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Pierre Bergé, mort d’un esthète aux multiples vies

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Pierre Bergé en juillet 2015
Pierre Bergé en juillet 2015
© Getty - Ian Forsyth

Décès. Figure du milieu culturel français, celui qui a incarné la mode française aux côtés d’Yves Saint Laurent est mort vendredi 8 septembre à l’âge de 86 ans. Grâce aux archives de France Culture, retracez son parcours fait de rencontres atypiques et d'une ascension fulgurante.

Mécène, homme d'affaires, bibliophile et collectionneur d'art, Pierre Bergé est né le 14 novembre 1930 à Saint-Pierre d'Oléron en Charente-Maritime. Lui qui a très tôt fréquenté les milieux littéraires et artistiques, aux côtés de Giono et Cocteau, fait en 1958 une rencontre décisive, celle du couturier Yves Saint Laurent : s'en suivront cinquante années d'amour avec le couturier. En septembre 2016, au micro de Joëlle Gayot pour l'émission A voix nue, Pierre Bergé revenait sur cet amour inconditionnel vécu dans les coulisses de la mode :

Homme des médias et des arts, Pierre Bergé a également fondé des magazines, dont Têtu en 1990, et dirigé d'éminentes institutions culturelles telles que l'Opéra de Paris entre 1988 et 1994. Dans un nouvel entretien pour l'émission A voix nue, il définissait avec humour la culture :

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La culture, beaucoup de gens croient que c'est nécessaire, comme on se lave les dents, deux fois par jour. Il faut donc avoir un peu de culture, il faut aller s'ennuyer dans un spectacle, ou écouter de la musique… Pour moi, ce n'est pas comme ça la culture. Pour moi, faut la vivre la culture. Elle doit faire partie de vous, elle doit faire partie de votre vie, elle doit être indispensable… Indispensable est le mot.

L’ascension fulgurante d'Yves Saint Laurent, son sens des affaires, ou encore la fondation de Sidaction et son engagement pour la cause homosexuelle : le tout était guidé par une philosophie de l'action et du faire. "Viser son but, s'y tenir… on n'y arrive pas toujours, c'est certain mais on arrive au plus près", disait-il.

De cette philosophie de l'action, Pierre Bergé a par ailleurs cultivé un refus de la nostalgie dont il faisait part en 2003 au micro d'Alain Veinstein dans l'émission Du jour au lendemain :

Nous vivons à une époque où tout le monde pleure sur le passé, se désole de ne plus retrouver les repères de ceci ou de cela, moi je ne veux surtout pas ça. Et j'ai toujours cru, mais singulièrement aujourd'hui, que s'il y avait un décrochage, un clivage entre le public et la littérature de son temps, la peinture de son temps, la musique de son temps, c'est simplement que ce public-là ne savait pas lire, ne savait pas regarder et ne savait pas écouter. Voilà ce que je crois.