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Philosophie : la nature et le monde

Parc national de Yosemite, Etats-Unis.
Parc national de Yosemite, Etats-Unis.
© Getty - Stefan Koeppel / EyeEm

Comment penser la nature ? Qu'est-ce que le monde ? D'Aristote à Rousseau, en passant par Kant ou encore Claude Lévi-Strauss, découvrez, grâce à cette sélection d'émissions de France Culture, les éclairages essentiels sur ces deux grandes notions philosophiques que sont la nature et le monde.

Pour Emmanuel Kant, le champ de la connaissance humaine n’était pas infini. La nature, le monde étaient parmi les domaines inaccessibles à la connaissance. Il semble pourtant que ces deux notions aient occupé la philosophie depuis Aristote. Cette sélection d'émissions, conçues pour éclairer les concepts de nature et de monde, permettent d'en mesurer les différentes évolutions au fil de l'histoire de la philosophie, de Spinoza qui identifiait la nature à Dieu, à Henry David Thoreau, philosophe américain précurseur de l'écologie et de l'éthique de préservation de la nature au milieu du XIXe siècle.

La nature

Les poètes ne sont pas les seuls à être inspirés par la nature. Celle-ci est un sujet de réflexion très ancien pour les philosophes puisque des présocratiques comme Anaximandre ou Parménide s'en emparent déjà au Ve siècle avant J.-C. Qu'ils cherchent à y déceler la manifestation d'une intention divine ou d'en identifier des lois accessibles au raisonnement, les philosophes, d'Aristote à Henry David Thoreau en passant par Rousseau, en ont fait un élément central de leur réflexion. Réfléchir sur la nature, c’est essayer de s’approcher d’une réalité physique - de ce que l'on nommera un environnement au XXe siècle - mais c’est déjà agir sur ces représentations, essayer de les modifier. 

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Aristote a élaboré toute sa philosophie à partir de l’observation méthodique et rigoureuse de la nature. Pourquoi les hommes ont-ils des poils sur la poitrine ? Les cornes des cerfs leur sont-elles vraiment utiles ? Pourquoi toutes les espèces de poulpes, sauf une, ont deux rangées de ventouses ? Voici quelques-unes des questions que le philosophe grec, que l'on considère aussi comme le père de la biologie, pose dans ses écrits. Cette émission permet de mieux comprendre comment ses textes sur la biologie ont été le laboratoire à partir duquel le philosophe grec va fonder les grands concepts aristotéliciens que sont la puissance, l’acte, la forme, la matière, le finalisme.

57 min

Descartes (1596-1650), dans son célèbre Discours de la méthode, publié en 1637, nous invite à nous rendre "comme maîtres et possesseurs de la nature." Aujourd’hui, cette formule est considérée comme le manifeste de la démesure moderne, voire l'affirmation d'un projet anti-écologique. Pour son auteur au contraire, elle exprimait le souhait de voir l'homme enfin libéré de l'emprise d’explications magiques. Cette émission éclaire la façon dont Descartes concevait ce passage d'une représentation d'une "Mère Nature" mythifiée à des "lois" de la nature, enfin accessibles à l’entendement humain, marquant la naissance d’une science qui allait permettre de tout comprendre du réel, et dans laquelle il plaçait sa démarche philosophique toute entière.

58 min

"L’homme n’est pas un empire dans un empire." Qu'entend Spinoza (1632-1677) par cette phrase qu'il place dans la préface de la troisième partie de son Ethique (1677) ? Un malentendu fréquent consiste à y voir une volonté de diminuer la puissance de l’esprit humain. Spinoza au contraire invite son lecteur à suivre un itinéraire philosophique entièrement dirigé vers la formulation d’une substance unique, infinie, dont nous serions les attributs et qui porterait le nom de Dieu… c’est-à-dire de nature.

58 min

Comment peut-on dire de Rousseau (1712-1778), qui se prétendait "l’homme de la nature et de la vérité", qu’il parle selon la voix de la nature ? Comment le philosophe peut-il avoir accès à un état originel dont il déclare par ailleurs qu’il est irréversiblement perdu ? Dans cette émission des Chemins de la philosophie, la philosophe Céline Spector éclaire les conceptions de la nature de Rousseau.

