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Philosophie : qu'est-ce que la technique ?

De Platon à Bernard Stiegler, comment la philosophie a-t-elle pensé la technique ?
De Platon à Bernard Stiegler, comment la philosophie a-t-elle pensé la technique ?
© Getty - Thianchai Sitthikongsak

France Culture Education. Grâce à cette sélection de 12 émissions, révisez vos connaissances sur la notion de technique en philosophie.

Un silex, une charrue, un métier à tisser, une imprimerie, une locomotive à vapeur, un smartphone... Rien de commun a priori entre ces objets, sinon d'être le fruit d'une technique. Comment définir alors le propre de la technique ? Si les Grecs reléguaient la technè hors du champ de la véritable réflexion philosophique (en l’opposant à la science théorique (l’épistémè), par la suite, et en particulier depuis le XIXe siècle et la révolution industrielle, la pensée de la technique a été un domaine fécond. Mais au fait, de quelle technique parlons-nous ? Derrière ce terme générique et abstrait, les historiens distinguent en fait trois âges : l’ère de l'artisanat, l’ère industrielle et celle des nouvelles technologies. En s'intéressant à la relation de l'homme à la technique dans les sociétés industrielles, Marx et Heidegger ont montré comment certaines révolutions techniques modifiaient profondément le rapport de l'homme au travail et à la nature. Aujourd'hui, la révolution numérique et le champ ouvert par les nouvelles technologies font apparaître une nouvelle question, celle de la neutralité de la technique, qui impose de réviser théories et concepts. La définition traditionnelle de la technique, comme étant un instrument au service de l'humain qui doit produire des outils pour survivre, est-elle toujours opératoire pour penser les progrès contemporains des technologies ? L’homme se retrouverait-il à ce point dépassé par un univers tellement technicisé qu’il en perdrait son humanité ? Cette sélection de douze émissions propose un tour d'horizon chronologique de ces questions.

L'ambivalence du rapport de l'homme à la technique se fait jour dès l'Antiquité. Prométhée est le Titan bienfaiteur de l'humanité qui dérobe aux dieux le savoir technique pour le donner aux hommes. Dans un dialogue de jeunesse intitulé le Protagoras, du nom du sophiste en désaccord avec lui, Platon formulait déjà cette ambivalence au IVe siècle avant Jésus-Christ. Le philosophe grec utilise le mythe de Prométhée pour affirmer sa conception d'une technique qui prend sa source dans un geste de transgression du sacré : le "vol du feu". Mais de là à considérer Platon comme le philosophe technophobe, il y a un pas que cette émission hésite à franchir.

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À réécouter : Le mythe de Prométhée
52 min

Dans son Discours de la méthode en 1637, Descartes invite les hommes à se rendre "comme maîtres et possesseurs de la nature" ? Aujourd’hui, on lit cette formule comme le manifeste de la démesure humaine contemporaine, liée au progrès, voire comme un projet anti-écologique. Mais attention au contresens ! Descartes n'a jamais connu l'ère de la révolution industrielle. Pour le philosophe du XVIIe siècle, cette phrase exprimait un rêve de libération de l’homme de l'emprise d’explications magiques de la nature, de voir enfin arriver le règne de l’homme qui, par les arts mécaniques, allait enfin pouvoir avoir une maîtrise de son environnement. 

58 min

Dans Le Second Discours, Rousseau s'attache à démontrer "l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes". Pour cela, il distingue ce qu’il appelle la nature (état dans lequel l’homme vit solitaire, heureux, libre, et paisible dans la forêt) et la société (état dans lequel l’homme vit avec ses semblables, malheureux parce qu'aliéné aux autres et corrompu par ses vices). Dans cette longue histoire qui conduit l’homme du premier état au second, - de la liberté, l’autonomie et l’oisiveté à la sujétion, psychologique et économique - la technique joue en rôle central. Sans technique, pas de travail. Inversement, sans la nécessité de celui-ci, moins de techniques auraient été inventées. Cette émission analyse la façon dont Rousseau envisage le travail et la technique comme les facteurs principaux du malheur de l’homme en société. 

51 min

Au XIXe siècle, le développement technologique s'accélère comme jamais auparavant, de nouvelles techniques modifient en profondeur tous les pans de la société. Les premiers penseurs du socialisme sont enthousiastes face à l'irruption de celles qui annoncent en particulier la transformation du monde du travail, l'accélération des transports et des communications. Les penseurs marxistes vont chercher à penser comment dompter le nouvel univers machinique pour le mettre au service de l'émancipation de l'homme. Cette émission qui s'attache en particulier à la pensée de Karl Marx (1818-1883), dévoile la façon dont ce dernier a réinterprété le mythe antique de Prométhée, raconté par Hésiode et transformé par Eschyle, et dont la figure de voleur de feu a servi de soubassement au culte naissant du progrès.

59 min

Comment définir l'homme ? Homo sapiens... ou Homo faber ? Pour le philosophe Henri Bergson (1859-1941), la forme d'intelligence qui caractérise notre espèce est la faculté de fabriquer des objets artificiels, en particulier des outils, puis des outils à faire des outils, et d'en varier indéfiniment la fabrication. Cette émission propose de s'appuyer sur les écrits du philosophe pour essayer de penser les nouveaux enjeux posés par le développement de l'intelligence artificielle.

