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Philharmonie : en quête de l'acoustique absolue

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Après plus de cinq ans de chantier, envers et contre les nombreuses polémiques relatives à son financement (la dernière en date étant l'architecte Jean Nouvel boudant l'inauguration), la Philharmonie de Paris ouvre ses portes ce 14 janvier 2015. Toutes ces années auront-elles permis d'élaborer une salle disposant d'une acoustique qui soit une référence à l'international, sachant qu'il s'agit là d'une science complexe, faite de cubage, de modélisations informatiques, de conception de maquettes... ? Pour approfondir cette question de l'acoustique idéale, nous avons recueilli les premières impressions de ceux qui se sont rendus à la Philharmonie avant le gala d'ouverture, où ont résonné les notes de Borodine et Tchaïkovski sous la baguette de Paavo Järvi. Nous avons aussi interrogé un expert du son qui a suivi plusieurs chantiers récents de salles de concert.

Première répétition de l'Orchestre de Paris dans la grande salle de la Philarmonie - 12 janv. 2015 © Beaucardet
Première répétition de l'Orchestre de Paris dans la grande salle de la Philarmonie - 12 janv. 2015 © Beaucardet

Avec sa jauge de 3300 places, c'est une salle qui voudra se comparer aux plus grandes : le Concertgebouw d'Amsterdam, le Musikverein de Vienne, ou encore la Philharmonie de Berlin… Ces salles qui restent dans le référentiel auditif des grands mélomanes. "On sait que si on va au Concertgebouw et qu’on a une place à l’étage, on sera comme devant une grande chaîne Hifi, c’est quelque chose d’extraordinaire ", témoigne Daniel Zalay, metteur en ondes à Radio France, directeur artistique d’enregistrement, musicien (violoniste) et responsable du département son au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris.

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Premiers échos, pour ce qui est de l'acoustique de la Philharmonie de Paris : **Marie-Aude Roux, critique musicale au Monde ** , a assisté à la prise de contact de l'Orchestre avec la salle le 12 janvier lors du "Concert des casques", proposé aux ouvriers du chantier et aux personnels de la Cité de la musique et de Pleyel. "C'est un moment tout à fait émouvant car on a l'impression qu'il y a un coeur qui se met à battre quelque part ", témoigne la journaliste :

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  • C'est comme un musicien qui prend un nouvel instrument. Même si c'est un stradivarius, il faut quand même le temps de s'adapter, le temps d'apprendre à maîtriser le son, sa puissance, à savoir comment l'instrument va réagir sur tel type d'attaque.*

Marie-Aude Roux

Si Marie-Aude Roux émet quand même un petit bémol quant à l'acoustique, elle est convaincue que ça n'empêchera pas la Philharmonie de Paris de rayonner à l'échelle internationale dans le domaine de la musique symphonique :

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Mais au fait, comment caractériser et concevoir une bonne acoustique ? ** Oeuvre de l'architecte Jean Nouvel et Harold Marshall, star du design acoustique** , la Philharmonie de Paris propose un volume d'air par spectateur qui est l'un des plus élevés au niveau mondial : 13 mètres cubes, contre 10, par exemple, pour la Philharmonie de Berlin dont l'acoustique est déjà époustouflante. Pourtant, seuls 32 mètres séparent l'estrade du chef d'orchestre du siège le plus éloigné. Daniel Zalay souligne le rôle essentiel du cubage dans la qualité de l'acoustique :

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L'histoire de l'acoustique, nous explique-t-il, prend source dans la Rome antique avec les amphithéâtres, dont on a encore quelques illustres représentations : "On peut penser au théâtre d’Orange, vanté souvent pour son acoustique totalement étonnante car on a une projection du son qui se fait de manière tout à fait particulière compte tenu de la taille du lieu. "

Le Théâtre d'Orange
Le Théâtre d'Orange

Mais aussi étudiée qu'ait été l'architecture de ces théâtres, ces derniers n'étaient pas couverts, ce qui simplifiait considérablement le problème concernant la qualité de réverbération du son.

Au Moyen âge, c'est surtout dans les églises et les cathédrales que résonnent les chants grégoriens ou ambroisiens, écrits en fonction des acoustiques très longues de ces lieux, dues au caractère très réfléchissant de la pierre et des enduits. "On peut aussi penser au chant des moines dans les monastères ".

Puis s'est développé le théâtre lyrique au sens large, qui offrait des acoustiques beaucoup plus sèches.

