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Philip Roth : "Il faut passer par la stupidité pour ne pas être un con"

Philip Roth à New York en 2013
Philip Roth à New York en 2013
© Getty - Taylor Hill/WireImage

Entretien . Pendant 2h15, Philip Roth s'entretenait avec Alain Finkielkraut, en 1999. Ses deux derniers romans alors parus en France, "La Pastorale américaine", et "Théâtre de Sabbath", sont l'occasion de réflexions sur le rêve américain, la vie dans la nature, le sexe.

Amateurs de confessions transgressives s'abstenir : Philip Roth n'a rien à avouer, il n'enfreint pas d'imaginaires tabous pour mieux exhiber ses plaies intimes. Obéissant à une impulsion romanesque de plus en plus oubliée par les professionnels de la lecture, il nous aide à comprendre, c'est-à-dire à acquérir ce que le roi Salomon demandait dans ses prières, et qu'Alain Finkielkraut appelle de ses vœux : "Un cœur intelligent".

Philip Roth, ce reclus du Connecticut, adore la conversation, pourvu qu'on lui épargne la question "Vos livres sont-ils autobiographiques ?" Les interrogations nées en Alain Finkielkraut à propos du Théâtre de Sabbath ou de Pastorale Américaine, les deux derniers livres de Philip Roth parus en France, portent sur l'art du roman, les vies que l'Histoire dévaste, le monde tel qu'il ne va pas, l'Amérique de notre temps.

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Philip Roth, en 1999, vit et travaille en Nouvelle-Angleterre, dans un décor enchanteur d'arbres, de fougères et de champs. Il croise, lors de ses promenades, des daims ou des tamias - petits écureuils affairés qui ressemblent étonnamment à Audrey Hepburn. Rien, sinon le croassement amical des corbeaux, n'altère le silence du lieu. 

1/ La "Pastorale américaine" : quel rêve américain ? 

Philip Roth évoque sa maison à la campagne en Nouvelle Angleterre où il vit depuis 1972, sa naissance et son enfance passée dans une ville industrielle de New Jersey, sa découverte de la campagne dans son adolescence, sa vie à New York dans les années 1960 : l'impact de l'assassinat de J.F. Kennedy et de la guerre du Viêtnam sur la société américaine ; la venue de sa célébrité littéraire à partir de 1969, son départ à la campagne, quelques voyages, son installation définitive à la campagne consécutive à sa rencontre avec Vaclav Havel qui vit également à la campagne. 

En 1969, j'ai été de la chaire humaine, un hamburger dans la machine célébrité (...) J'ai été déstabilisé par la réception de mon livre [Portnoy et son complexe], et ma transformation en personne célèbre. C'était le vedettariat. J'étais l'auteur de Portnoy et son complexe, mais pour les gens, je suis devenu Portnoy.  

A propos de la Pastorale américaine, Roth évoque la réalité du rêve américain, le personnage de son héros, Seymour Levov, dit "le Suédois", un industriel d'origine juive polonaise, bien installé dans la société américaine ; la brusque entrée de l'Histoire dans la vie de Levov, dans les années 60, par l'acte terroriste commis par sa fille. 

Philip Roth explique les raisons pour lesquelles il a choisi une fille comme terroriste impliquée dans les meurtres. Pour mieux illustrer son propos, il raconte l'histoire de Kathy Budding, aujourd'hui en prison : dans les années 1965-74, elle faisait partie du mouvement étudiant gauchiste militant contre la guerre du Viêtnam. Entrée dans la clandestinité suite à une action terroriste, elle resurgit dans les années 80 où elle est arrêtée pour sa participation dans un hold-up meurtrier. Il évoque enfin la mise à l'épreuve de l’allégeance des Américains à l'égard de leur pays par la guerre du Viêtnam, la réaction de la jeunesse à la guerre du Viêtnam comme une des raisons principales de sa fin. 

Philip Roth, 1e partie (40 minutes)

40 min

2/ Théâtre de Sabbath" : "faire entrer en repoussant"

Philip Roth évoque la scène de son livre où le héros, Seymour Levov, fabricant de gants, montre à sa "terroriste de fille" le fonctionnement de l'usine et la fabrication des gants. Il explique les raisons pour lesquelles il a choisi l'univers de la ganterie comme toile de fond pour son roman. Il analyse la vie de son héros, issu d'une famille juive partie quelques générations plus tôt de la Galicie en Pologne aux Etats-Unis pour mieux vivre, sa mission, son but dans la vie. Il développe enfin une réflexion sur la question du mal et de ses causes. 

A propos du Théâtre de Sabbath, Philip Roth analyse le personnage de son héros, Mickey Sabbath, un marionnettiste de 64 ans, éternel séducteur, "briseur des tabous", antipathique aux yeux de tous les lecteurs. Roth essaye d'expliquer ce qu'il y a de scandaleux dans ce personnage, raconte l'histoire familiale de Sabbath, sa souffrance morale face à la trahison de la vie, sa hantise par la mort, définit le but de la vie de son héros : "faire entrer le repoussant". Il décrit l'univers de son livre comme celui du corps : la destruction du corps, l'acte sexuel. 

Philip Roth, 2e partie (1h05)

1h 05

3/ Philip Roth et le scandale de Sabbath 

Philip Roth analyse le caractère scandaleux du personnage de Sabbath, notamment son côté "vieux dégoûtant", sa haine de tout. Il explique les raisons pour lesquelles il aime son personnage. Pour mieux cerner son caractère, il le compare aux autres personnages de littérature. 

Il affirme qu'il n'y a pas de raisons pour lesquelles son héros, totalement américanisé, est un Juif par ses origines. Il explique que si son personnage est aussi scandaleux c'est parce qu'il est libéré du désir de plaire.  Il évoque enfin ses réflexions sur sa propre vie pour dire d'où lui vient l’inspiration d'un tel personnage, et conclut sur une "leçon de vie", avec humour : 

Il faut passer par le stade de la stupidité pour comprendre ses erreurs, et ne pas être un con.

Philip Roth, 3e partie (30 minutes)

29 min

En savoir plus : Hommage à Philip Roth

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