58 min

On a longtemps prétendu que la technique en elle-même serait neutre, et que son côté vertueux ou au contraire dangereux ne dépendrait que de l'usage qui en est fait. Cette théorie est battue en brèche dès le début du XXe siècle par des philosophes qui commencent à souligner le caractère progressivement autonome du développement des technologies. Martin Heidegger (1889-1976) en particulier pense la technique comme un "dispositif" lancé en roue libre, dont l’essence et le champ d’expansion aboutit à déposséder l’humain de la maîtrise initiale de ce qui n’était qu’un instrument à son service, le fruit de son ingéniosité. Cette chronique permet d'approcher la façon dont le philosophe allemand lie l’expansion technique à l’histoire de la métaphysique.

5 min

Les deux explosions atomiques survenues à Hiroshima et Nagasaki les 6 et 9 août 1945 ont poussé la philosophie à penser à nouveaux frais la question de la relation entre l'homme et la technique. Philosophe de la menace nucléaire, Günther Anders (1902-1992) a également réfléchi sur le désir de perfectionnement de l'humain par le biais de la technologie. Pour lui, celui-ci trouve sa source dans une forme de honte qu'il nomme "la honte prométhéenne d'être soi". Il pointe le fait qu'au fur et à mesure que nous fabriquons des machines de plus en plus performantes, nous découvrons que nous ne sommes pas à la hauteur de ces machines et que pour autant, nous sommes incapables d'accepter cette limite. Cette émission propose de mieux connaître la pensée d'un philosophe dont les travaux, écrits dans les années 1950, prennent aujourd’hui une résonance particulière avec le développement des nano-technologies, des bio-technologies, des sciences cognitives et de l’informatique, un ensemble d'innovations que l'on regroupe sous le terme NBIC. 

53 min

Les réflexions sur la technique de Hans Jonas (1903-1993), sa critique de la transformation dangereuse de l’homme qu’elle opère le font souvent passer pour un un philosophe anti-moderne, voire technophobe. Pourtant, son essai intitulé Principe de responsabilité (1979) incarne une approche technico-morale : il s’agit pour le philosophe allemand de penser un "progrès technique mais avec précaution." Non pas d’interdire toute innovation technologique mais de la contrôler. Par exemple dans le domaine médical, de façon à ce que la technique ne donne pas lieu à la réification de l’humain, ou pour ce qui concerne la planète, à sa destruction. Cette émission propose de mieux connaître les réflexions sur la responsabilité humaine face à la technique d'un philosophe méconnu mais dont la pensée reste d’une brûlante actualité.

53 min

Ni technophile ni technophobe, Bernard Stiegler (1952-2020) a placé la technique au cœur de sa pensée : il a analysé les effets que produisent les mutations de la technique sur les individus, en décrivant son ambivalence. S’inspirant de Karl Marx et de Joseph Schumpeter, le philosophe analyse les mécanismes de ce qu’il nomme le pharmakon : la technique comme remède et comme poison, l’entropie et la destruction créatrice. Dans la lignée de l'ethnologue André Leroi-Gourhan, il considère que le destin de l'homme est fondamentalement lié à celui des techniques. On ne peut penser l'origine de l'homme ainsi que son évolution, sans penser celle de la technique.  "Tout objet technique est pharmacologique", soulignait-t-il, soit à la fois un remède et un poison, une puissance curative et destructrice. Au cours de cet entretien, le philosophe évoque notamment les mutations sociales provoquées par l'irruption des nouvelles technologies numériques. 

1h 05

De la machine à laver le linge du XXe siècle aux caisses automatiques des supermarchés d'aujourd'hui, en passant par les bras articulés sur les chaînes de fabrications automobiles qui voient le jour dans les années 1960, de nombreuses innovations techniques tendent à remplacer progressivement le travail humain. Mais est-ce toujours un bien ? Cette émission propose d'analyser l'impact du progrès technique sur nos manières de travailler et la façon dont le travail s'est modifié au fil des révolutions industrielles.

À réécouter : Rage against the machine
58 min

Cette émission envisage le progrès technique sous l'angle des nouvelles technologies. Et interroge en particulier le rôle des algorithmes qui envahissent tous les champs de nos vies : marché de l'emploi, Facebook, Google...  Sont-ils dangereux ? Vont-ils remplacer l'humain ? Tomberons-nous bientôt amoureux d'une forme d'intelligence artificielle ?

58 min

Question paradoxale ! On a tendance en effet à opposer nature et technique. Pourtant, la technique est "naturelle" à l’homme dans le sens où son apparition et celle de l'outil ne sont pas distinctes. En dehors de l'hypothèse formulée par Rousseau, il n'existe pas d’état pré-technique de l’homme. Mais la technique est pourtant un fait culturel, elle se situe du côté de l’acquis, du progrès, c'est elle qui a fait entrer l'homme dans l'histoire. Dès lors, elle a introduit une rupture avec la Nature et avec la "nature humaine". Grâce à elle, l'homme a acquis la capacité de modifier son environnement dans des proportions de plus en plus importantes au fur et à mesure de ses innovations technologiques. Et aujourd'hui, l’homme est-il encore maître de ses outils ? La technique n'est-elle pas en train de nous asservir autant qu’elle nous libère ? Cette émission propose un corrigé de ce sujet de dissertation élaboré par un professeur de philosophie.

50 min