Des acoustiques spécifiques pour la musique classique
Depuis le XVIIIè siècle et les appétences mélomanes de la bourgeoisie, nos auditoriums sont conçus spécifiquement pour écouter de la musique classique. En la matière, la France peut s'enorgueillir de quelques grandes salles qui se démarquent. Daniel Zalay :

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Vers 1970, certains acousticiens ont tenté de développer le concept de "salle polyvalente ", pouvant accueillir aussi bien du classique que de l'opéra, ou de la musique actuelle : "Est-ce que ce que ce sont les acousticiens, ou les économistes qui ont développé cette théorie ? Parce que c’est complètement incompatible ! ", s'amuse Daniel Zalay.

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A défaut de parvenir à créer des salles polyvalentes ou, parfois, à améliorer classiquement l'acoustique de salles qui se voulaient comme telles - en 1976, le Philarmonic Hall de New York a été démoli, quatorze ans après sa construction, après que des mille et des cents ont été dépensés en pure perte pour en corriger l'acoustique -, des chercheurs ont mis au point des dispositifs électroniques pour modifier ponctuellement l'environnement sonore d'une salle.

Et si l’on reste dans des critères qualitatifs moyens, ces options sont étonnamment satisfaisantes. C’est le cas, par exemple, du système Carmen (Contrôle actif de la révérbération par mur virtuel à effet naturel) développé il y a déjà vingt ans :

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Bien évidemment, en matière d'acoustique, l'informatique a elle aussi son mot à dire. Grâce à elle, il est facile d'améliorer le rendu lors de l'étape de modélisation des salles. "On sait assez bien atteindre un temps de réverberation en travaillant sur la modélisation informatique d’une salle ", explique Daniel Zalay. Il souligne quand même que l'approche n'est pas suffisamment fiable pour se priver de tests acoustiques sur des maquettes, assez grandes pour que l’on puisse rentrer dedans : "Dans cette échelle réduite, on utilise des stimuli qui sont décalés en fréquence, ramenés en proportion à la taille de la salle. C’est assez fiable mais il faut reconnaître qu’on fait souvent appel aux mêmes cinq ou six grands cabinets d’acoustique de par le monde. Ce sont des acousticiens qui ont acquis une expérience sur le terrain. "

La maquette au 1/10è de la Philarmonie de Paris, testée par des acousticiens
La maquette au 1/10è de la Philarmonie de Paris, testée par des acousticiens

> Ici, les tests acoustiques par des musiciens, dans la maquette, en vidéo

Au gré des rénovations et des évolutions techniques, on ne cesse de progresser dans la quête de la bonne acoustique :

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Daniel Zalay
Daniel Zalay

Une acoustique peut évoluer et cela provient du vieillissement de certains matériaux qui perdent un peu de leur pouvoir absorbant. Il faut dire néanmoins que les "belles" salles n'ont pas vraiment ce problème, car elles sont traitées d'une manière qui n'utilise que rarement ces genres de matériaux...

Daniel Zalay

Et la beauté des salles de concert dans tout ça ? Le design visuel est-il important ? Ecoute-t-on aussi la musique avec les yeux ?

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Enfin, si les auditeurs sont attachés à la qualité de l'acoustique, celle-ci n'en concerne pas moins les musiciens dont le jeu est directement impacté, qu'ils jouent en solistes, ou au sein d'un petit ensemble ou d'un orchestre. Daniel Zalay, qui a été longtemps violoniste en orchestre, se souvient : "Plus l'acoustique est sèche, plus on joue vite, plus elle est longue, plus ça freine le discours musical. Ça a certains bons côtés, mais aussi de mauvais. On sait d’expérience que les acoustiques dont le temps de réverbération est globalement entre 1,8 et 2,1 secondes donnent plutôt quelque chose de bien. C’est pour ça que le jeu des musiciens étant conditionné par l’acoustique, il est important qu’ils puissent répéter dans des lieux qui leur permettent de travailler dans des conditions équivalentes à celles du concert. "

A cet égard… : Frédéric Macarez est timbalier solo de l'Orchestre de Paris . Pour lui, l'acoustique de la grande salle est bien supérieure en qualité que ce qu'on connaissaitjusqu'à présent dans la capitale : "C'est une acoustique travaillée qui offre aux musiciens un grand plaisir et une belle occasion de s'exprimer. "

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Inauguration de la Philarmonie
Inauguration de la Philarmonie

►►** A écouter**

"La Dispute" du 15 janvier, avec la cantatrice Donatienne Michel-Dansac

►►** A réécouter**

"Les Nouvelles Vagues" du 26 décembre 2014, avec l'acousticien Jean-Paul Lamoureux à qui l'on doit l'acoustique du nouvel auditorium de Radio France