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Peut-on vraiment couper Internet ?

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- Fotolia / Tomasz Zajda

Le mois dernier, pour éviter la fuite des sujets du bac sur le net, le gouvernement algérien a coupé l’ensemble du réseau internet du pays pendant plusieurs heures. Un phénomène loin d’être nouveau. Mais comment peut-on couper l’accès à Internet de tout un pays ? Peut-on vraiment éteindre Internet ?

Pour répondre à cette question, il faut déjà comprendre ce qu'est Internet : un réseau informatique mondial constitué d’une somme d’opérateurs autonomes, les fameux fournisseurs d’accès à Internet (FAI), qui communiquent entre eux grâce aux adresses IP (Internet Protocol). En France, ils sont nombreux : Free, Orange, SFR, Bouygues…

Mais dans certains pays, l’accès à Internet n’est fourni que par une seule entreprise. A partir de là, il est aisé pour un régime autoritaire de faire pression sur les opérateurs pour couper toute connexion à la population. Un black-out total qu’a subi l’Egypte en 2011. Mais les gouvernements ne sont pas toujours aussi sévères dans leur censure.

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Censurer seulement certains sites web

Dans le cas de l’Algérie, Jean-Marc Bourguignon, spécialiste en sécurité des communications et des données à Reporters sans frontières (RSF), rappelle que ce n’est pas à proprement parler Internet qui a été coupé mais un de ses services : le web. Souvent confondu, Internet et le World Wide Web n'ont pourtant rien à voir. Le premier représente l'ensemble du réseau, le second n'est qu'un service parmi d'autres (emails, messagerie instantanée...) accessible grâce à Internet.

Censurer uniquement certains sites web permet donc de ne pas affecter l’ensemble du réseau Internet en bloquant, sur simple demande aux opérateurs, les adresses IP des sites ciblés.

"Chaque opérateur a un serveur de noms de domaine, c’est-à-dire, une sorte d’annuaire qui rassemble toutes les adresses IP. A partir de là, il est facile pour un Etat autoritaire de supprimer une adresse IP de l’annuaire, comme on raye une ligne sur un cahier", explique Jean-Marc Bourguignon.

Les moyens de la censure - Jean-Marc Bourguignon, expert en sécurité informatique

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"Internet n’oublie jamais"

S’il est possible, de multiples façons, de censurer une partie du web, voire de couper le réseau Internet dans certains cas extrêmes, on ne peut pas "éteindre" Internet de façon définitive.

Jean-Marc Bourguignon l'affirme : "Même si un État intervient physiquement pour censurer un site, en saisissant directement un serveur et son disque dur, il y aura toujours quelqu’un, parmi les millions d’internautes, qui aura pu faire une copie. On dit souvent qu'Internet n'oublie jamais."

Certains activistes jouent sur ce principe de copies pour dissuader les autorités de supprimer une page ou un site entier. Ils choisissent des contenus qui sont censurés ou qui vont être retirés et  les dupliquent des centaines de fois à différents endroits sur Internet pour faire pression sur ceux qui veulent faire supprimer le lien. "Pour dire, si vous le retirez, ce sera pire », détaille Jean-Marc Bourguignon.

Sans compter aussi que certains sites comme Google ont des "caches", c’est-à-dire des espaces dédiés à la mémorisation des pages déjà visitées. Une version de la page visitée est enregistrée sous forme de fichiers temporaires sur l'ordinateur et sera présentée plus rapidement lors d'une prochaine visite. Le site archive.org s’est lui dédié à la sauvegarde de tout ce qui se passe sur le Net. Ce système permet de retrouver une page même si elle a été supprimée. La censure n'est donc pas vraiment efficace pour qui sait bien où chercher les informations sur le web.

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Le problème de la centralisation croissante d’Internet

Pour Jean-Marc Bourguignon, la façon dont se développe aujourd’hui Internet va à l’encontre de son modèle originel. Pensé comme un réseau décentralisé, la tendance est aujourd’hui inverse :

"Les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) sont dans une politique de centralisation et de monopole qui facilite le jeu des régimes qui veulent censurer Internet", analyse-t-il.

"La centralisation d'Internet facilite la censure"

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La clé, pour un réseau Internet intouchable c'est donc sa décentralisation et sa diversité. Ne pas conserver toutes les données sur un seul et même serveur. Ne pas s'en remettre à un seul fournisseur d'accès. L’entreprise Renesys, spécialisée dans la surveillance de l’état du réseau, a souligné dans une étude en 2012 que 40 fournisseurs différents opérant à l'international sont nécessaires pour qu'un pays soit considéré comme "résistant" au risque de censure. Pourtant, 133 des 196 pays du monde examiné par Renesys vivent avec un «risque grave» ou un «risque conséquent» d’être complètement coupés d’Internet.

Et si l'on devait tout réinventer d'Internet ? Réécoutez les Nouvelles vagues