1h 00

À la fin du XIXe siècle, aux Etats-Unis, la création de parcs nationaux comme celui du Yosemite incarne une nouvelle conception de la nature. À travers le concept de wilderness, le philosophe américain Henry David Thoreau (1817-1862) développe des outils de sauvegarde de la nature comme une éthique canonique de préservation. Une émission pour découvrir la pensée de celui qui est aujourd'hui considéré comme le fondateur de l’éthique environnementale moderne.

58 min

Si Socrate témoignait d'une profonde insensibilité à la nature en confiant à son ami Phèdre "les arbres n’ont rien à m’apprendre", la sensibilité à la nature n'a pourtant pas attendu le XVIIIe siècle et la vision romantique du monde pour se déployer. Mais qu'appelle-t-on le beau en matière de nature ? Dans cette émission, le philosophe Alexandre Lacroix propose de comprendre pourquoi certains paysages nous attristent, nous enchantent ou nous apaisent et la façon dont la philosophie s'est emparée de ce lien émotionnel abstrait.

59 min

Le monde

Qu'est-ce que le monde pour les philosophes ? Les philosophes antiques, pour la plupart, le considéraient comme clos, contenu sous la voûte céleste. Cette vision du monde physique et métaphysique n'a cessé d'évoluer. Leibniz et Kant se demandaient si le monde était une chose contingente ou s'il relevait au contraire d'une absolue nécessité. Plus tard encore, la phénoménologie nous a appris à nous interroger sur notre accès au monde conçu comme ce qui nous entoure, tandis que l'anthropologie nous aidait à décentrer notre regard et à le concevoir comme une pluralité d'expériences et de représentations. Jusqu'à ce que les sciences ouvrent encore plus grand le champ, en s'emparant du concept de multivers, pour remplacer celui d'univers…

Pour Leibniz (1646-1716), le monde se définit comme un ensemble de réalités contingentes : tout ce qui a lieu dans le monde, même dans le "meilleur des mondes possibles", est éphémère, voué à disparaître, à se transformer, voire pourrait ne pas être. Or pour le philosophe allemand, ce qui caractérise la Raison est son exigence d’absolu. Par conséquent, le geste métaphysique doit consister à aller au-delà du monde, vers sa cause première, son origine, c'est-à-dire vers Dieu, qui, contrairement au monde, est absolument nécessaire, ne pourrait ni être différent ni ne pas être. Cette émission propose d'explorer la métaphysique leibnizienne sur laquelle s’est édifiée toute la philosophie moderne jusqu’à Kant.

C'est en discussion avec Leibniz, voire en opposition avec ce que le philosophe allemand écrit au paragraphe 7 de ses Essais de Théodicée, qu'Emmanuel Kant (1724-1804) va sortir de son "sommeil dogmatique" et s'atteler pendant dix ans à la rédaction de son célèbre Traité de la raison pure. Dans cette émission, le philosophe Michaël Foessel revient sur la genèse de cet ouvrage fondamental de la philosophie occidentale, publié en 1781 et qui va destituer et renommer ce que nous appelons monde et la connaissance que nous pouvons en avoir.

Comment l’anthropologie peut-elle s’affranchir d’une approche qui sépare la nature et l’homme en Occident ? Au milieu des années 1930, Claude Lévi-Strauss (1908-2009) entreprend ses premières expéditions dans les terres intérieures du Brésil à la rencontre des Indiens Bororos, Nambikwara, Caduveo, et des Tupi-Kawahib, dont il fera le récit en 1955 dans Tristes tropiques. C’est en se mettant à l’école des peuples les plus humbles - et en apparence les plus isolés du monde - que Claude Lévi-Strauss a renouvelé la connaissance de l’homme.

29 min

D’où vient le concept de la pluralité des mondes ? Comment remettre en cause la notion d’unicité ? Qu’appelle-t-on un multivers du point de vue de la physique quantique ? Du point de vue cosmologique ? Peut-on envisager d'allier ces deux théories ? Multivers : c’est le problème à multiples facettes que cette émission de la Méthode scientifique propose d'examiner.