objectif de se propager le plus efficacement possible, et ça peut être complètement indépendant de sa létalité.

Qu’est-ce que la “réactivation virale” dont on  parle en Corée du Sud ?

Yves Gaudin : "C’est la rechute. Le virus n’avait pas été complètement éliminé, il était à très bas bruit dans l’organisme et le virus ressort
parce que vous êtes fatigué, parce que votre système immunitaire est un peu plus faible ou que vous subissez un stress. C’est très classique, on est tous exposés à des maladies.

Pour le fameux virus de l’herpès simplex de type 1 qui vous fait un bouton de fièvre, on sait qu’on est contaminé une fois et que le virus reste dans l’organisme tout au long de votre vie, sans se manifester, ça ne pose aucun problème, sauf quand vous êtes fatigué, un peu stressé et là vous avez une poussée de boutons de fièvre.

Ce n’est pas une nouvelle infection, c’est le virus qui est resté en dormant dans certains neurones de votre organisme, qui ressort à cette occasion.

Les coronavirus peuvent-ils constituer des réservoirs viraux comme l’hépatite C ?

Yves Gaudin : "Chez les coronavirus humains,, non, on les élimine à la fin du rhume en général. Celui-là on pense que c’est pareil, les patients qui sont guéris, ils n’ont plus de charge virale.

Ce qui pourrait arriver, ce sont des traces toutes petites qui resteraient dans certains types cellulaires.

C’est probablement ce qui s’est passé dans les cas de Corée du Sud, où les patients ont fait une rechute parce que le virus n’avait pas été complètement éliminé.  

Attention, la façon dont on détecte le virus avec les écouvillons, c’est dans le nez, donc si le virus n’est plus localisé dans votre nez, évidemment, vous n’allez pas le trouver.

Si l’immunité est très courte, le vaccin sera-t-il quand même utile ?

Yves Gaudin : "Dans le cas de la grippe, on a une immunité relativement courte, puisque tous les ans, on doit reformuler le vaccin. Donc on pourrait arriver à un schéma de ce type-là si le virus évolue, échappe à la réponse immunitaire de la population. Donc il faudrait modifier le vaccin, ce sont des possibilités à envisager.

Mais on n’a jamais fait un vaccin humain contre les coronavirus humains, on a seulement des vaccins de type vétérinaires. Les règles de mise sur le marché ne sont pas du tout aussi strictes que celles qu’il faut pour un vaccin humain. Ce virus n’a pas fini de nous réserver des surprises, y compris au niveau de l’immunité.

Quand sera-t-on fixé sur l’immunité acquise ?

Yves Gaudin : "On commencera à avoir des statistiques dès l’automne, là on verra si les gens qui ont eu un Covid-19 avéré vont être vraiment protégés ou si certains se réinfectent. Mais même quand vous vaccinez les gens, vous n’avez jamais 100% des gens qui sont protégés. Idem quand vous avez eu une maladie, il y a des gens pour qui le système immunitaire a moins répondu.

Mais, on souhaite surtout savoir si globalement on a cette protection chez les gens qui ont été contaminés, on ne le saura vraiment qu'à l’automne, quand arrivera éventuellement une deuxième vague."

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