Comment prendre une bonne photo ?
Comment prendre une bonne photo ?

Photo : les bons conseils de Brassaï, Doisneau, Cartier-Bresson, Depardon….

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Photo : les bons conseils de Brassaï, Doisneau, Cartier-Bresson, Depardon…

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Archives | Photographe amateur, occasionnel ou passionné, sur Insta ou en argentique... vous cherchez des conseils pour ne plus rater vos photos ? Écoutez les plus grands photographes du XXe siècle vous délivrer leurs secrets pour prendre de bonnes photos.

"Si vos photos ne sont pas assez bonnes, c'est que vous n'êtes pas assez près." La fameuse phrase Capa vous hante au moment d'appuyer sur le bouton de votre téléphone ou sur le déclencheur de votre Reflex ? Si vous êtes en quête d'autres bons conseils pour ne plus rater vos photos, découvrez les paroles éclairées des meilleurs photographes : Doisneau, Cartier-Bresson, Gisèle Freund, Brassaï… 

La photo, cette "causa mentale" 

Helmut Newton à Cannes
Helmut Newton à Cannes
© AFP

Helmut Newton, 1988 : "C’est facile de faire des photos, tout le monde peut le faire. C’est très facile de faire des photos. Mais c’est très difficile de faire de bonnes photos. Juste photographier une jolie fille, c’est pas assez. Il faut avoir une raison d’être, il faut avoir un lieu, il faut avoir une motivation. Si j’ai pas quelque chose dans ma tête, je ne peux pas."

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Brassaï, 1960 : "Je ne suis pas du tout un chasseur d'images. Je pense que nous sommes plutôt pourchassés par des images. Mais vous comprenez, la photographie n'est pas du tout une chose mécanique. C'est une chose mentale comme la peinture. Et l'imagination joue même dans la photo un plus grand rôle. Un photographe ne voit absolument rien. Il faut qu’il imagine tout ce qu'il fait, tout ce que ça sera."

Robert Doisneau, 1987 : "Regardez à devenir ivre de ce qui entre par vos yeux. La vie entre par vos yeux. C’est vrai, regardez. Avant d’avoir la mécanique, regardez. Posons la mécanique et regardons les choses. Il y a des jours où on voit beaucoup mieux que d'autres. C'est-à-dire l'émerveillement que l'on a en soi. Un matin, on décide que, comme aujourd'hui, il fait un temps splendide, c'était un jour pour l'émerveillement. On se promène et tout vous semble digne d'être arraché à la mort, à la disparition, à la poubelle de l'oubli. Et alors, le travail du photographe, sa mission, c'est d'arracher justement. C’est une espèce de chiffonnier du temps perdu." 

Jean-Louis Trintignant, 1973 : "Je conseillerais d'acheter un appareil très simple, mais avec plusieurs objectifs. Ce qui est intéressant dans la photographie, c'est de voir la vie de façon différente. Et pour la voir de façon différente il faut avoir des objectifs différents et je conseillerais de chercher surtout des objectifs, soit à courte focale, soit longue focale. C'est-à-dire ceux qui ne correspondent pas à l'œil humain. Mais je ne me permettrais pas de donner des conseils de toute façon. Oui, je viens de le faire… La lumière est très importante aussi. Pour un photographe amateur, il faut attendre la lumière. Il faut vraiment passer des heures à attendre que la lumière soit précisément, vienne friser un visage. Tout ça, ça peut être très beau. C'est un travail de patience, je crois la photo. Il faut ne faire que ça, il faut ne penser qu'à ça. Moi, je passe des journées entières avec un appareil. Je fais deux photos, trois photos. Mais j'attends ou je regarde vraiment. Et quand j'ai trouvé quelque chose, je la fais. Ça s’attrape, ça se vole, c’est un instant, c’est une chose précieuse qui ne se passe qu'une fois et qui ne se passe qu’un instant. L'art, c'est ça."  

Robert Doisneau lors d'une de ses expositions
Robert Doisneau lors d'une de ses expositions
© AFP

La photo, cette relation à l'autre 

Willy Ronis, 1998  : "La seule chose qu’on puisse dire, c'est soyez sincères."

Gisèle Freund, 1970 : "J'aime les hommes et j'aime montrer ce qu'ils ont de mieux en eux. Et puis, quand on me dit : "Je n'aime pas cette photo", je la détruis et je suis tout à fait honnête. Et je crois que c'est grâce à ça que tous les grands écrivains m’ont permis de les photographier. Parce qu'ils avaient confiance. Parce que je suis contre la photo brutale vous savez, il faut trouver une synthèse d'une personne dans une photo. D’ailleurs, c'est ça qui est si difficile dans le portrait. Et il ne faut pas poser. Vous voyez, c'est un grand problème pour les amateurs. Quand je fais des portraits, je parle aux gens et tout à coup, je dis : "Qu'est-ce que vous pensez de ceci ou cela ?" On me regarde comme ça… Voilà, parce que je veux le regard, mais je ne préviens pas. Il y a très peu de jours, j'ai photographié un petit gosse de 4 ans. Je lui ai donné des jouets, il venait pour la première fois, je lui ai donné un coquillage et lui ai dit : “Écoute, écoute comme ça sonne”. Alors il a mis ça sur l’oreille et il a écouté. C'est à ce moment que j'ai fait la photo. Surtout pas leur dire : “Écoute, je vais te photographier. Mets-toi en pose.” Essayez de les prendre naturels."  

Henri Cartier-Bresson, 1953 : "Je crois qu’il faut éviter pour un amateur de se cantonner dans les sujets figés. Il ne faut pas avoir peur des sujets mouvants, de la rue, de voir ce qui s'y passe, des gens. Il faut les approcher d'une certaine façon et les gens sont sensibles à ça. Nous ne chassons pas des animaux, mais des êtres vivants. Parce que si on va à la chasse, on ne se précipite pas sur l'animal, c’est l’animal qui va à vous. Parce que si on se précipite sur lui, on risque de recevoir un coup de boutoir de sanglier. " 

Raymond Depardon, 1996 : "C'est vrai qu'aux jeunes photographes quelquefois qui m'écrivent, ou aux jeunes cinéastes : ils voudraient trop aller loin. J’ai toujours un peu le regret de ne peut-être pas avoir fait assez de photos de la ferme de mes parents. Je suis parti faire des photos de Brigitte Bardot à Paris. Et que, peut-être, j'aurais plus dû… Je crois qu'il faut travailler près de chez soi aussi. Mais c'est difficile pour un homme d'images, sans tomber dans l'exotisme, sans tomber dans le pittoresque, sans tomber dans l'anecdote. Photographier ses voisins, la France d'aujourd'hui."

Robert Doisneau, 1964 : "Un jeune débutant, pour moi, ça doit être surtout un glouton optique. Ça veut dire se saouler avec des images. Être un peu comme un cambrioleur qui pénètre dans une banque qui ne sait plus, tellement il y a des trésors partout, par quoi commencer."

Henri Cartier-Bresson en train de photographier une rue
Henri Cartier-Bresson en train de photographier une rue
© AFP

Images : Archives ORTF, FR3, Getty, AFP, documentation INA : Hervé Evanno

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